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Crise agricole : « Il y a un vent de libéralisme forcené en Europe »

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Thomas Leroy
Le 15.02.2016 à 18:05

Ce lundi, les tracteurs étaient encore de sortie. En longs convois, des dizaines d’agriculteurs en colère ont ainsi entamé le blocus de Vannes, en Bretagne, pour protester contre la grave crise agricole qui secoue trois secteurs depuis des mois : la filière porcine, la filière bovine et le lait. A 800 km de là,  le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll s’est lancé dans un périlleux bras fer avec Bruxelles, accusée d’en faire « trop peu ou trop tard » selon Manuel Valls. Le 8 février dernier, le Premier ministre rappelait que la crise agricole était « aussi européenne. » Un constat vertigineux car il remet en question la construction de l’Europe à 28. « C’est une cible que le gouvernement aurait dû attaquer depuis longtemps » tance la sénatrice Républicaine Sophie Primas. Un diagnostic partagé par le sénateur communiste du Morbihan, Michel Le Scouarnec : «l’Europe est en grave crise, » juge-t-il.

A l’échelle du continent, les déséquilibres sont effectivement criants. Concernant le porc, les éleveurs français font face aux gigantesques exploitations espagnoles ou encore à l’utilisation de main d’œuvre peu chère en Allemagne (originaire de Roumanie), tirant les prix vers le bas. Ainsi, les éleveurs ont besoin d’un tarif de 1,40 euro le kilo alors qu’il stagne à 1,10 euros. De son côté, le secteur laitier souffre de la fin des quotas européens, qui a fait exploser l’offre et baisser considérablement les prix. De la même façon, l’embargo imposé par la Russie prive les producteurs européens d’un très important débouché.

Face à ce serpent de mer, les angles d’attaque sont multiples.  « Il faut absolument rétablir la régulation pour éviter les surproductions » résume Michel Le Scouarnec. « Il y a un vent de libéralisme forcené en Europe » confirme Sophie Primas, qui accompagnait ce lundi le président du Sénat Gérard Larcher dans une exploitation bovine du Perche.

Tenter de réguler la politique agricole européenne signifie donc de s’attaquer à des problèmes bien plus vastes et clivants, comme celui des travailleurs détachés. «  Nous sommes à un virage de la construction européenne. Un des chantiers à mettre sur le dessus de la pile est l’harmonisation fiscale et sociale » poursuit la sénatrice. Vaste programme.

En attendant, le gouvernement cherche à colmater les urgences, notamment en décidant des baisses de charges pour les producteurs. Une « rustine », tance le communiste Michel Le Scouarnec. « Je crois que le gouvernement n’a pas pris toute la mesure de la détresse des agriculteurs. » Quant à l’embargo russe, difficile de convaincre le Kremlin de céder du terrain. « De toute façon, c’est aussi une réponse à court terme » affirme, de son côté le sénateur EELV Joël Labbé. A Bruxelles, Stéphane Le Foll veut négocier des subventions pour les éleveurs qui limitent volontairement leur production et surtout la possibilité de stocker les excédents de lait et de porc. « C’est un mécanisme qui permettrait de remonter les cours » souligne Sophie Primas. Manuel Valls recevra le commissaire européen à l’agriculture le 25 février prochain.

Vers un étiquetage ?

Reste l’action nationale où les avis sont plus mitigés sur la fixation des prix entre les producteurs. « Il faut établir des prix minimums » insiste Michel Le Souarnec qui souligne qu’un tiers des exploitations risquent de disparaître en Bretagne. Pour Sophie Primas, pas question d’imposer des prix mais plutôt  trouver un terrain d’entente. Pour le moment, la grande distribution traîne des pieds, tandis que les grandes coopératives porcines refusent même de s’assoir autour de la table.  

Une alternative à cette augmentation des prix artificielle serait de doper la consommation française. Début février, le Sénat a déposé une proposition de loi pour tenter de trouver des solutions, notamment en imposant un étiquetage sur l’origine des produits, même sur les produits transformés. Une application pour l’instant interdite… par Bruxelles.