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Cohn-Bendit et Macron : les raisons d’un rapprochement

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Simon Barbarit
Le 23.09.2016 à 17:17
Cohn-Bendit et Macron : les raisons d’un rapprochement
© AFP

L’ancien député européen écologiste Daniel Cohn-Bendit mise sur Emmanuel Macron pour éviter un second tour Marine Le Pen/Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle. Un choix pas vraiment inattendu, les deux hommes se sont rapprochés ces derniers mois.

Emmanuel Macron, est-il le seul à pouvoir empêcher un duel Nicolas Sarkozy/Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle ? C’est ce qu’a pensé tout haut l’ancien eurodéputé écologiste Daniel Cohn-Bendit, invité hier sur la chaine FranceInfo.« Le cauchemar pour moi, c'est un 2e tour Sarkozy-Marine Le Pen » a-t-il confié. Et à la question de savoir si l’ancien ministre de l’Economie, qui n’a pas encore officiellement lancé sa campagne, pourrait éviter ça ? « Je le crois » (…) « Il doitdensifier son discours. Il faut qu'il y ait des propositions qui musclent l'histoire qu'il nous raconte, la vision qu'il a pour la France, pour l'Europe. Sur l'écologie, il peut mieux faire » a jugé l’ancien membre d’EELV avant de se livrer à un peu de politique fiction. Partant du principe que si Nicolas Sarkozy gagne la primaire de la droite, « le centre droit est orphelin, le centre gauche va-t-il se replier derrière Hollande ? Non. Donc, vous avez un espace. Si Macron sort à 3%, 4% derrière Sarkozy dans les sondages, tous ceux qui s'étaient repliés derrière François Bayrou filent vers Macron, tous ceux qui se replient derrière Hollande filent vers Macron et il est à touche-touche avec Sarkozy au premier tour » analyse-t-il avant de conclure : « moi je voterai pour celui qui est le mieux placé pour éviter un deuxième tour Sarkozy Le Pen.

« Le type est intéressant »

Un soutien de Daniel Cohn-Bendit qui lui ont valu les remerciements sur Twitter du leader du mouvement « En Marche ! ».

Mais est-ce un rapprochement inattendu ? Pas exactement, l’ancien député européen a déjà fait part de ses bons sentiments à l’égard  de l’ancien ministre de l’économie lors du séminaire  du groupe écologiste du Sénat, hier à Calais. « Il nous en a parlé au déjeuner, il nous a dit : le type est intéressant » confirme le sénateur EELV André Gattolin, proche de Daniel Cohn-Bendit. « Dany a été très sensible au discours prononcé par Emmanuel Macron le 18 avril dernier au collège d’Europe à Bruges. Il y a vu sa volonté d’un vrai projet politique européen, même s’il ne parle pas de la transition écologique. Daniel Cohn-Bendit lui en parlé. Emmanuel Macron l’a pris en compte. Ils se sont retrouvés plus tard après le Brexit pour un débat à Science Po le 25 juin » raconte André Gattolin avant de préciser que la conviction de l’ancien député européen est plus « tactique qu’idéologique ». Emmanuel Macron n’est pas écolo c’est clair, mais il est ouvert au dialogue ». De là à voir « Danny le rouge » voter pour lui ? « Je ne sais pas. De toute façon Daniel Cohn-Bendit n’est pas inscrit sur les listes électorales » souligne amusé le sénateur Gattolin.

« Macron est un fruit vert qui n’est pas assez mûr »

Ce point de vue sur l’ex-ministre est loin d’être partagé par la députée européenne et candidate à la primaire EELV, Michèle Rivasi pour qui Emmanuel Macron est un fruit vert qui n’est pas assez mûr ». « Dany Cohn-Bendit, c’est un libéral libertaire et il pense que Macron va être la torpille qui va faire exploser le système politique avec ses partis traditionnels » observe-t-elle avant d’ajouter que l’ancien ministre de l’Economie « manque de maturité et qu’il doit « affiner son positionnement écologique. Car il ne faut pas oublier qu’il est pro nucléaire et pro diesel (…) Il n’a pas d’expérience sur le terrain (…) Pour l’instant je ne suis absolument pas convaincu et comme il n’a pas de programme. C’est très difficile de se positionner par rapport à lui » estime-t-elle. « Je ne sais pas ce que propose Macron. Je connais seulement ses positions sur le diesel, le nucléaire et son bilan comme ministre de l’économie n’est pas une réussite pour le pays » complète Julien Bayou porte parole d’EELV.

Macron devance Hollande dans les sondages

Le « choix tactique » de Daniel Cohn-Bendit va dans le sens du dernier sondage de l’institut Elabe pour Radio Classique et les Echos paru hier et qui place Emmanuel Macron  devant François Hollande au 1er tour. Avec 14% à 15% d'intentions de vote, Il ne parvient pas pour autant  à se qualifier pour le second. « On voit que l’avantage est de son côté parmi l’ensemble des candidatures de gauche. A cause de la multiplication des hypothèses à gauche, il reste loin du candidat qui sera désigné chez les Républicains et loin de Marine Le Pen. Actuellement les inconnues sont extrêmement fortes » analyse Yves-Marie Cann, directeur d’études politiques à l’institut Elabe.

« Cohn-Bendit s’est déjà souvent trompé »

Selon ce même sondage, à gauche, Jean-Luc Mélenchon confirme lui aussi sa progression avec 14 à 15% d’intentions de vote. Et selon Eric Coquerel coordinateur politique du parti de gauche, la dernière sortie de Daniel Cohn-Bendit « éclaire parfaitement sa manière de voir la gauche ». « Il pense que la gauche c’est le libéralisme et qu’elle doit être incarnée par quelqu’un qui se dit ni de droite ni de gauche et qui est plus proche des banques qu’autre chose. Le choix de Cohn-Bendit ne m’étonne pas. Mais il s’est déjà souvent trompé par le passé  » perçoit-il. Et Eric Coquerel a évidement sa propre idée pour bousculer le duel annoncé Sarkozy/Le Pen. « Le partage des richesses, la VI Republique, sortir des traités européens…. Je suis convaincu que ce que nous proposons peut  fédérer à gauche. La troisième voie sérieuse au social libéralisme, c’est Jean-Luc Mélenchon » conclut-il.

En parlant de ça, Emmanuel Macron se rendra demain samedi à Lyon pour  participer à un colloque des sociaux-démocrates européens. Il peut au moins se féliciter du soutien de Daniel Cohn Bendit, car son auditoire sera plus réduit que prévu.