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Attentats : faut-il plus de contrôles aux frontières ? (et lesquelles ?)

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François Vignal
Le 23.03.2016 à 19:39
Attentats : faut-il plus de contrôles aux frontières ? (et lesquelles ?)
Policiers de la PAF (police aux frontières).
© AFP / JEAN-PIERRE MULLER

Face au terrorisme, «il y a urgence à renforcer le contrôle des frontières extérieures de l'Union européenne» a affirmé Manuel Valls, alors que Marine Le Pen veut fermer la frontière franco-belge. Nicolas Sarkozy compte refonder complètement Schengen. Le Sénat va faire aussi des propositions.

L’attentat de Bruxelles rappelle tristement que la menace terroriste est toujours aussi vive. La question du contrôle aux frontières se pose à nouveau. Marine Le Pen a même proposé de fermer « dans l’urgence » la frontière franco-belge, oubliant qu’une ligne (Maginot) se contourne, et de rétablir les contrôles sur « l’ensemble des frontières nationales ».

En réalité, depuis les attentats du 13 novembre, la France a déjà remis en place des contrôles aux frontières. Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, l’a rappelé mercredi matin sur France Inter. « Ils permettent de procéder au contrôle de ceux qui passent sur les points de passage les plus importants. Il y a 220 points de passage. Et il y a des contrôles systématiques, 24 heures sur 24, sur 42 points de passage sur la frontière septentrionale », c’est-à-dire la frontière nord, a détaillé Bernard Cazeneuve. Regardez :

Le code de l’espace Schengen, qui régit la libre circulation des personnes au sein de l’Union européenne, permet en effet de remettre en place des contrôles, mais de manière encadrée et pour raisons de sécurité.

Mesures unilatérales des Etats membres, au risque d’une efficacité relative

Entre la France et la Belgique, des portiques de sécurité ont aussi été mis en place pour le Thalys… mais uniquement côté Français. Une sérieuse limite a reconnu le ministre. « Les portiques ne sont efficaces que s’il y en a dans tous les pays de l’Union européenne. C’est la raison pour laquelle le ministre des Transports Alain Vidalies discute avec ses homologues pour que la disposition que nous avons prise en France soit prise dans l’ensemble de l’Union européenne. Nous avons pris souverainement ces décisions, les autres doivent les prendre » a estimé le locataire de la Place Beauvau. Autrement dit, faute d’accord au niveau européen, les Etats membres prennent des mesures unilatérales, au risque d’une efficacité relative.

Un « contrôle systématique pour les vols extra Schengen » a aussi été mis en place en France. Une mesure qui n’est, là non plus, pas appliquée par tous en Europe. Et « le maximum de forces de l’ordre sont déployées dans les infrastructures de transports » pour « avoir une action dissuasive » a ajouté Bernard Cazeneuve. Mais selon l’ancien ministre des Transports, Dominique Bussereau, ces mesures sont loin d’être suffisantes. « On est devant un gruyère en matière d'infrastructures de transports extrêmement difficile à contrôler », a déclaré aujourd’hui le député Les Républicains devant l'Association des journalistes parlementaires.

Face à la menace terroriste, qui concerne tous les pays européens, « il y a urgence à renforcer le contrôle des frontières extérieures de l'Union européenne. Ce sont les propositions françaises depuis des mois », a déclaré Manuel Valls sur Europe 1 ce matin.

Manuel Valls souligne qu'« il y a urgence à adopter le PNR », le fichier des passagers aériens dont on parle depuis les attentats contre Charlie hebdo. La question fait débat, au Parlement européenne notamment, en raison de l’utilisation et le transfert de données personnelles. « Il y a enfin urgence à ce que plus personne ne puisse passer avec des faux papiers, parce que nous savons que Daech a volé de grandes quantités de passeports en Syrie » ajouté le premier ministre, qui a rencontre cet après-midi à Bruxelles Jean-Claude Junker, président de la Commission.

