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Budget : la fronde gagne les sénateurs PS

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François Vignal
Le 10.06.2014 à 16:52
Budget : la fronde gagne les sénateurs PS
© AFP

La fronde était jusqu’ici limitée aux députés. Elle gagne maintenant le Sénat. Selon nos informations, une dizaine de sénateurs PS invitent leurs collègues à se réunir ce mardi soir pour « mettre au point » leur démarche. Il s’agit de « faire comprendre » à l’exécutif « qu'une inflexion est nécessaire sauf à se résigner au désaveu et à la montée de l'extrémisme ».

L’Appel des 100 fait des petits. Les députés PS frondeurs, qui viennent de dévoiler leur contre budget, font des émules au Sénat. Si à l’Assemblée nationale 41 députés avaient osé s’abstenir lors du vote sur le plan d’économies, les sénateurs PS se sont jusqu’ici montrés beaucoup plus loyaux sur les questions économiques, à l’exception de Marie-Noëlle Lienemann, responsable de l’aile gauche du PS, ou de Gaëtan Gorce. Mais après la double défaite des municipales et des européennes, les élus de la Haute assemblée se posent aussi des questions.

Le noyau dur est composé d’une dizaine de sénateurs. Neuf exactement : Alain Néri, initiateur de la démarche, Yves Rome, président du conseil général de l’Oise, Claude Dilain, ancien maire de Clichy-sous-Bois, Delphine Bataille, Gaëtan Gorce, Jean-Claude Peyronnet, Rachel Mazuir, Marie-Noëlle Lieneman et Yannick Vaugrenard. Ils ont envoyé un mail à tous leurs collègues du groupe PS du Sénat, les invitant à se réunir ce mardi, à 19 heures, pour « mettre au point cette démarche ».

« Soutien au pouvoir d'achat des ménages »

Selon le mail, dont publicsenat.fr a eu copie, les sénateurs soulignent que l’« avertissement » des derniers scrutins « ne peut rester sans réponse ». « Sans un soutien à l'investissement de nos collectivités locales, au pouvoir d'achat des ménages les plus modestes et à la modernisation de nos infrastructures, la situation économique et sociale, et par contrecoup politique, ne pourra que continuer à se dégrader ! » écrivent les élus socialistes. « C'est à nous, parlementaires socialistes, au Sénat comme à l'Assemblée, qu'il revient de proposer, de manière constructive, des solutions nouvelles s'inscrivant dans la logique du projet présidentiel de 2012, d'une indispensable réforme fiscale à une politique économique ciblée, fixant des contreparties en investissements et en emplois à une mobilisation sans précédents des moyens de la puissance publique », demandent les sénateurs PS. Ils ajoutent : « Les débats législatifs qui s'annoncent doivent nous permettre d'ouvrir le dialogue avec l'exécutif auquel nous devons faire comprendre qu'une inflexion est nécessaire sauf à se résigner au désaveu et à la montée de l'extrémisme ». Sans le formuler de manière totalement explicite, on comprend que les signataires prédisent une défaite pour le PS en 2017 si aucun changement n’intervient.

Selon Marie-Noëlle Lienemann, « la réunion a pour but de faire des propositions sur le budget, similaires à celles des collègues de l’Assemblée ». Elle ajoute : « L’idée est de déposer des amendements au prochain budget qui vont dans le même sens que ceux que nos collègues de l’Assemblée nationale auront faits. On prendra la suite ». Est-ce un début de fronde au Sénat ? « Ce n’est pas une question de fronde. Les parlementaires, donc aussi les sénateurs, doivent se faire entendre pour infléchir la politique en lien avec les engagements pris vis-à-vis des Français », répond la sénatrice PS de Paris.

« Faire le lien entre les personnes qui s’interrogent »

Gaëtan Gorce, qui dès le mois d’avril avait lancé un appel pour « une nouvelle phase » du quinquennat, s’est joint à l’initiative. « Il faut faire le lien entre les personnes qui s’interrogent », explique le sénateur de la Nièvre. Gaëtan Gorce souhaite avant tout « réfléchir à une réorientation » et à « des initiatives plus fortes en matière d’investissements publics ». Il ne veut pas y voir tout à fait « la même chose que l’Appel des 100. C’est une réunion en interne », qui se veut pour le moment encore discrète.

Manuel Valls peut au moins se rassurer : présent ce matin à la réunion de groupe – la seconde fois en un mois – le premier ministre a été applaudi. Ses soutiens sont encore nombreux chez les 128 membres du groupe PS. Il était venu tenter de rassurer les sénateurs sur la réforme territoriale, qui passe mal au Sénat et jusque dans les rangs socialistes. Le Sénat devrait même rejeter la réforme. Durant la réunion, les prises de paroles ont été nombreuses. « Manuel Valls s’est montré dans la volonté d’être dans le dialogue. Il n’est pas venu en disant on fait comme ça et comme ça », affirme le sénateur Luc Carvounas, soutien du premier ministre. Le sénateur du Val-de-Marne ne s’inquiète pas de l’initiative de la dizaine de sénateurs socialistes. « Est-ce le miroir de ce qui s’organise à l’Assemblée ? Je n’en sais rien. Tous ces groupes parlementaires qui travaillent ne me choquent pas », minimise-t-il. Si Manuel Valls est en effet prêt à quelques inflexions, il entend cependant conserver la philosophie du pacte de responsabilité.

 

Voici l’intégralité du mail envoyé aux sénateurs du groupe PS :

Cher(e) collègue,

A l'heure où la croissance ne repart pas et où le chômage ne cesse de croître, les Français nous ont, par deux fois, clairement fait connaître leur inquiétude et leur mécontentement.

Cet avertissement ne peut rester sans réponse !

Or, sans un soutien à l'investissement de nos collectivités locales, au pouvoir d'achat des ménages les plus modestes et à la modernisation de nos infrastructures, la situation économique et sociale, et par contrecoup politique, ne pourra que continuer à se dégrader !

C'est à nous, parlementaires socialistes, au Sénat comme à l'Assemblée, qu'il revient de proposer, de manière constructive, des solutions nouvelles s'inscrivant dans la logique du projet présidentiel de 2012, d'une indispensable réforme fiscale à une politique économique ciblée, fixant des contreparties en investissements et en emplois à une mobilisation sans précédents des moyens de la puissance publique.

C'est par la mise en œuvre d'un tel projet que nous retrouverons la confiance et l'adhésion des Français et servirons l'intérêt du Pays.

Les débats législatifs qui s'annoncent doivent nous permettre d'ouvrir le dialogue avec l'exécutif auquel nous devons faire comprendre qu'une inflexion est nécessaire sauf à se résigner au désaveu et à la montée de l'extrémisme.

C'est pour mettre au point cette démarche que nous vous proposons de nous retrouver le mardi 10 juin à 19 heures.

Bien amicalement,

Alain Néri, Yves Rome, Claude Dilain, Delphine Bataille, Gaëtan Gorce, Jean-Claude Peyronnet, Rachel Mazuir, Marie-Noëlle Lieneman, Yannick Vaugrenard

PS : ce courrier est à usage interne et ne doit pas être rendu public.

 
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