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De 1983 à 2016 : quand la police en a « ras la casquette »

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Simon Barbarit
Le 19.10.2016 à 15:54
De 1983 à 2016 : quand la police en a « ras la casquette »
© AFP

Des centaines de policiers se sont encore mobilisés la nuit dernière à travers la France pour exprimer leur « ras-le-bol ».Des manifestations d’ampleur pour des forces de l’ordre soumises à un devoir de réserve qui rappelle entre autre celle de 1983 où la aussi la gauche était au pouvoir.

À Marseille, Evry, Paris ou encore Nice, pour la deuxième nuit consécutive, des policiers en colère l’ont fait savoir publiquement. Rappel des faits. Ces derniers jours ce sont l’attaque d’une voiture de police au cocktail Molotov à Viry-Châtillon dans l’Essonne, les violences de Bastia et de Mantes-la-Jolie de ce weekend ou dans une moindre mesure, des tags anti police sur le campus de l’université Paris VI ont, ces derniers jours, réactivé le sentiment de « haine anti-flics » déjà mis en exergue en mai dernier, lors des manifestations anti-loi Travail. Exemple symptomatique du malaise des forces de l’ordre, hier soir à Evry le directeur de la police générale Jean-Marc Falcone est  reparti sous les huées de quelque 400 fonctionnaires venus soutenir leurs collègues menacés de sanctions après avoir bravé leur devoir de réserve. « On en a ras la casquette de ces rassemblements », « on dit toujours la même chose et rien ne change », déclaraient  au Berry Républicain Stéphane Auberger, représentant du syndicat Synergie officiers et  Abdel Néraoui, d'Alliance Police nationale, deux jours après l’attaque de Viry-Châtillon.

Peut-on voir dans ce qui ressemble à une rupture entre l’exécutif et les fonctionnaires de police une répétition de l’Histoire ? Par le passé plusieurs conflits d’ampleur opposants force de l’ordre et gouvernement socialiste ont déjà eu lieu avec en point d’orgue le manque de moyens et de considération mais aussi  cette même « justice laxiste » accusée de défaire ce que font les policiers au péril de leur vie.

Quand les policers demandaient « un Grenelle de la sécurité en 2006

Et en pleine campagne de la primaire LR, c’est ce thème que la droite tente de porter pour appuyer le désespoir policier. À l’image du candidat Bruno Le Maire qui évoque « les conditions indécentes » de travail des forces de l’ordre, la réduction des effectifs et « le problème d’autorité général dans notre pays ». Son concurrent Alain Juppé pointe lui la suppression des tribunaux correctionnels pour mineurs récidivistes qualifié de « très mauvais signal en matière de politique pénale ».

À noter quand même que la droite a déjà connu des manifestations de policiers, certes bien plus modestes que ce qui se passe aujourd’hui. Le 9 novembre 2006, alors que Nicolas Sarkozy est ministre de l’Intérieur, à l’appel du syndicat Alliance plus mobilisations se déroulent  en France pour réclamer un Grenelle de la sécurité suite à des violences commises à leur encontre.(voir la vidéo)

Manifestation de policiers sous les fenêtres de Christiane Taubira en 2015

Remontons juste un an en arrière. Le 14 octobre 2015 des milliers de policiers s’étaient réunis place Vendôme sous les fenêtres de Christiane Taubira. Une réaction spontanée suite à l’agression d’un des leurs, blessé par balle par un détenu en cavale lors d’une fusillade en Seine-Saint-Denis. Ils déploraient  « l’explosion des violences », un « manque de moyens », des « missions peu claires », et là aussi une « absence de réponses pénales ». (voir la vidéo)

« Badinter démission ! »

Pour trouver une autre mobilisation de cette ampleur, il faut retourner au XXème siècle, en 1983 plus précisément. A l’époque, c’est le ministre de la Justice socialiste, Robert Badinter qui faisait les frais de la colère des forces de l’ordre. Le 3 juin, jour des obsèques de deux policiers Emile Gondry et Claude Caiolla tués par des cambrioleurs  qui se sont révélés plus tard être des membres d’Action directe, plus de 2000 policiers se rassemblent devant le ministère de la Justice demandant la démission de Robert Badinter et de Gaston Defferre, ministre de l’Intérieur. Remémorons nous le contexte d’alors : abrogation de la peine de mort,  la suppression de la loi anticasseurs ou encore la disparition des quartiers de sécurité renforcés dans les prisons... La manifestation faite suite à l’appel de la Fédération professionnelle indépendante de la police (FFPIP), un syndicat d’extrême droite. Jean-Marie le Pen faisait d’ailleurs partie du cortège. (voir la vidéo)

La « patte » du Front national ?

En 2016 bis repetita ? En effet, le Front National surfe lui aussi sur la vague du laxisme pour multiplier les signes de soutien à l’égard des forces de l’ordre. Le 16 mai dernier, lors des rassemblements policiers contre la « haine anti-flics », Marion Marechal Le Pen figurait en bonne place dans les cortèges et multipliait  les selfies avec les manifestants. Ce mardi, le sénateur FN David Rachline  enjoint « le gouvernement à prendre conscience « qu'il y a un vrai problème » et parle d’un « laxisme judiciaire insupportable », soulignant au passage qu'une pétition de soutien aux policiers a été mise en ligne par son parti. Le Premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis n’a d’ailleurs pas hésité ce matin à dénoncer « la patte » du FN « dans les manifestations hors la loi » des forces de l'ordre.

Au-delà de cette accusation publique, une enquête du Cevipof, le centre de recherches politiques de Sciences po, datée de novembre 2015 détaille l’attrait des policiers ou gendarmes vers le bleu Marine. Selon cette étude, 57% d’entre eux se déclarent près à voter pour Marine Le Pen à la présidentielle.

Les ministres de la Justice et de l’Intérieur reçoivent ce mercredi les syndicats de police pour « rassurer ceux qui sont inquiets et apporter le nécessaire apaisement » a indiqué Bernard Cazeneuve. « Dans le refus des outrances et de certaines formes de démagogie », il souligne que l’exaspération des « policiers de base » résulte d'une « absence totale de respect » d'une partie de la société et du « sentiment » de suites judiciaires insuffisantes.