Back to Top
×En naviguant sur notre site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer une navigation optimale et nous permettre de réaliser des statistiques de visites.En savoir plus
Mode zen

Quitter le mode zen

« C’est l’échéance de sa vie que Bruno Le Maire va jouer sur la primaire »

+A -A
Simon Barbarit (sujet Tam Tram Huy)
Le 23.02.2016 à 18:56

C’est parti pour Bruno Le Maire. Après sa déclaration de candidature à la primaire de la droite et du centre ce soir à Vesoul, il sortira jeudi son nouveau livre « Ne vous résignez pas ». Philippe Moreau-Chevrolet, communicant et président-fondateur de MCBG Conseil, analyse de la stratégie de celui qui veut incarner le renouveau chez Les Républicains.

Est-ce que Bruno Le Maire peut vraiment incarner un homme politique neuf comme souhaitent le faire croire ses T Shirts de campagne siglés « Le renouveau, c'est Bruno » ?

C’est sa stratégie. C’est un positionnement intelligent parce que les Français demandent du renouveau. Toutes les enquêtes montrent qu’ils ne veulent pas du retour du match Hollande/Sarkozy. Donc il y a un besoin de renouvellement à gauche et à droite. Bruno Le Maire a compris le besoin des électeurs qui sont dans une attitude de consumérisme politique. Ils cherchent des nouveaux visages en permanence parce que les anciens politiques les ont déçus. Après sur le fond est-ce qu’il peut réussir ? C’est compliqué parce que précisément il est énarque, il a déjà été ministre et au fond il n’est pas aussi nouveau que ne l’est Emmanuel Macron à gauche.

Le lancement de sa candidature à Vesoul, ça fait partie de sa stratégie d’éloignement des élites traditionnelles ?

Bruno Le Maire a effectivement intérêt à faire différent. Il ne fait pas sa déclaration de candidature sur le plateau d’un JT, il le fait à la campagne. C’est un positionnement anti-élites : le pays réel versus les élites déconnectés. Ce qui a du sens car Bruno Le Maire a été ministre de l’Agriculture, il a gardé cette fibre rurale.

Ces dernières années, Bruno Le Maire a également « battu la campagne » avec plus de 300 déplacements sur le modèle du « stand up », c’est nouveau ça aussi ?

Non Arnaud Montebourg a fait la même chose lors de la primaire PS. Nicolas Sarkozy l’a fait aussi. Bruno Le Maire en réalité n’innove pas du tout dans ses techniques de campagne. Il veut être différent mais ce qu’il fait n’est pas forcement nouveau. Faire sa déclaration de candidature sur le terrain, les pieds dans la glaise si je puis dire, au milieu des gens, c’est bien, mais ce n’est pas nouveau non plus.

Son rapport avec les réseaux sociaux est intéressant aussi. Il a par exemple été le premier à utiliser l’outil Périscope…

Il y a un enjeu à être le premier à adopter des outils numériques nouveaux dans une campagne. C’est un indicateur d’une bonne dynamique, d’un succès possible. Par exemple Obama a été le premier à utiliser tous les réseaux sociaux, les nouveaux formats, les uns après les autres. Nicolas Sarkozy avait aussi été très fort là dessus en 2007. Bruno Le Maire a été le premier à utiliser Périscope, il aussi répondu à des questions en live sur Twitter.

Quel est le principal obstacle à cette stratégie ?

Le vrai problème, c’est que Bruno le Maire n’est pas quelqu’un de très charismatique. C’est quelqu’un d’assez scolaire malgré tout, il est très sage. Il n’a pas cette séduction, cette capacité politique animale qui ferait de lui un présidentiable. Il lui manque un côté chiraquien. C’est un élève appliqué de Chirac, mais c’est juste un élève. Il peut réussir en 2017 par accident. Imaginons que Nicolas Sarkozy jette l’éponge et qu’Alain Juppé ne se présente pas, ce qui est possible dans les deux cas. Là il se dégagerait quelque chose qui ferait de lui le candidat naturel de la droite parce qu’il a très bien travaillé. Il en récolterait les fruits. Mais ça fait beaucoup d’hypothèses.

Le fait d’avoir rassemblé près de 30% des suffrages lors de la dernière élection à la présidence de l’UMP, lui donne-t-il un avantage sur les autres quadras du parti ?

C’est un atout. Le combat pour la présidence du parti lui a donné des troupes, ça lui a permis de réfléchir à son positionnement. « Le renouveau, c'est Bruno », date de cette époque. Contrairement à tous les autres quadras, Bruno Le Maire est certainement le plus avancé dans la construction de son image. Il a des troupes à fond derrière lui. Il est dans une dynamique de campagne depuis longtemps maintenant. Mais il a aussi des handicaps. Contrairement à Xavier Bertrand, Laurent Wauquiez ou Valérie Pécresse, il ne dirige pas un exécutif régional. Donc s’il ne fait pas un énorme score à la primaire de 2016, pour 2022 il sera en compétition avec des gens beaucoup plus aguerris, beaucoup plus puissants. C’est maintenant ou jamais pour lui, c’est l’échéance de sa vie que Bruno le Maire va jouer sur la primaire. Il faut vraiment qu’il soit très très bon sinon il risque d’être marginalisé. Après il ne joue pas forcement la course de la Présidence de la République. Peut-être veut-il simplement faire un bon Premier ministre d’un potentiel Alain Juppé Président. Pour l’opinion, il n’y a aucun doute que Bruno Le Maire ferait un très bien Premier ministre de droite.

Pourtant, Jean-Christophe Cambadélis a déclaré ce mardi que Bruno le Maire « est le candidat le plus dangereux par ce qu’il allie à la fois une position très, très à droite quand on regarde et quand on écoute. Et en même temps, il se présente comme un centriste bon teint ».

Je pense que Bruno le Maire essaye de coller à la stratégie d’Alain Juppé qui est de rassembler et de ne surtout pas cliver sur des positions politiques trop fortes, en tout cas pour l’instant. Nicolas Sarkozy a clivé et pour l’instant ça ne lui a pas vraiment servi. Alain Juppé ou Bruno Le Maire ont une stratégie assez similaire. Ils pensent qu’il va y avoir une alternance car François Hollande est en situation de faiblesse que la gauche est en détresse totale. Ils ont donc une attitude assez attentiste sur le plan politique en donnant un coup de barre à gauche, un coup de barre à droite. Bruno Le Maire ne va pas essayer de pagayer trop fort devant car il n’a que des coups à prendre. Il reste dans l’ombre d’Alain Juppé, il est un Juppé bis au niveau de son positionnement politique.

Bruno Le Maire sort un nouveau livre dans deux jours « Ne vous résignez pas », comment analyser vous cette couverture où il pose assez détendu ?

Pour la petite histoire, l’éditeur (Albin Michel) ne voulait pas de cette couverture, c’est ce que les équipes de Bruno Le Maire m’ont dit. Je trouve que cette couverture est une bonne idée, c’est moderne, il n’est pas en costume cravate, il a perdu du poids. C’est la figure du quadra. C’est très Instagram comme couverture.  Le titre est bon aussi, on retrouve l’idée de résistance face aux élites. Il va au bout de ce positionnement là. Après la limite encore une fois c’est lui. On peut faire tout ce qu’on veut ça reste Bruno Le Maire. Ça manque d’un travail sur lui et de sa relation avec les Français. Ce n’est pas encore le niveau de Nicolas Sarkozy en 2007.