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17 millions d’euros pour Florange: le spectre de Gandrange plane encore

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Aladine Zaïane
Le 01.03.2012 à 14:29
17 millions d’euros pour Florange: le spectre de Gandrange plane encore

Trop parler peut tuer. Du moins tuer une campagne. Et ces derniers jours Nicolas Sarkozy a connu quelques couacs sur sa communication (l’annonce démentie sur Edith Bouvier, la bataille de chiffre sur l’éducation). Alors ce matin sur France Inter, Nicolas Sarkozy reprend l’avantage et annonce que le groupe sidérurgique ArcelorMittal devrait investir « maintenant » une enveloppe de 17 millions d'euros. « 7 millions d'euros vont être investis dans un nouveau gazomètre pour la cockerie ». « 8 millions d'euros seront investis afin de développer de nouveaux produits à Florange, destinés, sans rentrer dans les détails, au marché de l'automobile ». 2 millions pour permettre de « réaliser les travaux » sur le second haut-fourneau du site, en sommeil depuis des mois, afin qu’il redémarre au second semestre de l’année.

Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, surtout en période électorale, c’est l’ombre de « l’effet d’annonce » qui a était pointé par la branche mosellane des socialistes. Les députés Aurélie Filippetti et Michel Liebgot accompagnés des sénateurs Gisèle Printz et Jean-Marc Todeschini ont transmis ce matin un communiqué de presse qui remet en question point par point les fonds annoncés ce matin.

«Cet argent correspond à des sommes déjà prévues et sur des parties non menacées du site ! »

D’après les élus socialistes, « cet argent correspond à des sommes déjà prévues et sur des parties non menacées du site ! Seuls 2 millions concernent réellement les hauts-fourneaux. Et il ne s’agit pas d’investissement mais de maintenance ! » expliquent-ils, qui plus est « ce sont les salariés qui ont obtenu en octobre du Préfet » cette mesure. Quid des 15 millions restant ? 7 millions concernent donc la cockerie « mais cela n’alimente pas forcément les hauts fourneaux de Florange. La cockerie tourne encore actuellement alors que les hauts fourneaux sont à l’arrêt ». Et les 8 millions restants, « concernent la filière froide, c'est-à-dire là encore une entité séparée des hauts fourneaux […] et ces sommes étaient également prévues depuis plusieurs mois pour le projet Usibor* ».

Seul le prononcé fait foi, dit la règle et les élus socialistes n’ont aucune confiance en l’engagement écrit de Lakshmi Mittal, le PDG d’ArcelorMittal qui « a fermé les hauts fourneaux de Liège, 48 heures après avoir pris un engagement écrit de recruter et d’investir sur ce site ».

« 100 000 emplois en 1978, aujourd’hui on en est à moins de 10 000 emplois » dans la sidérurgie

Pour sa part, Jean Louis Masson, sénateur non inscrit de Moselle voit dans cette annonce une « très bonne chose ». « Par contre, je considère qu’il y a un gros passif des pouvoirs publics à l’égard de la Moselle sur les sites de Florange et de Gandrange ainsi que sur les programmes militaires ». Les restructurations militaires auraient coûté « plus de 4000 » postes dans la région de Metz, alors « si en plus on avait l’arrêt de la filière fonte, on aurait une situation catastrophique ». Malgré le fait qu’il considère comme une bouffée d’air frais cette annonce, le sénateur juge l’ « arbitrage très politicien du président » qui a « durant ces cinq années » ressenti un « manque de soutien de l’Etat » en matière « d’emploi et de développement économique ». Alors que le ton était plutôt optimiste, au fil de la discussion, Jean Louis Masson reconnaît que cette annonce ne « règle rien, c’est provisoire ». Puis plus pessimiste sur la filière sidérurgique, « j’étais pendant vingt ans député. Je vois bien l’évolution qu’on a connu avec 100 000 emplois en 1978, aujourd’hui on en est à moins de 10 000 emplois ».

Il est certes difficile d’afficher autre chose qu’un optimisme de façade quand on regarde le sort qu’a connu le site de Gandrange détenu aussi par ArcelorMittal. En 2008, Nicolas Sarkozy faisait la promesse, face aux ouvriers, que le site serait maintenu en fonctionnement. « Aujourd’hui, le site est démantelé » affirme le sénateur Jean-Marc Todeschini, qui est aussi Président de la communauté de communes du Sillon Mosellan. « ArcelorMittal a cédé le terrain à la commune et les outils de production sont vendus » précise t-il.   

Après le vote par les députés,dans la nuit de mardi à mercredi, de la proposition de loi UMP (PPL) visant Pétroplus et destinée à empêcher le détournement d'actifs d'une entreprise défaillante ; le Sénat a adopté à son tour et à la quasi-unanimité le texte. Seuls les communistes se sont abstenus. Selon le président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, cette PPL de l’UMP sur Pétroplus a fait l'objet d'un « accord » entre François Fillon et Laurent Fabius, alors que le gouvernement avait refusé mardi d'inscrire en urgence celle du PS liée à l'aciérie de Florange. Le texte prévoyait l’obligation pour une entreprise de retrouver un repreneur avant d’abandonner un site d’exploitation.  

 

 

*L’USIBOR est un acier destiné aux pièces automobiles de structure et de sécurité.