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« Bahamas leaks » : « Le monde entier est géré de cette manière dans l’opacité » selon Eric Bocquet

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François Vignal
Le 22.09.2016 à 17:38
« Bahamas leaks » : « Le monde entier est géré de cette manière dans l’opacité » selon Eric Bocquet
Eric Bocquet, sénateur PCF du Nord.
© AFP

Après les « Panama papers », voici venu le « Bahamas leaks », un nouveau scandale sur l’existence de comptes offshore dans un paradis fiscal. D'après les documents en possession du quotidien allemand Süddeutsche Zeitung et du Consortium international des journalistes d'investigation, dont Le Monde publie en France les résultats, l’ancienne commissaire européenne à la concurrence Neelie Kroes est l’une des personnalités concernée par ces révélations. « C’est la confirmation une nouvelle fois de ce mélange des genres entre dirigeants politiques et monde de la finance offshore » regrette le sénateur PCF Eric Bocquet, qui a mené une mission d’information et une commission d’enquête sur le sujet au Sénat. Il vient de publier « Sans domicile fisc » (Cherche Midi), un livre sur ce monde des paradis fiscaux. Entretien.

Dans une nouvelle affaire de sociétés offshore, « Bahamas leaks », on apprend que Neelie Kroes, ancienne commissaire européenne à la concurrence de la commission Barroso, a eu une société offshore non déclarée, avec des suspicions de conflit d’intérêt par rapport à la société Enron. Etes-vous surpris ?
Pas du tout. Neelie Kroes, ex-commissaire européenne à la concurrence, avait déjà fait parler d’elle en se faisant recruter par Uber, alors qu’elle était aussi en charge de cette thématique en tant que commissaire européenne. Donc que son nom réapparaisse à nouveau dans une société offshore au Bahamas ne me surprend pas du tout. Ce qu’on lui reproche ce matin, c’est de ne pas l’avoir dit. Mais ce que je lui reproche, c’est d’avoir eu un compte. Ce n’est pas possible.

Malheureusement, c’est la confirmation une nouvelle fois de ce mélange des genres entre dirigeants politiques et monde de la finance offshore qu’on a pointé à de nombres reprises et dans notre livre avec mon frère, « Sans domicile fisc » (voir notre article sur le sujet). Après Barroso qui est parti à Goldman Sachs, cela montre la réalité de la connivence entre ces deux mondes qui devraient être étanches. La conséquence, c’est encore le discrédit de la Commission européenne. Après, il ne faut pas s’étonner que l’Europe désespère les peuples quand on voit ça.

Ces révélations peuvent-elles servir la cause de la gauche ou plutôt celle de l’extrême droite ?
Malheureusement, je crois que ça alimente les mouvements d’extrême droite. En Europe, ils pointent le nez partout. Ça souligne l’urgence de construire une alternative à gauche qui s’attaque à cette domination de la finance. Tout cela peut nous mener à la fin de la démocratie. Quand les Etats se laissent à ce point dominer par les marchés financiers et les multinationales, c’est inacceptable. Le politique, ces dernières décennies, a laissé trop de place au financier et à l’économie. Il doit reprendre la main.

D’autres personnalités sont aussi concernée par ces nouvelles révélations : le ministre des finances canadien, le vice-président angolais, l’ex-émir du Qatar, l’ex-ministre colombien des mines. A voir les scandales successifs, on a l’impression qu’avoir un compte offshore est quelques chose de commun dans certains milieux, voire de normal…
Oui, c’est courant. Dans le monde anglo-saxon notamment, ils ne sont pas choqués par ce genre de chose. Et le passage du monde politique au monde des affaires l’est aussi. On l’a vu avec l’ancien chancelier allemand Gerhard Schroder, qui a travaillé pour Gazprom, Tony Blair qui a travaillé à la City. En France on voit des hauts fonctionnaires rejoindre des fonds d’investissement franco chinois...

Vous attendez-vous à d’autres révélations ?
Oui, ce n’est pas fini. Demain, ce sera quoi ? Un Singapour leaks, un Jersey leaks ? On n’est pas au bout des révélations je pense. Le monde entier est géré de cette manière dans l’opacité et l’argent sale se mélange dans les mêmes tuyauteries. Ça ne va pas s’arrêter. Il y a un début de prise de conscience, un début de mouvement à l’échelle planétaire, l’OCDE essaie de faire des choses, mais on est dans la demi-mesure.

Pourquoi les choses bougent-elles doucement ?
Car ils sont puissants, ils sont dans la place. A Bruxelles, le lobby financier est le plus puissant, ils sont 1.700 ou 1.800 à défendre l’industrie financière. Cela représente 120 millions d’euros de dépenses, je crois, pour influencer les directives européennes. Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, qui a mis en place les « Lux leaks » quand il était au Luxembourg, a-t-il vraiment la volonté de s’attaquer à cela ? Il y a des verrous partout. Il faut que l’opinion publique se dresse. Les britanniques ont boycotté Starbuck car la société ne payait pas ses impôts. Ça les a obligés à lâcher du lest. On peut tous agir comme client des banques, salariés et électeurs. C’est un sujet politique majeur. Il devrait être au cœur de la campagne présidentielle qui s’annonce. On n’en parle pas du tout, même certains candidats qui ont travaillé sur ces sujets. Arnaud Montebourg a été l’auteur, avec Vincent Peillon, d’un rapport excellent sur les paradis fiscaux. Il ne dit pas un mot de ces sujets. Et pendant ce temps, on verra à nouveau dans le budget 2017 une réduction des dépenses publiques. Et à côté, tout cela continue.