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Diesel : après Volkswagen, Renault pollue son image

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Simon Barbarit
Le 15.01.2016 à 16:44
Diesel : après Volkswagen, Renault pollue son image
© AFP

Après Volkswagen c’est au tour de Renault d’être pointé du doigt pour des dépassements de normes antipollution. Pas de fraude avérée de la part du constructeur français mais une nouvelle prise de conscience d’un contrôle trop laxiste en matière environnemental.

En septembre dernier, le monde apprenait avec effarement que le constructeur allemand Volkswagen équipait certains de ses véhicules de logiciels fraudeurs pour tromper les contrôles d'émissions de diesel : tollé planétaire et une réaction presque immédiate du gouvernement avec le lancement d’un « programme de contrôle sur 100 voitures prélevées de façon aléatoire sur le marché automobile français ». Plus de 3 mois plus tard, c’est au tour du constructeur Renault d’être rattrapé par la patrouille, suite aux tests menés par une commission mixte indépendante composée entre autre : de parlementaires, d’experts, d’associatifs, et consommateurs. « Un dépassement des normes » pour le CO2 et les oxydes d’azotes sont décelés chez Renault et plusieurs « marques étrangères », « mais pas de logiciel de fraudes » a tenu à rassurer Ségolène Royal, ministre de l’Ecologie et présidente de la commission. « La ministre devrait restée prudente dans sa communication » conseille le député européen Yannick Jadot. « Je rappelle que nous n’avons jamais trouvé de logiciels de fraude chez Volkswagen. Il y avait une présomption de fraude, l’administration américaine a alors menacé le constructeur allemand d’une enquête et de ne plus homologuer ses véhicules aux Etats-Unis si jamais la fraude était avérée. Volkswagen a préféré reconnaitre ses torts » précise-t-il.

Un « emballement médiatique » provoqué par la CGT

Les contrôles auraient pu rester discrets si un communiqué envoyé dans la matinée de jeudi par le syndicat CGT du centre technique de Renault ne dévoilait que des perquisitions avaient été menées par la Direction général de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) dans des « secteurs » qui « laissent fortement penser » que ces « perquisitions » sont « liées aux conséquences de l'affaire des moteurs truqués de Volkswagen ». Si le syndicat à par la suite déploré « l’emballement médiatique » qui s’en est suivi, la missive a eu pour effet, à la clôture du marché jeudi, de faire reculer l’action du groupe de 10,28%.

Renault pas plus vertueux que les autres

Selon les normes en vigueur, un véhicule neuf ne peut pas émettre plus de 130 grammes de CO2  et 80 mg d’oxydes d’azote(NOx) par kilomètre. « Tous les constructeurs automobiles dépassent en moyenne de 40% les normes autorisées. Il y a donc une escroquerie organisée sur la pollution mais aussi sur la consommation. Quand on vous dit qu’une voiture consomme 5 litres au 100, en réalité elle en consomme 8, soit à peu près 400 euros de coûts supplémentaires par an. Toute cette fraude n’est possible que grâce à la collusion entre les Etats et les constructeurs » assure Yannick Jadot. Pour Laurent Hecquet, président fondateur du club Automobilité & Avenir ces dépassements des normes ne « sont évidemment pas une surprise. Ils sont dus  à la différence entre la réalité de la conduite et le cycle actuel d’homologation des véhicules. Tout le monde le sait. A quoi sert donc cette commission présidée par Ségolène Royal ? Qui là, joue un peu au pompier pyromane » s’interroge-t-il. « Si comme les autres, Renault n’est pas vertueux, c’est parce que la pression écologique ne prend pas en compte la réalité économique des entreprises. Tout le monde est d’accord pour moins polluer mais les constructeurs ont besoin de temps pour adopter les nouvelles technologies tout en restant compétitif ».

 Des tests sur route avec dépassements autorisés

Ces révélations autour des dépassements des normes antipollution interviennent quelques mois après un accord pris par les Etats de l’Union européenne contesté par les écologistes. A la fin octobre 2015, un compromis trouvé à Bruxellesimpose désormais des tests en condition réelle de conduite pour les émissions de gaz polluants NOx (principaux composants du diesel). En contrepartie, de ces tests sur le principe bien moins sujets à la fraude, les constructeurs pourront dépasser le plafond fixé à 80mg d’oxydes d’azote(NOx) par kilomètrede 110% à partir de 2017. Puis de 50% à partir de 2020. Les écologistes avaient manifesté leur mécontentement devant le ministère de l’Ecologie. Ségolène Royal avait alors dû tempérer la mise en œuvre du nouveau projet jugé « pas satisfaisant », tout en dédouanant son gouvernement de la responsabilité « d’une décision de cette importance » qui devait être « discutée et décidée en réunion des ministres, c'est-à-dire au niveau politique ».

15 jours plus tard, un colloque au Sénat révèle que le gouvernement Français au même titre que les Etats membres de l’Union étaient bel et bien parties prenantes dans l’élaboration de cette décision. Le compromis peut toutefois encore être rejeté par le Parlement européen, hier, les eurodéputés ont reporté leurs votes sur la question. « Les conservateurs et les sociaux démocrates ont encore du mal à assumer un vote de rejet, mais avec les récents scandales autour du diesel, si le Parlement européen en séance plénière ne rejette pas ce dispositif, c’est désespérant.. . » estime Yannick Jadot qui garde néanmoins espoir de voir gouvernements et parlementaires européens plancher sur des normes antipollution plus contraignantes.

Le coût financier et humain de la pollution de l’air

L’eurodéputé rappelle le coût humain de la pollution de l’air : « 100 000 morts prématurés par an ».Leila Aichi, sénatrice du groupe écologiste du Sénat et rapporteure du texte sur le coût économique et financier de la pollution de l’air, évalue, elle, « à plus de 100 milliards par an en France ». « On ne pouvait pas dire qu’on ne savait pas. Le diesel est une aberration sanitaire et économique et une impasse industrielle. Non seulement les pouvoirs publics ne vont pas assez vite en matière de réglementation. Mais en plus les métiers de demain ne sont pas là » se désole-t-elle.