« Copé est un Mélenchon de droite »

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François Vignal, envoyé spécial à Marc-en-Baroeul
Le 27.09.2012 à 13:30
« Copé est un Mélenchon de droite »
Jean-François Copé et François Fillon, lors du déjeuner des journées parlementaires de l'UMP. "On peut s'embrasser si vous voulez", plaisante l'ex-premier ministre.
© AFP
C’est ce qu’affirme le sénateur Jean-René Lecerf, soutien de François Fillon pour la bataille de l’UMP. Si pour les journées parlementaires du parti, le mot d’ordre est à l’unité et à la critique du gouvernement, la boite à baffe n’est jamais très loin…

Ils ne pouvaient pas mieux choisir. Pour ses journées parlementaires, l’UMP s’est installé à l’hippodrome de Marcq-en-Barœul, près de Lille. A croire que la bataille Copé/Fillon pour la présidence de l’UMP s’apparente à une course de petits chevaux. S’il est dans toutes les têtes, le duel n’est officiellement pas à l’ordre du jour. « Ce n’est pas le sujet. Nous sommes ici pour préparer le travail de l’opposition », explique Bernard Accoyer, ancien président de l’Assemblée nationale. « L’UMP est parfaitement unie », assure Christian Jacob, président du groupe à l’Assemblée et proche de Jean-François Copé. Et s’il y a un sujet qui unit la droite, c’est la critique du gouvernement. Enquête de l’Ifop à l’appui, les travaux se concentrent sur les 100 premiers jours de l’exécutif puis les attentes des Français. Seuls 5% des sondés font ainsi du droit de vote des étrangers une priorité.

Alors unis ? Pas tout à fait. François Fillon a choisi de faire bande à part pour la matinée. Il a rencontré des élus du Nord qui lui sont proches. « Ce n’est pas une bonne idée. Il n’y a pas de contre journées parlementaires, elles sont pour tout le monde. Ce n’est pas très élégant », juge le sénateur Pierre Charon, ex-conseiller de Nicolas Sarkozy et soutien de Copé. L’ex-ministre du Logement Benoît Apparu n’est guère surpris. « Vous avez souvent des contre-fêtes aux journées parlementaires. Il y a ça tous les ans. Il ne faut pas en faire un élément de gue-guerre », minimise-t-il. « Quand Xavier Bertrand était à la tête de l’UMP, je me souviens que Copé faisait aussi ses contre-fêtes. Il ne peut pas en vouloir aux autres de faire ce qu’il a fait », lance Benoist Apparu. « Comme dans la guerre froide », il se dit « non-aligné ».

« Pousser Fillon à prendre position »

Bruno Le Maire, qui n’a pu rassembler les signatures pour se lancer, rappelle que « la compétition ne doit pas dégénérer ». Christian Jacob l’assure, « il y a zéro risque » que ce soit le cas, que la tension monte. « On est des détendeurs », sourit le président de groupe en s’adressant à Henri Guaino. « Ça dépend des jours ! » lui répond l’ex-plume de Nicolas Sarkozy, qui a aussi caressé l’idée de se présenter dans la course.

Derrière la volonté de minimiser la bataille, personne n’est dupe. « Ils vont être obligés de se démarquer », reconnaît un député. Le thème du racisme anti-blanc, lancé par Copé, visait à « pousser Fillon à prendre position », glisse un membre du comité de campagne du maire de Meaux. Car les différences sont minces. Reste alors les attaques sur la personnalité. Il y a quelques jours, Jean-François Copé lui-même a comparé son rival à un « Hollande de droite »… « Ce n’est pas une primaire avant l’heure. Nous avons des points communs et aussi des divergences. Je défends une ligne d’une droite décomplexée et je m’inscris dans les pas de Nicolas Sarkozy », explique le secrétaire général du mouvement à son arrivée.

Mais c’est bien le leadership de la droite qui est en jeu. « Visiblement, derrière cette présidence de l’UMP se joue avec un tour d’avance la course à la présidentielle », reconnaît le sénateur Jean-René Lecerf. A l’origine proche de Jean-Pierre Raffarin, qui soutient Copé, il n’a pas compris le choix de l’ex-premier ministre. Lui préfère Fillon, homme « moins clivant, plus rassembleur et plus homme d’Etat. Copé est un chef de clan », tacle-t-il. Et si François Fillon est un Hollande de droite, qui serait le secrétaire général de l’UMP ? « Copé ? Un Mélenchon de droite. Mais je ne suis pas convaincu de l’aspect homme d’Etat de Mélenchon… » lance Jean-René Lecerf.

« On est parti pour 4 ans de bataille »

On le voit, la boîte à baffe n’est pas loin. « Si c’est un chef de clan, pourquoi Raffarin, Chatel et moi-même le soutenons ? » demande Marc-Philippe Daubresse, centriste de l’UMP et secrétaire général-adjoint. Il ajoute : « 2017, ça passe par la reconquête des municipales en 2014. Pour ça, nous avons besoin d’un chef de guerre, pas d’un chef de clan ».

Cette bataille pour la présidence de l’UMP n’est pas du goût de Benoist Apparu, qui aurait préféré Alain Juppé. « Le choix Copé/Fillon n’est pas un bon choix pour l’UMP », selon le député, qui craint un mauvais scenario pour l’UMP : « Si Jean-François Copé perd, il remonte sur son cheval blanc pour la primaire en 2016. Vous rajoutez à ça un fantôme derrière, qui dans la tête de tout le monde est le boss (Nicolas Sarkozy, ndlr) et vous n’avez pas tranché la question du leadership. Là on n’est pas parti pour deux mois de bataille. Mais pour quatre ans ».