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Assurance chômage : «Le patronat sait que, même sans accord, il a son chèque à la sortie»

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Thomas Leroy
Le 22.02.2016 à 18:46

Entre le nouveau plan pour l’emploi et la réforme du travail annoncée, les partenaires sociaux doivent s’atteler, ce mardi, au serpent de mer de l’Unedic. Les chiffres ne sont pas bons. Le déficit était de 4,4 milliards d’euros en 2015 et sera de 3,3 milliards d’euros en 2016 grâce à la (faible) croissance attendue. Quant à la dette, elle se creuse : 25,8 milliards d’euros fin 2015 et 29,4 milliards attendus fin 2016. Et pour corser le tout, la nouvelle convention doit être trouvée avant le 30 juin, sans quoi le gouvernement tranchera dans le vif. Sans surprise, les négociations ont mal débuté. « Le contexte pèse » affirme Sophie Binet de la CGT, présente sur le plateau de Public Sénat, faisant allusion à la réforme El Khomri sur le travail. La ligne rouge des syndicats est simple : pas de diminution des allocations, pourtant vue comme une nécessité par le patronat.

Un régime "équilibré"

 « Il y a un déficit, c’est certain », explique l’économiste Bruno Coquet, expert-associé à l’Institut de l’entreprise. « Le problème est de savoir à quoi il est dû. » Car les raisons de cette faillite ne sont pas si simples. « Si on observe la comptabilité, on voit que le montant des cotisations et celui des prestations sont tous les deux autour de 34 milliards d’euros, cette année, donc c’est équilibré » poursuit l’économiste. Mieux, si on ne conserve que le régime de droit commun (donc sans les intermittents du spectacle et les intérimaires), la partie assurancielle est excédentaire et n’a jamais été déficitaire. Pourtant, c’est bien la dégressivité des allocations, proposée par le gouvernement, qui est au cœur du débat. L’idée est simple et pleine de bon sens : puisque l’unédic ne s’en sort plus, il faut donc réduire les allocations. La droite et le Medef applaudissent, stipulant que cela inciterait les chômeurs à trouver un travail plus rapidement. « Le système d’assurance n’est pas un système incitatif de retour à l’emploi » explique ainsi Jean-Michel Pottier de la CGPME. « Aucune étude n’a montré que cela accélérait le retour à l’emploi » tranche Bruno Coquet. Du côté de la CGT, on se désole que cette proposition vienne du gouvernement. « Le patronat sait que, même sans accord, il a son chèque à la sortie » soupire Sophie Binet. 

La France, trop généreuse ?

C’est un constat qui revient régulièrement. En termes d’allocations-chômage, la France est un des pays les plus généreux d’Europe, si ce n’est le plus généreux. « En fait, il n’y a rien de plus difficile à comparer » souligne Bruno Coquet. Par exemple, le Royaume-Uni propose un chômage beaucoup plus faible qu’en France mais des aides au logement sont 4 à 5 fois plus élevées. Au final, la France est dans la moyenne de « générosité » des pays de l’OCDE.

L’Unedic pâtit, en fait, de ses multiples tâches. Avant 1996, elle ne s’occupait que des indemnisés mais, au fur et à mesure des années, de nouvelles prérogatives se sont ajoutées notamment une part de financement de Pôle Emploi (hors allocations) qui pèse ainsi 3,3 milliards d’euros par an à l’Unedic. Ainsi, les charges de l’agence ont augmenté mais son financement, lui, n’a pas bougé. La faillite est inéluctable.

 Pour le moment, les syndicats n’ont pas l’intention d’ouvrir la porte à une baisse des allocations. « Dans cette négociation, on nous annonce déjà qu’il faudrait accepter des reculs à la fois de la durée et du niveau d’indemnisation des demandeurs d’emplois » peste Eric Aubin qui négocie pour la CGT.

5 nouvelles réunions

Les syndicats proposent plutôt de taxer les entreprises qui multiplient les CDD au lieu de recourir au CDI. Les contrats courts, tout comme l’intérim sont bien plus coûteux pour la collectivité et restent plus généreux pour le salarié. « Les règles sont calculées comme dans les années 1960, lorsque le CDI était la norme » précise Bruno Coquet. Résultat, une partie des chômeurs gagne plus au chômage qu’en travaillant. Pour l’économiste, il y a un problème de transparence et de pilotage, au sein de l’Unedic. « Déjà, il faudrait commencer par faire les comptes car il n’y a aucune comptabilité. » Une autre piste serait de faire participer les salariés du public à l’effort collectif, puisqu’ils représentent tout de même 30% des salariés français. Les partenaires sociaux vont donc se revoir 5 fois, d’ici la mi-mai pour tenter de trouver une solution qui semble toujours plus lointaine.