Aubry aux socialistes : « Je veux vous dire merci »

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François Vignal, envoyé spécial à La Rochelle
Le 26.08.2012 à 13:56
Aubry aux socialistes : « Je veux vous dire merci »
© AFP
La première secrétaire du PS a clôturé l’Université d’été du PS, à La Rochelle. Celle qui devrait quitter bientôt son poste a donné ses « exigences » pour le PS, une véritable feuille de route, tout en soutenant l’action du gouvernement sous les yeux de Jean-Marc Ayrault.

C’était – sauf surprise peu probable – son dernier discours de première secrétaire à l’Université d’été de La Rochelle. Martine Aubry a clôturé le rendez-vous de rentrée des socialistes. Un discours de soutien au gouvernement. Et des perspectives tracées pour le PS. « Je veux vous dire merci pour l’immense travail réalisé. (…) Je suis et serai toujours une militante », a-t-elle lancé avec un brin d'émotion, comme elle l’avait dit déjà vendredi soir. « C’est la passion qui m’a animée depuis 4 ans ». Ceux qui attendaient en revanche un message clair sur son départ seront déçus. Martine Aubry fait durer le plaisir. « Il n’y a pas la réponse précise à la question posée. Mais je pense, a priori, que les conditions sont réunies », affirme à la sortie le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll, proche de François Hollande. Il ajoute : « Il n’y a pas de raison pour que maintenant les choses ne se passent pas bien ». Manuel Valls ne prend pas de risque : était-ce le dernier discours d’Aubry comme patronne du PS ? Réponse du ministre de l’Intérieur : « Je ne sais pas ».

Martine Aubry l’a dit : elle quittera le parti si les conditions sont réunies, notamment continuer le travail accompli. Son travail. « Je me rappelle de ce qu’on nous disait il y a 4 ans sur le PS. Un grand cadavre à la renverse, il avait fait son temps notre parti », rappelle-t-elle. Manière aussi de montrer le changement… au PS. Le parti a gagné les municipales, régionales, cantonales, sénatoriales sous son règne. Et bien-sûr la présidentielle et les législatives.

Les blagues d’Aubry

La maire de Lille énumère ses « exigences » pour le PS. Une véritable feuille de route, que le successeur, Harlem Désir ou Jean-Christophe Cambadélis, devra suivre : « Soutenir François Hollande », « poursuivre la réflexion », « la rénovation de la pratique militante », un parti tourné plus vers l’Europe et continuer la « rénovation ». Quand Martine Aubry lâche le mot « non-cumul » des mandats, c’est une standing ovation dans la salle. Comme la veille avec Jean-Marc Ayrault. Sourire de la première secrétaire : « Je vous laisse applaudir. Allez-y ! Allez-y ! » Les députés, et surtout sénateurs, qui ne sont pas pressés de l’appliquer, sont prévenus.

En forme pour son discours – la perspective du départ ? – elle multiplie les blagues : « La concurrence, c’est la meilleure et la pire des choses, nous le savons chez nous d’ailleurs… » Ou encore : « Je suis désolée qu’Arnaud (Montebourg) ne soit pas là, pour une fois que je dis plein de bien de lui ! »

« Le chemin est long, il faut garder la ligne »

Comme le premier ministre la veille, elle fait le service après-vente des 100 jours de la gauche au pouvoir. Elle rappelle les mesures déjà votées – la retraite à 60 ans, l’augmentation de l’allocation de rentrée, l’encadrement des loyers – et la « préparation de la deuxième marche : la rentrée », avec les emplois d’avenir ou la séparation des activités de dépôt et de spéculation des banques. Elle défend le traité budgétaire européen, que plusieurs parlementaires de la gauche du parti ne veulent pas voter. « Une étape » gagnée par François Hollande, qui doit en appeler d’autres.

Prônant une « gauche volontaire et sérieuse pour redresser le pays dans la justice », elle appelle son parti à rester uni. Et s’il y a un sujet qui unit les socialistes, c’est bien la critique de la droite en général et de Nicolas Sarkozy en particulier. La maire de Lille est ainsi revenue sur la saillie cet été de l’ex-Président sur la Syrie : « Une sortie hallucinante. (…) De sa retraite dorée du Cap nègre, il a voulu donner des leçons ». Fillon en prend aussi pour son grade : « Certains m’ont dit que sa fracture n’était pas sociale ». Comme Copé : « Il a préparé son plan de carrière, il sent que ça branle un peu dans le manche, alors il parle de la Syrie ». Entre les attaques de la droite et les impatiences des Français, Martine Aubry, à la manière d’un chef de gouvernement, trace le cap: « Le chemin est long, il faut garder la ligne ». On dirait du Raffarin.