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Droits de l’Homme : Amnesty tire le signal d’alarme en Europe

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Thomas Leroy
Le 24.02.2016 à 18:16

Le nouveau rapport d’Amnesty International sur la situation des droits humains dans le monde détonne. Aux côtés de pays régulièrement épinglés comme la Chine ou la Russie, la France tient une bonne place : lois contre le terrorisme, surveillance généralisée, gestion du camp de Calais… Il n’épargne pas l’hexagone, frappé par le terrorisme et la crise des migrants. « Ca a été une année très spéciale » reconnaît la présidente d’Amnesty France Geneviève Garrigos. Les attentats ont entrainé un durcissement de la loi sur le renseignement et l’état d’urgence continue de faire débat. « Il est essentiel d’assurer la sécurité mais nous pensons qu’en levant des garanties juridiques de l’ensemble de la population, cela entrainera une insécurité juridique » insiste la dirigeante d’Amnesty.

« Le contexte actuel fait que l’Etat a dû prendre des mesures d’exception pour combattre le terrorisme » souligne François-Noël Buffet, sénateur Républicain du Rhône. « Les victimes ne comprendraient pas qu’on ne soit pas à la hauteur. » Cette politique est donc un mal pour un bien ?  « Il faut faire attention aux dérapages » tranche-t-il. « Les abus, il faut les sanctionner. Surtout, l’état d’urgence ne peut pas être pérenne. » Au Sénat, la majorité de droite s’est récemment fendue d’une proposition de loi pour mieux encadrer cet état d’urgence, avec l’appui du juge judiciaire.  « Le gouvernement reste pour l’instant dans sa ligne et c’est regrettable » juge François-Noël Buffet.

Mais le rapport n’épargne pas non plus les voisins européens, notamment sur la crise des migrants. « La loi révisée sur les prestations sociales aux demandeurs d’asile, entrée en vigueur en avril, n’était pas conforme aux normes relatives aux droits humains » explique le rapport sur l’Allemagne. « De  nombreux mineurs isolés se retrouvaient sans protection » en Autriche. « Des appartements  destinés à accueillir des demandeurs d’asile ont été brûlés » en Italie. « Une initiative  populaire visant à placer la Constitution au-dessus de toutes les obligations du  droit international » en Suisse... « Tout la partie Europe de notre rapport est importante, cette année » souligne Geneviève Garrigos. La crise des migrants et la lutte contre le terrorisme concernent pratiquement tous les pays européens qui rivalisent de règles pour assurer la sécurité, quitte à se passer d’Europe. « On voit bien qu’il y a une forme de repli et l’émergence d’un discours populiste » explique la patronne d’Amnesty France.

Dernier exemple en date de ce repli, la fermeture par la Belgique de sa frontière avec la France. « Nous savons bien que ces solutions ne sont pas efficaces. C’est impossible à contrôler » soupire la sénatrice Républicaine Fabienne Keller, interrogée sur Public Sénat. « Il y a un vrai problème de responsabilité » juge pour sa part François-Noël Buffet qui est aussi rapporteur de la mission de suivi et de contrôle du dispositif exceptionnel d’accueil des réfugiés. « C’est un échec total de l’Europe qui est un nain politique. On subit les choses plutôt que les anticiper. » Un avis tranché, qui n’est pas forcément partagé par tous. « Tout ça est très sévère. L’Europe fait un gros effort pour accueillir les migrants » tempère, de son côté, Philippe Kaltenbach, Sénateur socialiste des Hauts-de-Seine. « L’Europe est dans une mauvaise passe mais elle ne peut pas imposer la même politique partout. Espérons qu’elle saura surmonter cette crise. »

 « Seule une coopération constructive entre les Etats membres peut apporter une solution durable » rappelle Fabienne Keller. Pour le moment, l’Europe peine à trouver les bonnes solutions.