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Déficit et croissance meilleurs que prévu : «Il n’y a surement pas de quoi crier victoire trop vite»

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François Vignal
Le 25.03.2016 à 16:37
Déficit et croissance meilleurs que prévu : «Il n’y a surement pas de quoi crier victoire trop vite»
Michel Sapin, ministre des Finances.
© AFP

Le déficit public 2015 de la France s’élève à 3,5% du PIB, contre 3,8% annoncés et la croissance a été de 1,2% et non 1%. De bonnes nouvelles qui s’expliquent, mais qui ne dureront pas forcément en 2016. Eléments de réponse avec les économistes Henri Sterdyniak et Marc Touati.

Bonnes nouvelles sur le front de l’économie : le déficit public 2015 de la France a été plus faible que prévu, à 3,5% du PIB contre 3,8% annoncé, après 4% en 2014. Un rayon de soleil pour le gouvernement, qui s’explique notamment par un taux de croissance lui aussi un peu mieux que prévu, avec 1,2% au lieu de 1%. Conséquence de ce cercle vertueux : les rentrées fiscales ont été meilleures pour l’Etat. CQFD.

« C'est notre sérieux budgétaire qui nous a permis d'atteindre ces bons résultats », s'est félicité le ministre des Finances Michel Sapin. Il juge cette baisse du déficit « d'autant plus notable » que le gouvernement a dû « faire face à des dépenses imprévues, comme le renforcement des moyens liés à la sécurité ».

« La France bénéficie de beaucoup d’éléments favorables »

Selon Henri Sterdyniak, économiste à l'OFCE et membre des Economistes atterrés (dont le prochain ouvrage « Quelle fiscalité pour le XXIe siècle ? » sort au mois d’avril), ces bons chiffres « n’ont pas une grande signification économique, mais c’est une bonne nouvelle car cela réduit un peu les efforts que le gouvernement demande à la France ». « Le gouvernement a fait beaucoup pour réduire le déficit : les collectivités locales, qui sont dans de mauvaises situations financières, ont davantage réduit les dépenses d’investissements » rappelle-t-il. Et plusieurs voyant étaient au vert en 2015 : « Il y a eu de bonnes surprises du côté des taux d’intérêt extrêmement bas, du côté des dépenses de santé extrêmement faibles, la baisse du prix du l’énergie. La France bénéficie de beaucoup d’éléments favorables ».

« Le déficit risque même de réaugmenter en 2016 »

Mais la joie n’est que de courte durée, selon l’économiste Marc Touati, président du cabinet ACDEFI (auteur de « Guérir la France, la thérapie de choc »). « Ce taux de déficit, c’est un chiffre du passé, de 2015. 2016 ne sera pas du tout dans la même veine que 2015 ». « La baisse est principalement due a à la baisse des taux d’intérêt, ce qui fait que la charge des intérêts de la dette a fortement baissé. Globalement, c’est une bonne nouvelle, mais elle n’est pas extrapolable » estime-t-il. « En 2016, la baisse des taux d’intérêt à long terme n’aura plus lieu, car ils sont très bas et la croissance sera beaucoup plus mauvaise qu’annoncée. Le gouvernement table sur 1,5%. Je pense qu’on sera entre 0,7 et 1%. On sera très loin du compte » selon Marc Touati. « Il n’y a surement pas de quoi crier victoire trop vite, l’économie française a déjà mangé son pain blanc. On aura un ralentissement assez net en 2016 : moins de recettes fiscales et plus de déficit. En plus de cela, il y aura les cadeaux pré-électoraux, comme avec le point d’indice des fonctionnaires, qui vont augmenter la dépense publique. Le déficit risque même de réaugmenter » selon l’économiste. Il y aurait donc inversion de la courbe… Mais pas la bonne. « Nous sommes dans un moment extrêmement fragile, les marchés financiers sont volatiles et peuvent dégringoler du jour au lendemain. Les pays émergents sont en phase de transition fragile » souligne de son côté Henri Sterdyniak.

« La fluidité du marché du travail, c’est important quand la croissance est mole »

Symbole de l’aspect trompeur du déficit meilleur que prévu, le nombre de demandeurs d'emploi sans activité a fortement augmenté en février avec 38.400 nouveaux inscrits en métropole, pour s'établir à 3,59 millions (+,1,1%), un nouveau record. Comment dès lors transformer ce peu de croissance en emploi ? On en vient au débat actuel sur la loi travail. « Pour faire baisser le chômage, il n’y a pas de secrets : il faut une croissance forte, un marché du travail plus fluide et des perspectives » selon Marc Touati. S’il faut avant tout de la croissance, comme en 1997 sous Lionel Jospin, « où on avait 4% de croissance car il y avait une révolution technologique qui s’appelait Internet », « la fluidité du marché du travail, c’est important quand la croissance est molle. S’il y a trop de rigidité, les entreprises vont attendre longtemps avant d’embaucher », souligne l’économiste.

« Les entreprises ont de nombreux moyens de flexibilité »

Faux, répond Henri Sterdyniak : « Objectivement, ce n’est pas du tout ce qui manque, les entreprises ont de nombreux moyens de flexibilité : intérim, CDD, flexibilité des heures de travail, les ruptures conventionnelles, les accords de maintien de l’emploi… Il y a tout un arsenal à disposition des entreprises. Et à l’inverse, ça précarise des salariés, qui en conséquences, n’achètent pas de voiture, consomment moins » pointe l’économiste de l’OFCE. « Les entreprises se sont construits une théorie selon laquelle elles sont étouffées par les prud’hommes, alors qu’il n’y a aucune preuve empirique que ce soit le cas. Par ailleurs, il y a un aspect psychologique : le Medef a lancé une vaste campagne en disant qu’il faut briser le modèle social français, sinon on ne fait plus rien. Ça pèse sur l’ambiance ». Selon Henri Sterdyniak, « pour qu’il y ait de la reprise, il faut que les entreprises investissent et ça débloquera la situation ». Ça arrangerait un certain François Hollande, qui a fait de l’inversion de la courbe du chômage la condition de sa candidature pour la présidentielle de 2017.