« Il faut renforcer Schengen, sinon Schengen mourra »

A droite, la réponse de Nicolas Sarkozy est de viser Schengen. Déjà, lors de la campagne présidentielle de 2012, il avait appelé à revoir de fond en comble l’accord. Depuis son retour à la vie politique, il n’a pas changé. « Schengen est mort » a-t-il même dit début janvier devant des patrons belge, selon Le Soir. « Nous demandons au nom des Républicains le rétablissement des contrôles permanents aux frontières », affirmait aussi en janvier Guillaume Peltier, nouveau porte-parole des Républicains. Invité de Territoires d’Infos sur Public Sénat et Sud Radio ce matin, le député Eric Ciotti, secrétaire général adjoint des Républicains, s’est aussi dit pour « rétablir des contrôles aux frontières internes de l’espace Schengen ». Regardez :

Le président LR de la commission des affaires européennes du Sénat, Jean Bizet, pense aussi que Schengen doit être renforcé. Les sénateurs LR André Reichardt et PS Jean-Yves Leconte présentent demain un rapport sur le sujet en commission, en vue d’une proposition de résolution européenne. « Il faut renforcer Schengen, c’est une obligation sinon Schengen mourra avec le marché unique et la libre circulation des biens et des personnes » affirme Jean Bizet. « Ça veut dire, et c’est la proposition de nos collègues demain, remettre le contrôle systématique en y intégrant des critères biométriques – de manière quasi automatique aux frontières extérieures et temporaire à l’intérieur quand il y a des menaces – renforcer Frontex avec la mise en place de gardes frontières et de gardes côtes et dimensionner les structures d’accueil des migrants aux frontières ou à l’extérieur » détaille le sénateur de la Manche.

« Dire qu’il faut des contrôles systématiques aux frontières des Etats et qu’on vivra mieux, c’est l’équivalent du conducteur qui freine sur une plaque de verglas »

Jean Bizet ajoute « le PNR » et souligne que la sécurité intérieure « relève en grande partie des états membres. Ce qui veut dire qu’il faut regarder avec clarté où sont les acteurs ». Réponse de Jean Bizet : « Ils sont dans certaines banlieues difficiles, en France, à Bruxelles. Je n’ai aucun état d’âme pour stigmatiser les banlieues où il y a des zones de non-droit. Si demain il y a des zone de non-droit en milieu rural, je les stigmatiserai tout autant ».

Si le socialiste Jean-Yves Leconte est d’accord pour des contrôles intérieurs « s’il y a besoin de le faire », il met en garde contre ceux qui font « de la com’ politique ». « Imaginer que la solution passe par le redéploiement de la police de l’air et des frontières sur l’ensemble des frontières est une aberration, sauf à remettre en cause l’économie européenne. Et ça coutera quinze fois plus cher ». « Dire qu’il faut des contrôles systématiques aux frontières des Etats et qu’on vivra mieux, c’est l’équivalent du conducteur qui freine sur une plaque de verglas alors qu’il ne faut pas », ajoute le sénateur PS. Pour Jean-Yves Leconte, la réponse est européenne : « Il faut renforcer la coopération entre pays membres et augmenter d’un cran la manière de surveiller les frontières extérieures, avoir une interconnexion des fichiers ».

« Ça mériterait de voir comment ils fonctionnent en Israël »

Pour le sénateur LR Jean-Baptiste Lemoyne, « il ne faut pas s’interdire de prendre des mesures ponctuelles qui peuvent être un peu radicales. Mais on a aussi vu qu’il est possible pour une personne mal intentionnée de se jouer des contrôles. Salah Abdeslam a rejoint la Belgique après avoir été contrôlé… On n’empêchera jamais personne de prendre des petits chemin dans la montagne plutôt que de passer par les postes frontières ». En raison de cette limite de la frontière au sens classique, le sénateur de l’Yonne affirme que « les frontières passe aussi en France, dans les préfectures, sous préfectures. Il faut une vigilance renforcée partout. Il y a un rôle des forces de sécurité mais aussi des citoyens. Chacun doit avoir un devoir de vigilance, avec des réflexes, un peu à l’israélienne.  C’est un devoir de signalement, quand on voit quelque chose d’un peu suspect. Ça mériterait de voir comment ils fonctionnent en Israël, où ils connaissent le risque terroriste ». Cette vision de la sécurité, où chacun joue un rôle, ne comporte-t-elle pas de sérieux travers et risques ? « Entre un excès de précaution et une absence de précaution, je choisis l’excès, dans un premier temps » répond Jean-Baptiste Lemoyne.