La crème solaire nuit gravement à la Méditerranée

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Elisa Bertholomey
Le 22.06.2011 à 17:19
La crème solaire nuit gravement à la Méditerranée
© AFP
Dans un rapport sur la pollution en Méditerranée, le sénateur PS Roland Courteau tire la sonnette d’alarme et pointe le rôle des cosmétiques et des produits pharmaceutiques.

Dans un rapport sur la pollution en Méditerranée, le sénateur PS Roland Courteau tire la sonnette d’alarme : si rien n’est fait dès aujourd’hui, la situation de la mer sera gravissime en 2030. D’autant qu’un nouveau type de pollution a fait son apparition : les cosmétiques et les produits pharmaceutiques.

On connaissait la pollution aux nitrates, aux hydrocarbures ou les ravages causés par les sacs plastiques jetés dans la mer. Dans un rapport alarmant, le sénateur Roland Courteau pointe du doigt la dégradation du milieu marin en Méditerranée. 1292 tonnes de zinc, 707 tonnes de chrome ou 330 tonnes de cuivre seraient disséminées dans la mer. 44% des villes de plus de 10 000 habitants sur la rive sud n’ont pas de réseaux d’épuration ce qui accroit les pollutions aux nitrates et phosphates. Et on compte entre 40 et 71 macrodéchets (les sacs plastiques et autres rejets des ménages) par km² de Méditerranée.

Mais depuis quelques années, un nouveau type de déchets a fait son apparition, note le rapport : les pollutions émergentes. Elles comprennent les produits cosmétiques, pharmaceutiques, médicamenteux et notamment, les crèmes solaires, très utilisées pendant l’été. Chaque année, près de 275 millions de personnes se rendent sur les bords de la Méditerranée, soit 31% du tourisme mondial. Autant de touristes qui consomment en masse des protections solaires, des produits de maquillage et autre médicaments. Les vertus polluantes de ce type de produits posent un véritable problème d’autant que, comme le souligne le rapport, ils sont peu filtrés par les usines de traitement. Un rapport de l’Académie de pharmacie datant de 2008 a d’ailleurs relevé que beaucoup de produits pharmaceutiques, comme les antibiotiques ou les pilules contraceptives, « avaient des effets écotoxiques, aigus et chroniques ».

L’influence des nanotechnologies

Dès l’été 2006, l’association Amis de la Terre / Friends of the Earth Etats-Unis relevait la présence de nanomatériaux dans certains cosmétiques et dans les produits solaires. « Les compagnies de cosmétiques utilisent des ingrédients qui contiennent des oxydes de métal et des sphères de carbones de taille nanométrique, appelées “fullerènes”, ainsi que des nanocapsules dans le but de pénétrer plus profondément les couches de la peau », détaille le rapport d’Amis de la Terre. « […] Les fullerènes de carbone (…) ont des propriétés antibactériennes mais il a été montré qu’ils provoquaient des lésions dans le cerveau de poissons. Même à des taux d’exposition bas, il a été démontré que les fullerènes provoquaient des lésions dans les cellules du foie humain. »

Alors comment réussir à allier protection solaire et respect de l’environnement ? Pour l’instant, aucune solution n’a été trouvée même si le sénateur Courteau laisse entendre qu’il faudrait responsabiliser les touristes et les inviter à moins consommer de cosmétiques. Et parmi les propositions détaillées dans le rapport, aucune ne traite spécifiquement des pollutions émergentes. Seul un module de la proposition 9 « Accorder une attention particulière à certains sujets de recherche » préconise « d’amplifier les recherches sur les polluants émergents ».