×En naviguant sur notre site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer une navigation optimale et nous permettre de réaliser des statistiques de visites.En savoir plus

Elèves handicapés : « Nous avons besoin d’un personnel professionnel compétent »

+A -A
Laurent Berbon
Le 03.12.2010 à 19:44
La situation des élèves handicapés inquiète. A l’occasion de la Journée internationale des personnes handicapées, plusieurs associations poussent un cri d’alarme face au manque d’accompagnants scolaires en France. Pour Justine Poulain, membre de l’association Unaïsse*, la situation est « désastreuse ».

Vous déplorez le manque d’auxiliaires de vie scolaire (AVS), chargés d’accompagner les élèves handicapés accueillis dans les établissements scolaires. Comment en est-on arrivé là ?
Il n’y a plus de budget, les enveloppes sont vides. Plusieurs milliers de personnes vont se retrouver sans contrat et les enfants sans accompagnement. Les parents vont être obligés de trouver une solution pour faire garder leurs enfants à domicile, tout cela aboutissant à un maximum de déscolarisation.

Il y a parallèlement une dégradation des contrats. En 2003, nous avions des contrats d’accompagnement d’un an, renouvelables cinq fois. Avec la loi de 2005 qui a donné la possibilité à tous les parents d’inscrire leurs enfants handicapés dans des écoles proches de leur domicile, le nombre de demandes a explosé. Les pouvoirs publics n’ont pas pris la mesure des choses. Il n’y avait pas suffisament de personnel. On a donc crée les AVS sur des contrats aidés, d’un an renouvelable une fois. Puis la politique du chômage est arrivée dessus et l’on a mis en place les contrats uniques d’insertion. Des contrats de six mois qui étaient à la base potentiellement renouvelables. On est donc parti sur des contrats relativement précaires de six mois, sans formation. 

Quelles difficultés posent ces contrats sur le terrain ?
Ces nouveaux contrats précaires obligent à un important turn-over. Pour être éligible, il faut avoir moins de 25 ans ou plus de 50 ans ou être éligible au RSA. Ce sont des gens qui pour la plupart n’ont pas la vocation de travailler auprès de jeunes handicapés. Ce sont des contrats de 24 h par semaine, payés 20h et 600 euros par mois. C’est donc une situation qui ne convient à personne et catastrophique pour les familles qui sont dans l’angoisse. Tous ces contrats d’aide au retour à l’emploi représentent 80% des accompagnants scolaires.

Lorsqu’une maman d’un jeune autiste nous envoie un email pour nous demander si dans le cadre de la demande d’accompagnement qu’elle a effectuée, elle peut avoir une personne qui a une formation pour l’autisme, concrètement on ne sait pas sur qui elle va tomber. Il y a un besoin de personnel professionnel compétent.

Le ministère de l’Education nationale a pourtant mis en place une convention-cadre avec les associations pour favoriser la scolarisation des enfants handicapés… ?
C’est une convention poudre aux yeux. Cet effet de communication et d’annonce ne règle en rien la situation désastreuse de cette rentrée scolaire. Sur les 500 postes repris qui étaient annoncés par le ministère, nous en avons une petite centaine. Et ça a été très compliqué pour les associations de mettre en place ce dispositif pour des raisons principalement budgétaires. Le problème de Luc Chatel est qu’il ne met en avant que les choses positives et pas les cas concrets auxquels nous sommes confrontés sur le terrain. Ce que nous demandons au gouvernement, et qu’il refuse toujours est la création d’un métier d’accompagnant du jeune en situation d’handicap, c’est-à-dire un vrai statut.

Comment réagissent les familles sur le terrain ?
La grosse tendance de cette rentrée, la plus désastreuse de ces dernières années est que des familles portent plainte auprès des tribunaux administratifs pour non-respect de la loi de 2005. Dernièrement, l’association Handic (collectif réunissant sept familles du Pays basque) a obtenu satisfaction devant le tribunal administratif de Pau qui a jugé que le rectorat était en faute et que les sept élèves devaient avoir un accompagnement. De plus en plus de familles montent actuellement des dossiers. Bizarrement, pour les familles qui portent plainte, il y a des solutions de trouvées au cas par cas. Mais en fait, tout cela se fait en enlevant un accompagnant à une famille pour le placer auprès d’une autre.

Pour notre part, nous avons mis en place une pétition qui circule sur www.pourlemétieravs.org,  dont l’objectif est de récolter 50 000 signatures pour porter le dossier au niveau européen puisque l’Etat français a du mal à entendre.

*Union Nationale pour l'Avenir de l'Inclusion Scolaire, Sociale et Educative pour la création d'un métier qualifié d'accompagnant scolaire et social d'élèves en situation de handicap