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Commémoration de la fin de la guerre d’Algérie : une date qui fait toujours polémique

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Simon Barbarit
Le 18.03.2016 à 17:14
Commémoration de la fin de la guerre d’Algérie : une date qui fait toujours polémique
© AFP

La date du 19 mars est-elle la bonne pour commémorer les victimes de la guerre d’Algérie ? 4 ans après le vote de la loi, François Hollande participera pour la première fois demain à une cérémonie officielle au Quai Branly. Dans le Figaro, Nicolas Sarkozy l’accuse de déclencher « une guerre des mémoires ».

Longtemps cette date aura fait débat. Les accords d’Evian du 19 mars 1962 marquent l’entrée en vigueur du cessez-le-feu de ce qu’on n’appelait pas encore une guerre mais des « évènements ». Dès 1963, pour la Fédération des anciens combattants en Algérie, Maroc, et Tunisie (Fnaca), le 19 mars marque « une étape importante » vers « la paix ». L’année suivante la Fnaca organise une cérémonie sous l’Arc de Triomphe, autorisée par les pouvoirs publics, mais le Général De Gaulle pouvait difficilement l’officialiser. Il aurait fallut reconnaitre que la guerre d’Algérie n’était pas simplement « une opération de maintien de l’ordre » comme on le disait à l’époque. Il faudra attendre 1999 pour que la France reconnaisse officiellement qu’il y a bien eu une guerre.

La charge Nicolas Sarkozy contre François Hollande

Si les accords d’Evian divisent toujours la société Française 54 ans plus tard, c’est parce que la guerre d’Algérie enferme « des groupes de mémoire extrêmement nombreux et puissants » note l’historien Benjamin Stora ce matin sur Europe 1 : « les Européens d’Algérie, les appelés, 1 million et demi de soldats français sont allés en Algérie, les harkis, les immigrés algériens en France (…) chacun de ces groupes de mémoire s’enferment progressivement , au fil des années qui passent, dans leur propre rapport au passé ».  Dans sa tribune dans le Figaro daté de ce vendredi, Nicolas Sarkozy rappelle en effet « que la tragédie » s’est poursuivie « pendant des mois » après les accords d’Evian. «Le rapatriement des Français d’Algérie, les victimes des attentats, les exactions contre les harkis, autant d’évènements douloureux qui ne peuvent pas être effacés de l’Histoire officielle et rejetés vers le purgatoire de notre mémoire collective ».

Le sénateur à l’origine de la date de commémoration du 19 mars

Le sénateur PS du Puy-de-Dôme Alain Néri est à l’origine de la loi promulguée le 6 décembre 2012 instaurant la « Journée nationale du Souvenir Algérie-Maroc-Tunisie. Et petite histoire dans la grande il a été par deux fois rapporteur du texte. «J’ai eu le redoutable privilège de présenter deux fois cette loi. J’étais député en 2002 lorsque texte avait été voté par l’Assemblée nationale mais le Sénat à majorité de droite l’avait bloqué. Il fallu attendre 10 ans, et le passage du Sénat à gauche pour que la loi passe » se souvient-il. La date de recueillement pour les victimes du conflit algérien est le résultat d’un long combat qui s’est politisé à partir des années 1970. En  1971 la Fnaca lance une campagne nationale pour que les municipalités nomment des rues « du 19 mars 1962 ». Principalement des communes de gauche répondront à l’appel.  En 1975, Valérie Giscard d’Estaing interdira la musique militaire lors des cérémonies organisées le 19 mars. Encore aujourd’hui, même après la promulgation de la loi, nombreux sont les maires de droite à refuser cette date. Dans un communiqué, l’édile de Nice Christian Estrosi estime que « ces cérémonies constituent« une provocation inqualifiable à l’égard de l’ensemble de la communauté rapatriée et des harkis ». « Je trouve ça scandaleux », s'insurge pour sa part Mohamed Otsmanie délégué régional Paca du comité de liaison national des harkis, interrogé par l'AFP, accusant le chef de l'Etat de visées « électoralistes » en direction notamment « des binationaux franco-algériens ».

La signification des accords d’Evian divise

« C’est une date historique et symbolique, il ne s’agit pas de minimiser la souffrance des harkis et des pieds noirs » explique Alain Néri. Contacté par publicsenat.fr ce vendredi il assure « n’avoir jamais dit que les accords d’Evian correspondait à la fin de la guerre ». « Il y a eu des combats après le 11 novembre 1918, il y a eu des combats et des exactions après le 8 mai 1945, ce sont pourtant les deux dates de commémorations pour ces deux guerres. Pourquoi la 3ème génération du feu n’aurait pas droit à une date pour se recueillir ? » fait-il valoir. L’ancien ministre de la Défense, le sénateur LR, Gérard Longuet s’inscrit en faux contre cette analyse et estime que les accords d’Evian ne correspondent pas à la fin de la guerre d’Algérie. « Pour la simple et bonne raison que le cessez-le feu n’a pas été respecté, les combats ont continué après. Ils prévoyaient aussi la protection des populations françaises. Ça n’a pas été respecté non plus. Ce n’est pas un grand jour,  même si c’est le début d’une solution politique » avant lui aussi d’user d’une analogie historique : «  est-ce qu’on commémore l’armistice du 22 juin 1940 ? ».

L’alternative du 5 décembre

Quelle date alternative au 19 mars ?  Le président Chirac avait choisi en 2003 celle du 5 décembre, en référence au mémorial aux combattants d’Afrique du Nord, inauguré un an plus tôt au quai Branly. « À l’origine, Jacques Chirac devait l’inaugurer le 27 novembre, mais en raison d’un empêchement il l’a fait le 5 décembre. Nous n’allions quand même pas choisir une date qui correspondait à un trou dans l’agenda du Président Chirac » réagit Alain Nerri. « Cette date est absurde » mais elle a le mérite de ne pas diviser les Français » renchérit Gérard Longuet.

Nombreux étaient les élus à réagir aujourd’hui à la première participation de François Hollande « à la journée nationale du souvenir et de recueillement à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc ». Si l’historien Benjamin Stora estime « qu’il faut essayer de mettre fin à cette guerre des mémoires », plus de 50 ans après la fin du conflit, le chemin semble encore long.