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Le débat PS : ce que vous n’avez pas vu à la télé…

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Le 06.10.2011 à 14:05
Par Jean-Marie Bayle, directeur de l'information de Public Sénat
Le débat PS : ce que vous n’avez pas vu à la télé…
© Public Sénat

On pouvait penser que ce dernier débat de la primaire socialiste serait tendu mais il était difficile de percevoir comment se traduirait cette tension. Cette interrogation trouvera rapidement sa réponse. Avant même de pénétrer sur le plateau de l’émission un service d’ordre conséquent  encadrait les journalistes  invités  à cette soirée. Canalisés, fouillés, délestés de leur téléphone portable (ce qui n’était pas le cas les fois précédentes) , brassard numéroté au poignet, fauteuil attitré  sans possibilité de se déplacer, on se sentait plus dans l’attente d’une allocution solennelle du chef de l’état engageant le pays dans une aventure militaire que sur le point de vivre de l’intérieur un débat démocratique entre candidats d’un même parti.

Joviale comme une actrice le jour d’une première

Coté candidats justement la seule perspective de cette soirée médiatique révélait déjà des attitudes bien différentes. Martine Aubry par exemple, sans doute pressée d’en finir ou impatiente de commencer, a devancé ses adversaires d’une bonne heure devant les grilles du studio. Joviale comme une actrice le jour d’une première, elle avait baissée la vitre de son Espace pour sourire à la meute de caméras surprise de la voir arriver si tôt,  tout en prenant soin d’ignorer les micros qui se tendaient vers elle. Ménageant ses efforts ou préservant surtout sa concentration,  elle se fera déposer quasiment à l’entrée du plateau. Autre candidat, autre style. Il faudra attendre un quart d’heure avant la prise d’antenne, soit une heure après le passage de la maire de Lille, pour voir arriver François Hollande. Adoptant une attitude très mitterrandienne , c’est donc à pied qu’il débouchera des quais André Citroën. Tranquille et affable, il se permettra même de répondre à quelques questions alors qu’au même moment une grande fébrilité gagnait la régie et le plateau.

Il fallait s’y attendre, c’est justement une fois réuni sur ce plateau qu’une véritable ambiance liant les candidats commencera à se faire ressentir. A trois minutes de l’antenne Martine Aubry s’installant derrière son pupitre semble éblouie par la lumière lui faisant face, aussitôt elle se précipite à travers le studio à la place de François Hollande qui s’efface en la voyant arriver vers lui d’un pas déterminé.  Bref échange entre les deux anciens premiers secrétaires du Parti socialiste. Cette fois c’est François Hollande qui regagne le pupitre de la maire de Lille. Ainsi, à moins d’une minute de la prise d’antenne voilà donc les deux principaux candidats échangeant leurs impressions  en ayant inversé leur place. Affolement du responsable du plateau. L’ordre des places sera tout juste respecté au lancement du générique.

A la première coupure pub, le studio tremble

Le plus étonnant à observer dans le décor bleuté de ce studio du XV arrondissement échappe parfois à la pertinence des caméras obligées de se focaliser sur les intervenants en plein débat. C’est le silence de ceux qui ne parlent pas qui attire souvent l’attention. Jean-Michel Baylet par exemple, stoïque et digne comme un président de conseil général du Tarn-et-Garonne s’impose au centre du plateau. Droit, concentré, n’esquissant jamais le moindre mouvement durant toute l’émission, il semble inébranlable. François Hollande en revanche est sans conteste celui qui a le plus écrit durant ce débat. Constamment en train de sortir son stylo de sa veste dans une gestuelle calculée, il souligne, surligne, écrit un mot, un bout de phrase, barre, coche, il se concentre sur ses notes comme un étudiant sur le point de passer un oral sans d’ailleurs les regarder quand il prend la parole. A l’opposé Martine Aubry reste toujours très attentive aux interventions de ses concurrents. Elle ne cache que rarement ce qu’elle ressent. Alors elle  opine, tourne la tête en signe de désapprobation, lève les bras, semble esquisser une réponse sur ses lèvres qui pour les micros resteront silencieuses.

Quand Arnaud Montebourg se précipite sur Laurent Joffrin

Coup d’éclat. Coup de gueule. A la première coupure publicitaire le studio tremble.  Arnaud Montebourg en furie se précipite sur le directeur du Nouvel Observateur, Laurent Joffrin. « Vous n’avez pas le droit de m’interrompre comme vous l’avez fait à plusieurs reprises quand je m’exprime, c’est encore une fois le Nouvel Observateur qui se distingue. Avec les autres candidats vous la fermez ».  Le patron de l’hebdomadaire de la place de la Bourse ne se démonte pas, toujours assis il arme sa meilleure  ironie : «  Je vous suggère que la première mesure à prendre quand vous serez président soit la suppression du Nouvel Observateur ». L’élu de la Saône-et-Loire reçoit cette réplique accompagnée d’une explosion de rire. Alors dans un geste théâtral, voyant l’assistance médusée et inquiète de sa réaction Arnaud Montebourg se retourne lentement et sur un ton emphatique, dont il est d’ailleurs le seul homme politique à user, lâche : « Non, je surtaxerai d’abord la mauvaise foi ».

Nous ne saurons donc que dimanche prochain si ce débat qui était annoncé comme le « débat décisif » de la campagne des primaires socialistes aura été à la hauteur de ses objectifs. Mais nous savons déjà que les six acteurs de cette nouvelle troupe ont un réel talent pour nous séduire.