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Cannabis : Ayrault souffle dans les bronches de Peillon

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François Vignal
Le 15.10.2012 à 13:11
Cannabis : Ayrault souffle dans les bronches de Peillon
© AFP
Jean-Marc Ayrault a recadré son ministre de l’Education nationale qui s'est prononcé en faveur d'un débat sur la dépénalisation du cannabis. Vincent Peillon doit défendre la politique du gouvernement « et rien d'autre » selon le premier ministre, dont l’autorité est mise à mal.

Quand ça veut pas… On dit Jean-Marc Ayrault en manque d’autorité. Et quelle meilleure illustration de ce manque d’autorité qu’une déclaration hors cadre d’un ministre ? Dernier exemple en date avec celui de l’Education nationale, Vincent Peillon. Il s'est prononcé en faveur d'un débat sur la dépénalisation du cannabis. « C'est une question qui se pose sérieusement, de savoir si nous ne pourrions pas lutter contre ces trafics en organisant par l'État... » a-t-il lancé dimanche soir lors de l'émission « Tous politiques » (France Inter/Le Monde/AFP), avant de s’interrompre. Des propos qui font échos à ceux de Cécile Duflot. Début juin, la ministre du Logement rappelait la position pro-dépénalisation des écologistes.

Comme pour Cécile Duflot à l’époque, c’est le même tarif pour Vincent Peillon : Matignon recadre. « Le Premier ministre et M. Peillon se sont parlés au téléphone ce matin (lundi), il n'y aura pas de dépénalisation du cannabis », a-t-on assuré du côté de la rue de Varenne. Jean-Marc Ayrault lui-même ajoute en fin de matinée que les ministres, « lorsqu'ils sont à la radio et la télévision, doivent défendre à la fois la politique de leur ministère et la politique du gouvernement, et rien d'autre ». Pour Jean-Marc Ayrault, c’est l’occasion de montrer qu’il est encore le patron.

Du pain béni pour l’UMP

Vincent Peillon n’a pas d’autre choix que de faire amende honorable. Par communiqué, le ministère affirme lundi matin qu’il « a rappelé une réflexion personnelle » qui « ne contrevient pas à sa solidarité totale et entière avec la position du président de la République et du gouvernement sur le sujet.  Il n’y a donc pas lieu à polémique ». Compris ? Oui, mais c’est trop tard. L’UMP saute sur l’occasion. Du pain béni pour elle. Le secrétaire général de l’UMP Jean-François Copé demande très solennellement « que ce débat flottant, rouvert régulièrement et qui vient là de l'être par le ministre qui est en charge de l'école de nos enfants, soit immédiatement tranché et arrêté par François Hollande ». Son rival pour la présidence de l’UMP, l'ex-premier ministre François Fillon, condamne des « propos irresponsables et dangereux ». Le leader du Modem François Bayrou juge « étonnant » et « un peu inquiétant » les propos de Vincent Peillon. Le ministre a « passé le mur de l'indécence », selon Florian Philippot, vice-président du Front national.

A gauche, il y a bien l’écologiste Denis Baupin pour soutenir Vincent Peillon, jugeant sur Europe 1 « courageux de sa part » d’aborder ce sujet.  Sur France Inter, Yves Contassot, conseiller de Paris et lui aussi membre d’Europe Ecologie-Les Verts, estime que Peillon a « raison ». Mais d’autres au sein de la majorité sont moins compréhensifs. « Ce n’est pas au ministre de l'Education d'ouvrir le débat » sur la dépénalisation, réagit le socialiste Jean-Christophe Cambadélis sur Public Sénat. « Je trouve la déclaration de Vincent Peillon intempestive, inutile et stérile. Cela fait autant de raisons pour l’oublier », lance de son côté Jean-Jacques Urvoas, président de la commission des lois de l’Assemblée nationale, interrogé par publicsenat.fr.

Après le Hollande bashing, le Ayrault bashing

La sortie de Vincent Peillon contribue à compliquer encore un peu plus le jeu d’Ayrault. Au manque de réactivité, noté dès l’été dernier, s’ajoute la fâcheuse tendance qu’ont les ministres à la jouer solo, multipliant les déclarations intempestives. Mais que fait Matignon ? La presse se pose des questions. Après le Hollande bashing, voici venu le Ayrault bashing. Le Monde la semaine dernière ouvre le bal. Libération et Aujourd’hui en France/Le Parisien font tous les deux leur Une sur le locataire de Matignon ce matin. Le ministre de l’Education fait qui plus est partie de « la bande des quatre » ministres, avec Le Foll, Valls et Moscovici. Ces quatre poids lourds du PS se sont alliés pour imposer Désir à la direction du PS contre le choix de Jean-Marc Ayrault, dont les faveurs allaient à Cambadélis. De là à croire qu’ils visent déjà le coup d’après…

 
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