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« Djihad », une pièce « d’utilité publique »

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Sophie Vandermolen
Le 19.10.2016 à 16:07

Faire rire sur un sujet aussi sérieux et tragique que le djihad, est-ce possible ? C’est en tout cas le défi que s’est lancé Ismaël Saïdi avec sa pièce intitulée « Djihad », présentée ce mercredi aux sénateurs.

L’initiative a été proposée par François Zochetto, président du groupe UDI-UC, et Nathalie Goulet, sénatrice UDI-UC de l’Orne et rapporteur de la mission d’information sur« l’organisation, la place et le financement de l’islam en France et de ses lieux de culte ».

« Djihad », c’est l’histoire de trois jeunes Bruxellois musulmans, Ben, Reda et Ismaël, qui aiment dessiner, boire et Elvis Presley, mais décident de partir au nom de leur religion en Syrie. Tout au long de cette « odyssée tragi-comique » qui les mènera à Homs via Istanbul, ils découvriront les raisons qui les ont poussées à partir, et devront faire face à une situation beaucoup moins idyllique que prévue.

Devant les quelques sénateurs présents, Ismaël Saïdi explique que l’idée de la pièce est née en 2014, après que Marine Le Pen a déclaré dans une interview se « moquer complètement » du départ de jeunes Français à l’étranger, tant qu’ils ne revenaient pas. « J’ai trouvé que c’était un aveu d’échec, qu’il fallait plutôt qu’elle se pose des questions sur ces jeunes qui partent » a-t-il ajouté au micro de Public Sénat. Cet ancien policier, lui-même musulman pratiquant, est originaire de Schaerbeek, commune de Bruxelles tristement célèbre à travers Mohammed Abrini, un des suspects clé des attentats de Paris et Bruxelles.

Prévue pour seulement 5 représentations dans un petit théâtre de Bruxelles, la pièce connaît un véritable succès, et se joue à guichet fermé. Avec plus de 60.000 spectateurs en Belgique depuis 2014,  elle s’est exportée dans plusieurs pays d’Europe. En France, elle est à l’affiche au théâtre des Feux de la Rampe à Paris jusqu’au 31 décembre prochain.

Reconnue d’utilité publique en Belgique et d’intérêt pédagogique en France

Reconnue d’utilité publique par le gouvernement belge, « Djihad « se joue aujourd’hui dans les écoles. Plus de 30.000 lycéens ont pu assister à une représentation gratuite. Une représentation suivie d’une heure de débat qu’Ismaël Saïdi anime aux côtés d’un islamologue et journaliste. « Les élèves ont droit de poser toutes les questions qu’ils veulent, aucune question n’est taboue » explique l’auteur de la pièce au micro de Public Sénat. « Parfois c’est trash, mais c’est le but. L’idée est d’essayer de désenclaver et décortiquer avec eux ». En France, des représentions ont déjà eu lieu dans des écoles d’Arras et de Trappes, avec succès.

La sénatrice Nathalie Goulet a expliqué l’importance de cette démarche « pédagogique », et souhaite que ses collègues fassent la promotion de « Djihad » dans leurs départements. « A travers cette présentation de la pièce je propose à mes collègues sénateurs de découvrir cette pièce et de la promouvoir dans leur département. (…) c’est un travail d’utilité publique. On est tous un peu dépassé par ce sujet, et on n’a pas forcément les outils » explique-t-elle au micro de Public Sénat.

Co-président de la commission d’enquête « Lutter contre les réseaux djihadistes, en France et en Europe » en avril 2015, le sénateur LR du Bas-Rhin André Reichardt a rappelé l’importance du rôle du Sénat sur cette question. « Il nous paraît très important que le Sénat continue de jouer un rôle moteur dans cette affaire. Chaque sénateur doit porter cette parole, relayer les opportunités offertes par ce spectacle ».

Car Ismaël Saïdi insiste : « Djihad » a pour simple vocation de divertir, et c’est aux politiques de prendre le relais. « Il faut faire quelque chose à côté. Ce qui n’a pas été fait en Belgique, c’est bien dommage » regrette-t-il.

En 2015, 457 Français étaient partis faire le Djihad en Irak et en Syrie. Ils constituaient cette année-là près de la moitié des djihadistes européens, selon le rapport sur la lutte contre les réseaux djihadistes.