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Antiterrorisme : Cazeneuve pointe «l’exploitation de l’émotion» par Sarkozy

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François Vignal
Le 22.03.2012 à 19:02
Antiterrorisme : Cazeneuve pointe «l’exploitation de l’émotion» par Sarkozy
Bernard Cazeneuve.
© AFP

Selon le porte-parole de François Hollande « annoncer des mesures nouvelles à chaud » sur la lutte antiterroriste « témoigne d’une précipitation ». Il dénonce le « double langage » de Sarkozy et pense que la question d’une faille du renseignement « peut se poser » après la tuerie de Toulouse. Entretien.

Le député PS Jean-Jacques Urvoas, spécialiste des questions de sécurité, a affirmé, avant de revenir sur ses propos, que le Raid n’était « pas capable en 30 heures d’aller déloger un homme au fond de son appartement ». Comment jugez-vous pour votre part l’intervention du Raid ?
Les forces de l’ordre qui sont intervenues l’ont fait dans un contexte extrêmement difficile, au péril de leur vie. Et leur courage mérite d’être salué. Il est par ailleurs extrêmement difficile de porter une appréciation sur les conditions dans lesquels cela s’est déroulé. C’était une opération à laquelle on n’a pas participé, dont on n’était pas investi du commandement et pour laquelle, de ce fait, on dispose d’informations très partielles. Avant de porter des appréciations sur le déroulé de l’opération, il faut disposer d’information sur les conditions, ce qui n’est pas le cas.

Nicolas Sarkozy a annoncé ce midi de nouvelles mesures pour lutter contre le terrorisme. Est-ce une décision nécessaire ?
Ce qui compte, sur cette matière sensible, c’est l’efficacité de l’action conduite par les pouvoirs publics, au moment où le drame se produit et aussi en amont de ces drames, pour les prévenir. Alain Juppé a évoqué la possibilité d’une faille dans le dispositif de renseignement. Cette question peut se poser. Et ce d’autant plus qu’il y a dans le livre blanc de la défense le principe du continuum sécurité-défense, qui effaçait la frontière entre la défense nationale et la sécurité intérieure, l’accent mis tout au long du quinquennat sur le renforcement du renseignement comme moyen de prévenir les actes terroristes, la création d’un coordinateur du renseignement auprès du président de la République. Tout cela a constitué autant d’éléments de nature à protéger le pays du terrorisme. Donc annoncer des mesures nouvelles à chaud, sans même prendre le temps d’évaluer l’efficacité des mesures déjà mises en œuvre, alors même qu’un ministre important du gouvernement s’interroge sur la possibilité d’une faille dans le dispositif de renseignement, témoigne d’une précipitation.

Nicolas Sarkozy parle de mesures pénales, notamment pour « toute personne qui consultera de manière habituelle des sites qui font l’apologie du terrorisme ». Est-ce réaliste ?
La mesure pénale n’a de sens que si elle est efficace. Nous avons, au cours des cinq dernières années, voire même au cours des 10 dernières, une multiplication des textes de législation pénale, au point de faire de chacun d’entre eux parfois une réponse à des faits divers ou faits de société, parfois très graves, qui ont pu avoir lieu. Cette multiplication n’a en rien permis de diminuer l’insécurité pour ce qui concerne notamment les violences faites aux personnes, qui ont augmenté de plus de 20% au cours des cinq dernières années. De la même manière, le continuum sécurité-défense ou le renforcement des missions de renseignement mérite incontestablement une évaluation à froid, méticuleuse, de manière à rechercher l’efficacité.

Qui n’est pas forcément optimum ?
On le voit bien, là. Plutôt que de multiplier les effets d’annonce après un drame, il est préférable de rechercher les moyens d’une efficacité plus grande des dispositifs existants.

Parleriez-vous de lois émotionnelles ?
J’allais terminer par cela. Parfois, la réflexion, notamment au plus haut niveau de l’Etat, est préférable à l’exploitation de l’émotion dans la précipitation.

Cela montre-t-il un retour de la campagne ?
Cela montre, en tous les cas, un double langage. D’une part, un discours de rassemblement auquel s’essaie le chef de l’Etat. Et d’autre part, les invectives, les polémiques à répétition orchestrées par ses lieutenants, et ce à sa demande. Car nul ne peut imaginer que Nicolas Sarkozy, qui prétend avoir autorité sur tout, ne puisse pas avoir autorité sur ses troupes lorsqu’elles dérapent. Par ailleurs, la meilleure manière de ne pas exploiter un drame est de s’interdire de surfer sur l’émotion qu’il suscite.

On observe d’un côté les déclarations de Jean-François Copé, qui accuse Bayrou et Hollande de ne « pas respecter le deuil ». De l’autre, Julien Dray a affirmé sur Public Senat que l’opération du Raid a tourné « au show hollywoodien ». Malgré les appels à l’unité, la campagne est vite repartie sur un ton polémique, du côté de l’UMP comme du PS…
Cette polémique n’est pas à gauche, franchement. François Hollande n’a cessé, avant le drame de Toulouse, à appeler au rassemblement, l’union des Français. Car il sait que face à la crise profonde que rencontrent les économies d’Europe et qui affecte les peuples européens, le rassemblement autour de la République et ses valeurs est la condition du redressement. Car il n’y a pas de redressement dans l’organisation, chaque jour, de la confrontation entre les Français, les raccourcis et l’amalgame. C’est la raison pour laquelle François Hollande poursuivra  après le drame de Toulouse et avec détermination, sa démarche de rassemblement des Français. Là où l’UMP a visiblement choisi sans vergogne de s’engager de nouveau sur le chemin de l’invective, de la contre-vérité, et de temps en temps, parfois, de l’injure.

On vient d’apprendre qu’un sondage donne pour la première fois Jean-Luc Mélenchon en troisième position, devant Marine Le Pen. Cela complique-t-il la situation pour François Hollande ?
Pourquoi ? François Hollande est le seul à même de battre Nicolas Sarkozy. Il faut, par conséquent se rassembler dès le premier tour, se mobiliser autour du candidat qu’on veut voir gagner au second. Ne pas prendre conscience de cette nécessité, c’est prendre le risque de ne pas créer les conditions d’une mobilisation et d’une dynamique suffisamment forte. Ce risque ne peut pas être pris. Sauf à vouloir aider Nicolas Sarkozy.

Autrement dit, vous appelez au vote utile…
C’est le vote efficace !