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Accord Google-éditeurs de presse : à y regarder de plus près…

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Etienne Baldit
Le 04.02.2013 à 18:56
Accord Google-éditeurs de presse : à y regarder de plus près…
© AFP

L’inquiétude des acteurs de la presse numérique contraste avec l’auto-satisfaction affichée par François Hollande vendredi soir, lors de l’annonce de l’accord entre Google et les éditeurs de presse français. Un accord qui pose plus de questions qu’il n’apporte de réponses.

« Historique », « événement mondial »… Les superlatifs n’ont pas manqué, vendredi, pour qualifier l’accord passé entre Google et les éditeurs de presse français, grâce à l’entremise de François Hollande. Mais de nombreux acteurs du secteur sont bien plus mesurés.

L’accord porte sur deux points : le géant américain alimentera un fonds de 60 millions d’euros destiné à accompagner la transition numérique de la presse française. Seuls les titres de presse d’information politique et générale (IPG) seront éligibles à ce fonds, qui devrait être réparti sur une période de trois à cinq ans et qui doit financer des projets innovants sur le web. D’autre part, Google se propose, à travers le volet commercial de l’accord, d’aider les titres de presse à « accroître leurs revenus en ligne » en utilisant les outils et « technologies publicitaires » du groupe.

En réalité, très peu de détails sont connus. Le Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne (Spiil) demande donc que l’accord soit rendu public. Et à y regarder de plus près, il n’est pas interdit de douter de l’efficacité – voire du bien-fondé – du contenu de l’accord.

60 millions d’euros : pour qui et selon quels critères ?

Première interrogation : les critères de répartition des 60 millions d’euros. Un conseil d’administration, composé de représentants de Google et de l’IPG, ainsi que de « personnalités indépendantes », décidera de l’attribution des subventions. Un processus qui pourrait favoriser les tenants de la presse traditionnelle, selon Johan Hufnagel, rédacteur en chef de Slate.fr : « pour monter les dossiers, il faut du temps, de l’argent et des gens qui savent le faire ; ça n’avantagera donc pas forcément les plus innovants, mais les plus « gros ». Au final, ça pourrait même constituer un frein à l’innovation, en récompensant ce qui existe déjà ; mais l’innovation, c’est la création de nouveaux titres, de nouvelles formes de journalisme, de contenus, pas les vieilles recettes ». « C’est ce qui s’est passé avec le fonds Spel [fonds d’aide au développement des services de presse en ligne, ndlr], qui a été fagocité par la presse traditionnelle », rappelle-t-il.

60 millions d’euros, c’est d’ailleurs l’équivalent de ce qu’ont reçu les cinq principaux bénéficiaires des aides à la presse en 2011. Pour Maurice Botbol, président du Spiil, « il y a un risque que certains cumulent à la fois les aides publiques et privées, et cela au détriment du reste de la presse. Et donc un vrai risque de distorsion de la concurrence ». Une analyse partagée par le journaliste Erwann Gaucher, qui doute de l’impact réel de ces subventions : « il y a une centaine de titres qui répondent à la catégorie IPG. Si la répartition est très égalitaire, chacun recevra 600.000 euros : pour les petits médias c’est une belle somme, mais pour les grands ce n’est pas grand-chose. En imaginant que « Le Monde » reçoive trois ou quatre millions pour un projet, ça ne changera pas grand-chose pour eux ».

Toujours plus de « Google-dépendance »

Selon lui, ce fonds fait plutôt office de « goutte d’eau dans un océan de difficultés ». Une somme plutôt dérisoire, à la fois au regard du chiffre d’affaires réalisé par Google en France – entre 1,25 et 1,4 milliard d’euros annuels – et de l’ampleur de la tâche pour les médias français.

Autre source de méfiance, le volet commercial de l’accord, qui « conforte la position hégémonique de Google » selon Maurice Botbol : « ils proposent de mieux utiliser les outils de Google pour maximiser les revenus publicitaires, et pendant ce temps-là on n’utilise pas ceux d’autres moteurs de recherche. Google va-t-il privilégier, dans les résultats de son moteur de recherche, les titres qui  bénéficieront de l’aide ou ceux qui utiliseront ses outils ? Rien ne garantit que ce ne sera pas le cas ». Erwann Gaucher abonde : « en nous proposant d’utiliser leurs outils pour gagner plus d’argent, ils nous gardent dans leur univers. Demain, ils peuvent très bien demander un pourcentage sur les bénéfices réalisés grâce à ces outils, ou menacer de changer les règles du jeu. Ils en auraient le droit, ils en sont propriétaires et ils les fournissent ».

Tout le monde est gagnant, mais le problème n’est pas réglé

Cet accord aboutit après trois mois de négociations entre Google et les éditeurs français, qui souhaitaient faire payer Google : en référençant leurs contenus, estimaient-ils, Google génère d’immenses profits grâce à la publicité, sans que les médias ne touchent un centime. L’idée d’une « taxe google » sur les liens hypertexte, ainsi que la création d’un droit voisin au droit d’auteur, semblent s’éloigner : l’accord signé vendredi apparaît comme un compromis qui permettra peut-être d’éviter la voie législative (une proposition de loi sera réexaminée le 28 février au Sénat).

Erwann Gaucher estime que cet accord est plutôt révélateur d’une « méthode qui a souvent été reprochée à François Hollande : permettre à chacun de se déclarer vainqueur sans pour autant régler le problème ». Selon lui, « les éditeurs de presse vont évidemment faire valoir qu’ils ont finalement fait plier Google, qui va payer ; mais Google ne va pas payer pour ce que les éditeurs réclamaient, c’est-à-dire le référencement de leurs contenus. En même temps, Google fait un geste mais il n’y a toujours pas un seul pays qui fasse référence en matière de jurisprudence et d’une éventuelle « taxe Google » ».

Depuis la signature de l’accord, d’autres acteurs du numérique ont fait part de leurs réserves sur Twitter. Guillaume Champeau, fondateur et rédacteur en chef de Numerama.com :