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Calais et la crise des migrants au cœur du sommet franco-britannique

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Nora Hamadi
Le 03.03.2016 à 15:07
Calais et la crise des migrants au cœur du sommet franco-britannique
© AFP

Le 34eme sommet franco-britannique s’ouvre sur fond de crise migratoire et de tension sur la question de la Jungle de Calais. Emmanuel Macron met en garde les Anglais : en cas de Brexit, les accords fixant la frontière franco-anglaise à Calais, seraient rompus.

Brexit et Jungle

« Le jour où cette relation sera rompue, les migrants ne seront plus à Calais ». C’est par la voix d’Emmanuel Macron que l’avertissement a été lancé ce jeudi matin dans une interview au Financial Times.

Le ministre de l’Economie prévient donc la Grande Bretagne : si elle devait quitter l’Union européenne le 23 juin prochain, date prévue pour son référendum sur son maintien dans l’espace européen, la frontière britannique historiquement fixée par les accords du Touquet en 2003 à Calais, serait déplacée à Douvres. De fait, cela aurait des conséquences très lourdes en terme de vague migratoire pour le Royaume-Uni. Si la France laisse passer librement les migrants et réfugiés, Douvres risque de devenir un nouveau Calais, avec sa jungle côté anglais. Impensable et insupportable pour les leaders britanniques qui font du frein à l’immigration une condition sine qua non à leur participation à l’Union européenne.

Cette interview du ministre de l’Economie risque bien de tendre quelque peu la rencontre prévue entre François Hollande et David Cameron ce jeudi à Amiens, lors du 34 sommet franco-britannique. Si la question des flux migratoires est effectivement au menu des discussions, tout comme la lutte antiterroriste et les questions internationales (Syrie, Lybie notamment), l’impasse de la crise migratoire et la jungle de Calais deviennent depuis quelques mois une sérieuse pomme de discorde entre Paris et Londres.

Déjà, pendant la campagne des régionales, Xavier Bertrand, alors candidat à la présidence de la Région Nord-Pas-de-Calais – Picardie, appelait la France à suspendre les accords du Touquet signés en 2003 et à mettre la Grande-Bretagne devant ses responsabilités. Si Paris indique qu’une remise en cause de ces accords n’est pas à l’ordre du jour, l’Elysée compte bien obtenir une participation financière substantielle de la part de Londres dans cette gestion de crise et ouvrir de nouveaux centres d’accueil, sécuriser les infrastructures portuaires et lutter contre les passeurs (28 réseaux ont été démantelés en 2015, le double de 2014).

Cette charge d’Emmanuel Macron a donc pour objectif premier de convaincre Cameron d’ouvrir à nouveau son portefeuille à quelques semaines d’un référendum à haut risques. Le montant de cette aide additionnelle devrait être connu lors de ce sommet, mais Harlem Désir, secrétaire d’Etat aux Affaires européennes,  a fait savoir sur RFI qu’elle serait de l’ordre de 20 millions d’euros supplémentaires aux 60 millions d’euros déjà versés depuis avril 2014.

Regroupement familial

Autre sujet qui risque de faire l’objet d’âpres négociations : la possibilité offerte aux migrants mineurs, les plus précaires, sur le sol français de bénéficier d’une forme de regroupement familial s’ils peuvent prouver l’existence de liens familiaux en Grande-Bretagne. Si Londres a infléchi sa position de principe sur cette question, les critères de mise en œuvre de ce regroupement et les populations concernées sont encore loin d’être actés.

Défense et nucléaire

Enfin, les questions de défense et de coopération industrielle vont occuper une bonne partie des échanges. France et Grande Bretagne comptent faire une déclaration commune sur le projet de deux réacteurs EPR à Hinkley Point, entériné lors du dernier sommet bilatéral en 2014. Même en cas de Brexit, il n’est pas question de ralentir la coopération entre les deux plus grandes armées de l’espace européen. Ce sommet sera l’occasion d’annoncer un investissement de plusieurs milliards d’euros dans un nouveau projet franco-britannique dans le domaine de la défense. Aussi, un corps conjoint de militaires franco-anglais fera ses premiers exercices communs en avril. Une manière d’afficher la place incontournable de la Grande-Bretagne au sein de l’Union européenne.