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Affaire Bettencourt: la juge Prévost-Desprez accuse Sarkozy, l'Elysée dément

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Le 31.08.2011 à 12:48

La magistrate Isabelle Prévost-Desprez a mis publiquement en cause Nicolas Sarkozy en rapportant qu'un témoin a dit l'avoir vu recevoir de l'argent liquide chez le couple de milliardaires Bettencourt avant son élection comme président en 2007, une attaque démentie par l'Elysée.

Dans « Sarko m'a tuer » (Stock), un ouvrage de deux journalistes du Monde, Isabelle Prévost-Desprez affirme que l'un des témoins, dans l'entourage de Liliane Bettencourt, « (lui) a dit qu'il avait vu des remises d'espèces à Sarko ». Interrogé par l'AFP, l'Elysée a répliqué que ces accusations étaient « infondées, mensongères et scandaleuses ».

La classe politique n'a pas tardé à réagir. A gauche, Martine Aubry a appelé à l'ouverture d'une enquête, une demande appuyée par Arnaud Montebourg, l'un de ses concurrents à la primaire socialiste.

La porte-parole du gouvernement Valérie Pécresse a pour sa part estimé que « quand on a des accusations à porter, on ne les porte pas dans un livre ou dans la presse, on les porte devant la justice ». Quant au secrétaire général de l'UMP Jean-François Copé, il s'est dit « profondément choqué » par ces accusations, soulignant que l' « on est à quelques mois de l'élection présidentielle » et qu’ « il ne faut être dupe de rien ».

Pour étayer son propos, la juge Prévost-Desprez précise que l'ancienne infirmière de Liliane Bettencourt avait « confié à (sa) greffière, après son audition par (elle): +J'ai vu des remises d'espèces à Sarkozy mais je ne pouvais le dire sur procès-verbal+ ».

Ce n'est pas la première fois que des soupçons de financement illicite de parti politique planent au-dessus de l'UMP dans le financement de la campagne présidentielle de 2007. L'ex-comptable des Bettencourt, Claire Thibout, avait déclaré avoir eu connaissance d'une remise de fonds via Eric Woerth.

Elle avait également évoqué de nombreuses remises d'espèces au profit de diverses personnalités politiques, dont Nicolas Sarkozy, sans en avoir été directement témoin.

Tout en se disant « frappée » par « la peur des témoins », effrayés « de parler sur PV (procès-verbal, ndlr) à propos de Nicolas Sarkozy », Isabelle Prévost-Desprez sort de son devoir de réserve, plaçant notamment l'infirmière de Liliane Bettencourt dans une situation délicate. La magistrate risque également des sanctions disciplinaires.

 « Je suis blacklistée (...). Encore une fois, je ne bougerai pas. J'ai des principes intangibles: pour tout le monde, la même justice », prévient-elle.

 La présidente de la 15e chambre du tribunal correctionnel de Nanterre dirigeait lors de ces auditions un supplément d'information dans le cadre de la plainte sur citation directe de Françoise Bettencourt-Meyers, qui accusait le photographe et écrivain Françoise-Marie Banier d'abus de faiblesse à l'encontre de sa mère.

Cependant, une enquête préliminaire traitant du financement politique illégal était menée par le parquet de Nanterre dirigé par Philippe Courroye, avec qui Isabelle Prévost-Desprez dit dans le livre avoir entamé « une vraie guérilla, une bataille nucléaire ».

En novembre 2010, la Cour de cassation décide « dans l'intérêt d'une bonne administration de la justice » de transférer l'intégralité des procédures (abus de faiblesse et la multitude d'enquêtes préliminaires) ayant trait à l'affaire Bettencourt à Bordeaux.

Selon Isabelle Prévost-Desprez, « ce procès représentait pour l'Elysée un risque majeur, il y avait 90% de chances pour que ce soit déflagratoire. Il fallait me faire dessaisir, par tous les moyens. Il était impératif de me débarquer ».

C'est désormais aux juges d'instruction de Bordeaux qu'il revient de prendre l'initiative d'entendre l'ancienne infirmière de Liliane Bettencourt ainsi qu'Isabelle Prévost-Desprez.