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Bruxelles : « Il n’y aura aucun compromis de l’Allemagne »

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Thomas Leroy
Le 28.06.2012 à 17:57
Bruxelles : « Il n’y aura aucun compromis de l’Allemagne »
© AFP
Les membres de l’Union Européenne se réunissent pendant deux jours à Bruxelles pour trouver une solution à la crise qui secoue l’Europe des finances. En toile de fond, le duel franco-allemand qui handicape, pour le moment, la politique communautaire.

« Moi vivante, il n’y aura pas d’eurobonds, »affirmait mardi Angela Merkel à huis-clos à des députés allemands de sa coalition. L’escarmouche entre Paris et Berlin prend une allure de tragi-comédie alors que les protagonistes se retrouvent à Bruxelles, entourés de toute l’UE. Un combat de chef entre François Hollande et Angela Merkel, chacun tête de file d’une vision différente pour les 27. D’un côté, la France, suivie de l’Espagne et dans une moindre mesure de l’Italie pour relancer la croissance par l’investissement étatique. De l’autre, l’Allemagne, apôtre de la rigueur, qui ne jure que par une croissance par les entreprises. D’un côté le nombre, de l’autre la force. Isabelle Bourgois, spécialiste de l’Allemagne promet pour ce sommet « une avancée qui ne dit pas son nom. Un compromis qui va permettre à chacun de pouvoir diplomatiquement présenter une avancée à son opinion publique. Mais dans les faits, il n’y aura aucun compromis de l’Allemagne. »
Sur la forme pourtant, les relations semblent au beau fixe. Le large sourire de la Chancelière Allemande venue hier soir à l’Elysée en témoigne. La France et l'Allemagne veulent « approfondir l'union économique et monétaire, demain politique », expliquait alors François Hollande. « La situation est sérieuse, nous avons l'obligation de construire l'Europe forte et stable de demain », a souligné Angela Merkel. De bonnes intentions, difficiles à mettre en œuvre.

Plus de fédéralisme 

Ce sommet de Bruxelles devrait néanmoins apporter quelques solutions. La première concernera l’enveloppe de 120 milliards d’euros destinée au pacte de croissance. Une concession que l’Allemagne devrait accepter tant la somme est minime, par rapport à l’étendue des territoires qu’elle concerne. Les discussions s’annoncent techniques puisque l’Allemagne attend aussi « la confirmation de la non-remise en question du pacte budgétaire en particulier par la France » explique à l’AFP Frédérik Ducrozet, économiste au Crédit Agricole. « La France n’a plus le choix car elle est sous surveillance des observateurs étrangers, » prévient Isabelle Bourgeois.
Mais le véritable enjeu sera de réaliser une feuille de route sur le long terme pour l’UE et en particulier pour la zone euro. Plus de fédéralisme, c’est ce que réclamait hier le président de l'Union européenne, Herman Van Rompuy. Le mot n’est pas prononcé mais les propositions y ressemblent fortement. Pas de refonte institutionnelle mais une réelle union budgétaire : l’argent mis en commun serait alors sous la responsabilité d’un « Bureau du trésor »  et les États contraints de modifier leur loi de finances, si elles ne respectent pas les règles européennes en matière réduction de la dette. En retour, Herman Van Rompuy promet des eurobonds pour mutualiser la dette.

Merkel, l’eurosceptique

Pour le moment, l’Allemagne y est opposée et dicte ses règles. Face à ses partenaires, Angela Merkel a déjà prouvé qu’elle savait tenir ses positions. Espérer une défaite de la Chancelière aux prochaines élections qui auront lieu dans 15 mois, pour débloquer la situation semble un pari osé. « Elle est soutenue par une large majorité de la population allemande, souligne Isabelle Bourgeois.  François Hollande doit faire très attention de ne pas abuser de la patience du peuple allemand, insiste cette germanophile. Il ne faut pas que la France ait l’image de la Grèce. »

Elisabeth Humbert-Dorfmüller, consultante franco-allemande et membre du SPD (gauche allemande) décrit une chancelière plus euro-critique qu’on ne le pense. « Sa petite phrase sur les euro-bonds s’adressait à son parti de coalition (FDP), plus à droite que le sien », note-elle. « Il menace constamment de partir et lui ferait perdre le pouvoir. Cette sortie, c’est avant tout pour donner des gages. La population allemande s’est sentie lésée par les réformes économiques de l’ère Schröder et commence à se raidir face à l’Europe. Angela Merkel sait ce que souhaite le peuple et comment rester au pouvoir. »