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Coût de la grève : quand les économistes divergent sur la question

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Laurent Berbon
Le 25.10.2010 à 20:02
Coût de la grève : quand les économistes divergent sur la question
La ministre de l'économie, Christine Lagarde, estime le coût des grèves entre 200 et 400 millions d'euros par jour
© Public Sénat

Demandez l’addition. Alors que la France entre dans sa troisième semaine de grèves, certains parlent déjà d’une facture importante pour l’économie française. Mais les avis divergent parmi les économistes. Marc Touati, directeur général de Global Equities, et Eric Heyer, directeur adjoint de l’OFCE (Office Français des Conjonctures Economiques), fournissent une analyse différente de la situation. Entretien.

Concernant la grève, Christine Lagarde a parlé d’un coût estimé entre 200 et 400 millions d’euros par jour. Qu’en pensez-vous ?
Marc Touati. Les chiffres du gouvernement me paraissent plausibles, même si mesurer le coût des blocages est très difficile. On peut mesurer un coût brut en regardant la baisse d’activité. Le risque maintenant, c’est que tout cela joue sur la confiance. On peut avoir de vraies mauvaises nouvelles. Les effets les plus lourds sont ceux qui vont arriver demain, car il y a un malaise social qui est en train de s’installer. Autant la semaine dernière j’étais optimiste, autant là ce n’est pas bon.

Eric Heyer. On voit très bien que le coût d’une grève dépend beaucoup de sa longueur. Le coût par journée n’est pas le même si une grève dure un jour ou si elle dure six mois. Et puis, il est trop tôt pour annoncer ce qu’une grève coûte par jour. Enfin, si on voit dans tout mouvement social qu’il y a un certain coût au moment où ça se met en place, sur l’année le coût est dilué. On rattrape une partie du retard accumulé pendant la grève un petit peu les trimestres suivants. Une partie va donc être compensée.  Je rappellerai qu’en 1968, même si c’est un cas extrême, nous avions -5% d’activité au 2e trimestre et +10% au 3e.

On parle de secteurs fortement touchés, notamment les PME…
Marc Touati. Elles n’ont pas de quoi se retourner. Mais c’est aussi vrai dans le domaine du commerce, c’est calamiteux. Ce qui est triste, c’est que ceux qui vont être les plus affectés sont les salariés et les petites entreprises, pas le capital. C’est un problème de culture économique, qui est très faible en France et très politisée.

Eric Heyer. On fait une analyse macroéconomique. Il y a des secteurs qui ne vont pas sentir cette grève et d’autres qui vont en sentir les effets. Je rappelle qu’un point du PIB équivaut à 20 milliards. Or, on parle de pertes totales d’environ un milliard. Ce coût est minime. Ce n’est pas ce qui va provoquer un fort ralentissement de l’activité. Le gouvernement nous a promis 2% de croissance pour l’année prochaine. On aura donc 1,9%. Mais en fait, le ralentissement sera lié au fait que le gouvernement met en place une politique d’austérité et une politique budgétaire restrictive.

L’image de la France est-elle écornée à l’étranger et cela peut-il avoir un impact sur l’investissement étranger en France ?
Marc Touati. On donne l’impression d’un pays qui refuse la plus petite réforme. C’est cela qui aujourd’hui ne colle pas et pourrait générer moins d’investissements étrangers en France et plus d’investissements français à l’étranger. 70% de la dette publique en France est détenue par des non-résidents. On risque de mettre cette dette publique sous surveillance négative. Les grèves de 1995 avaient cassé la croissance française pendant un trimestre.  Ça fait trois semaines que tout cela dure. Ceci va nuire à l’investissement et à l’emploi. Ce qui est le plus surprenant, c’est qu’on laisse le pays se bloquer. Ce n’est pourtant pas une réforme draconienne. C’est une petite réforme qu’on aurait du faire il y a quinze ans.

Eric Heyer. C’est de la pure fiction. L’économie n’est pas une science. Quoi qu’il arrive, on dit que la France a un problème parce qu’il y a les 35 heures et parce qu’on fait beaucoup trop la grève. En 2007, il y a eu dix jours de grèves et on a été le 3e pays d’accueil des investissements étrangers.  Et on voit bien qu’en 1995, les investissements étrangers ont fortement augmenté. Je ne pense pas que les investisseurs regardent CNN pour faire leurs investissements en France.

 
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