×En naviguant sur notre site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer une navigation optimale et nous permettre de réaliser des statistiques de visites.En savoir plus

«Bateau ivre», «sexisme» et Valls agacé : retour sur un débat «surréaliste» au Sénat

+A -A
François Vignal (texte et montage)
Le 18.01.2013 à 15:28
Les sénateurs ont rejeté le nouveau mode de scrutin des cantonales jeudi soir. Entre débat « grotesque », « aberration », retour sur les accusations de « sexisme » et conseil autour de l’utilisation de Twitter, moments choisis d’une séance de nuit pour le moins singulière.


 

Drôle d’ambiance la nuit dernière au Sénat. Les débats sur le nouveau mode de scrutin pour les élections cantonales ont duré tard, jusque 00h30. L’article 2 sur le nouveau mode d’élection binominal homme/femme a été rejeté en raison de l’abstention des communistes et des écologistes.

Pour son groupe, la sénatrice PCF Cécile Cukierman explique les raisons de ce vote (voir la vidéo). Les communistes demandent une part de proportionnelle pour atteindre « la parité et le pluralisme ». Même explication de l’écologiste Hélène Lipietz. Ce n’est pas la parité qui est rejetée, au contraire, mais le scrutin binominal. Les écologistes demandent de longue date la proportionnelle.

« Je vous signale qu'il est 23h30 »

Des consignes de vote qui font tomber le principal article du texte du ministre de l’Intérieur Manuel Valls. « Je regrette que sur le texte électoral, un groupe de la majorité et un groupe de la majorité sénatoriale ne nous permettent pas de nous exprimer sur ce sujet là. (…) En tout état de cause, c’est l’Assemblée qui donnera le là sur ce sujet », réagit le locataire de la place Beauvau.

Vient ensuite l’examen de l’article 3. Il porte sur la division du nombre de cantons par deux, ce qui implique un redécoupage électoral. La discussion commence. Mais difficile de voter sur un article qui ne fait plus sens en raison du rejet du mode de scrutin. Vite, les sénateurs s’étonnent et pointent l’incongruité de la situation. D’abord Jean-Louis Masson (non-inscrit) : « On est maintenant dans un débat un peu surréaliste. Est-ce bien sérieux de voter sur l’article 3, où on divise les cantons par deux, dans l’optique où on aurait voté l’article 2 ? Mais c'est du grand guignol ! C’est  grotesque ce débat ! (…) On est en complète aberration ! (…) C'est aberrant ». Le sénateur UMP Bruno Sido, accusé par la gauche de sexisme après ses propos à l’égard de la sénatrice PS Laurence Rossignol, s’étonne à son tour : « C’est la première fois que je me trouve devant un débat aussi surréaliste. (…) En attendant, on n’avance pas et je vous signale qu'il est 23h30… »

« On ne peut pas avoir le beurre, l'argent du beurre et le sourire du ministre en plus ! »

La discussion semble peu amuser le ministre de l’Intérieur. « Je ne vais pas assumer tous les inconvénients », prévient-t-il, ne voulant pas répondre à un sénateur. « Je ne le ferai pas par logique. Vous avez empêché le débat de se poursuivre sur ce sujet là. (…) Je réserverai d’abord mes réponses à Assemblée nationale ». Et d’ajouter : « On ne peut pas avoir le beurre, l'argent du beurre et le sourire du ministre en plus ! »

Le centriste Hervé Maurey prend la parole à son tour et en rajoute une couche. Non sans malice : « Le texte est véritablement en lambeau, le bateau perd des planches à chaque vague, nous avons même eu le sentiment qu’il devient ivre, comme aurait dit Rimbaud. Maintenant vous embarquez sur un canot de sauvetage, demain vous vous agripperez peut-être à la dernière bouée. Quel fiasco mes chers collègues. Cette phrase n'est pas de moi… Mais du président Jean-Pierre Sueur (président PS de la commission des lois, ndlr). Il l’a prononcé ici même le 6 juillet 2010, à l'occasion du rejet en deuxième lecture du mode de scrutin du conseiller territorial (voulu par Nicolas Sarkozy, ndlr). Vous voyez comme parfois l'histoire se répète… »

Delebarre « laconique »

Il est minuit. Quand la présidente de séance, la socialiste Bariza Khiari demande l’avis au rapporteur du texte, Michel Delebarre, sur un amendement, le sénateur-maire PS de Dunkerque fait court : « Quand j’avais quelque chose à dire, M. Collombat trouvait que le rapporteur était laconique. Bien sûr. Maintenant, je n’ai plus rien à dire. J’ai déjà été trop long ». Sourires sur les visages. Manuel Valls : « Je crois que j’ai été clair tout à l’heure. Presque aussi laconique que M. Delebarre ».

Corinne Bouchoux, sénatrice Europe Ecologie-Les Verts, revient alors sur l’incident de la matinée, entre Bruno Sido et Laurence Rossignol : « Ce matin, je n’étais pas dans ces murs. J’étais en formation avec des militaires. Avec les réseaux sociaux, on a accès maintenant en instantané à ce qui se dit au Sénat. (…) Et ces collègues m’ont demandé : mais qu’est ce qui se passe au Sénat ? » Une voix dans l’hémicycle l’interrompt. La sénatrice n’accepte pas. « Ici, à chaque fois qu'une femme parle, ça ricane et on l'interrompt. (…) J’aimerais bien que nous n’ayons pas sur la longue durée la palme ni du sexisme ni de la ringardise et qu’on continue de donner du Sénat une bonne image », exhorte Corinne Bouchoux. Eric Doligé, sénateur UMP, revient sur les propos de la sénatrice : « Ceux qui tweetent pendant qu’ils suivent des cours et qu’ils sont en formation, je trouve qu’ils devraient quand même écouter ce qu’il se passe quand ils sont en formation. Alors dites leur de ne pas tweeter », conseille-t-il.

Valls : « Il serait temps d’aller nous coucher »

L’heure avance et le sénateur de Mayotte Thani Mohamed Soilihi (app. PS) prend à son tour la parole au sujet… du cumul des mandats. « Plusieurs intervenants ont pris la parole, en commençant par dire que ce n’était peut-être pas l’occasion ni le moment de parler de ce sujet. Mais tout le monde s’exprime quand même. Donc  je me suis dis que pour le plaisir de m’entendre parler, je vais moi aussi prendre la parole », lance-t-il avec humour, faisant rire ses collègues.

00h30. Manuel Valls décide de mettre fin au débat. « Madame la présidente, je demande votre indulgence. Je dois me rendre assez vite au ministère de l’Intérieur, où j’ai quelques dossiers à traiter vue l’actualité ». Il ajoute : « J’ai le sentiment par ailleurs que le débat, sans porter de jugement de fond, ne fait pas l’objet d’une attention très particulière et je trouve qu’après cette longue journée, il serait temps, si vous me permettez cette suggestion, d’aller nous coucher ». La séance a repris vendredi matin. Elle se prolongera ce soir. « Et éventuellement la nuit ».