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Chiffrement des données de l’iPhone : Apple ne veut pas de vers dans le fruit

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Simon Barbarit
Le 19.02.2016 à 18:11
Chiffrement des données de l’iPhone : Apple ne veut pas de vers dans le fruit
© AFP

En refusant de fournir au FBI, un logiciel permettant de déchiffrer les données de l’iPhone d’un terroriste, Apple protège pour le moment les données de ses clients et son image.

Apple continue de tenir bon. Mis en demeure mardi dernier par un tribunal de Los Angeles de développer un logiciel afin d’aider le FBI à accéder au contenu de l’iPhone d’un des auteurs de l’attaque terroriste de San Bernardino en Californie, son président, a répondu par une lettre ouverte : « le FBI souhaite que nous fabriquions une nouvelle version de notre système d’exploitation pour iPhone, contournant ainsi la plupart des dispositifs de sécurité, pour l’installer sur un iPhone le temps d’une enquête. Dans de mauvaises mains, ce logiciel — qui n’existe pas aujourd’hui — aurait le potentiel de déverrouiller n’importe quel iPhone » a notamment argumenté Tom Cook.*

Apple ne croquera pas la pomme du FBI

Pas question donc pour Apple de croquer la pomme tendue par le FBI, l’affaire Snowden, ayant démontré que la lutte antiterroriste et la protection des libertés publiques ne faisaient pas forcement bon ménage. Lors d’une interview en octobre 2014, l’ancien informaticien de la NSA devenu l’un des plus célèbres lanceurs d’alerte de la planète n’hésitait pas à parler de services « hostiles à la vie privée » comme Google, Facebook ou Dropbox. Tant est si bien que la protection des données est devenue pour les grandes firmes américaines un argument commercial. Apple l’avait bien compris en lançant en septembre 2014, un nouveau système d’exploitation (iOS) permettant le chiffrement par défaut de son produit phare, l’iPhone. « Nous avons même mis ces données personnelles en dehors de notre portée, parce que nous pensons que le contenu de votre iPhone ne nous regarde pas » peut-on lire dans la lettre ouverte de Tim Cook.  François-Bernard Huyghe, directeur de recherche à l'IRIS et spécialiste de la cyber-stratégie estime qu’il était difficile pour Tim Cook de revenir sur cette promesse d’inviolabilité faite à ses clients. « Je trouve ça bien qu’il évoque une question de principe. Il aurait très bien pu dire qu’il n’avait pas les compétences techniques.La manière dont est construit ce Smartphone fait que si on se trompe 10 fois en composant son code, les données disparaissent. Donc, peut-être que le FBI a vraiment besoin de l’assistance d’Apple, peut-être mentent-ils… Dans ce deuxième cas, s’ils demandent l’installation d’une backdoor, un précédent est créé pour tous les appareils de toutes les marques » analyse –t-il.

Apple aurait-il pu empêcher les attentats du 13 novembre ?

Que penser aussi de cette déclaration du patron de l’Agence de Sécurité Américaine (NSA), Michael Rogers affirmant que « certaines des communications » des jihadistes du 13 novembre « étaient cryptées ». « Clairement, si on avait su, Paris n'aurait pas eu lieu » a-t-il déploré. Ou comment faire pression sur Apple, en prenant l’opinion publique à témoin. « Des affirmations nulles et non avenues en l’absence de la moindre preuve et de la moindre information sur la réalité des choses » pour la porte-parole de la Quadrature du Net, Adrienne Charmet-Alix. « Au contraire toutes les informations qu’on a eu depuis le 13 novembre sur les communications des terroristes étaient plutôt qu’ils s’envoyaient des SMS non chiffrés. Le fait de focaliser sur le chiffrement est vraiment une manière de faire croire au grand public qu’on ne doit pas sécuriser ses données personnelles » assure-t-elle.

« Dans le renseignement, l’élément le plus important c’est le temps »

Le bras de fer entre le FBI et Apple met aussi en exergue l’importance des données techniques dans la lutte antiterroriste. Si on peut légitimement penser que les services de renseignements américains pourraient accéder, sans l’aide de la firme américaine, aux données chiffrées contenues dans l’iPhone 5C du terroriste Syed Farook. « Dans le renseignement, l’élément le plus important c’est le temps » rappelle Daniel Martin, créateur et ancien responsable du département système d'information de la DST. « Par principe, tout système chiffré peut être déchiffré, et face à des problèmes récurrents comme le terrorisme, un Etat doit pouvoir accéder à un certain nombre de données mais ça devient de plus en plus compliqué. Le Conseil Constitutionnel vient justement de censurer une disposition qui permettait aux policiers de copier des données informatiques lors des perquisitions menées lors de l’Etat d’urgence » note cet ancien commissaire divisionnaire.

Et quand bien même un monde où toutes les données seraient accessibles aux services de renseignements ce serait pas non plus l’assurance d’une lutte efficace contre le terrorisme. « Nous avons beaucoup de captations techniques en France mais pas assez de personnes capables de les analyser comme des linguistes ou des traducteurs. Les médias illustrent la lutte antiterroriste en montrant la BRI ou le GIPN, mais le combat se situe surtout au niveau des analystes en documentation dont le travail de fourmis n’est pas à sous-estimé » plaide Daniel Martin. FBI contre Apple où l’illustration 3.0 de  l’antagonisme philosophique entre sécurité et liberté…