Les erreurs stratégiques de PSA ont rendu sa restructuration inévitable

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Le 11.09.2012 à 11:44

La direction de PSA Peugeot Citroën a multiplié depuis 20 ans des erreurs stratégiques qui rendent aujourd'hui inévitable et "urgente" sa restructuration, avec 8.000 postes menacés en France, selon les conclusions d'un rapport dévoilé mardi par le gouvernement.

   Le document critique aussi le manque de transparence du constructeur et appelle à "un dialogue social exemplaire" pour explorer "toutes les pistes" de sauvegarde de l'emploi au sein du groupe.

   "Dans l'immédiat, PSA doit d'urgence redresser la situation", avertit Emmanuel Sartorius, auteur de ce rapport d'étape présenté mardi aux syndicats.

   "La nécessité, dans son principe, d'un plan de réorganisation des activités industrielles et de réduction des effectifs n'est malheureusement pas contestable", estime-t-il.

   Cet expert, ingénieur des Mines, avait été mandaté fin juin par le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg pour établir un diagnostic sur PSA, quand se profilait l'annonce de la fermeture du site d'Aulnay-sous-Bois, près de Paris.

   Cette dernière s'inscrit dans un plan de restructuration plus large qui prévoit 8.000 suppressions d'emplois en France.

   Internationalisation tardive 

   Trop dépendant d'un marché européen qui pèse encore la moitié de ses ventes, PSA est aussi handicapé par sa position de constructeur généraliste, "pris en tenaille entre les voitures produites à bas coût en Europe centrale et orientale, d'un côté, et les constructeurs allemands premium" de l'autre, relève le rapport Sartorius.

   Les 200 millions d'euros de liquidités consommés par mois ne suffisent pas à expliquer les déboires du groupe, en perte nette de 819 millions d'euros au premier semestre et qui vient de quitter le CAC 40 après avoir vu fondre sa capitalisation boursière.

   Sa direction a commis de multiples erreurs, relève le rapport. "PSA a choisi jusqu'à présent de préserver son indépendance" en privilégiant des partenariats ponctuels. Résultat, il "n'est plus que le 8e constructeur mondial". Ce n'est qu'en début d'année qu'il s'est allié au géant américain General Motors.

   "La direction de PSA semble aussi avoir manqué d'ambition dans l'internationalisation du groupe", ce qui lui vaut d'être à la traîne en Chine, en Amérique latine et carrément absent d'Amérique du Nord.

   Dividendes préférés aux investissements 

   Plutôt que d'investir sur de nouveaux marchés, comme l'Allemand Volkswagen ou son rival français Renault, les actionnaires de PSA, la famille Peugeot en tête, ont privilégié versements de dividendes et rachats d'actions, pour un total de près de 6 milliards d'euros entre 1999 et 2011, relève le rapport.

   La décision "inopportune" prise en 2011 d'y consacrer 450 millions d'euros a "privé le groupe de ressources financières" précieuses, pointe M. Sartorius.

   PSA a péché par ambition en s'équipant d'usines pour construire 4 millions de voitures par an, quand il n'a jamais dépassé 3,6 millions. A présent, "la réduction de la capacité actuelle de montage automobile est nécessaire pour préserver (sa) compétitivité".

   Emmanuel Sartorius reproche encore au constructeur de ne pas avoir "préalablement mené, sur l'avenir de ses sites industriels, une réflexion d'ensemble qui laisserait aujourd'hui davantage d'options pour faire face à sa situation actuelle de surcapacité".

   Il critique le choix qui l'a amené à décider la fermeture en 2014 d'Aulnay en évacuant "rapidement la possibilité d'arrêter son usine de Madrid, qui souffre pourtant de nombreux défauts".

   "L'histoire aurait probablement pu être écrite de façon différente si la direction de PSA avait entamé en amont un dialogue transparent avec les partenaires sociaux et les pouvoirs publics", regrette-t-il.

   Un autre point sensible est le site de Rennes, à qui la direction doit garantir l'attribution d'un nouveau modèle comme elle l'a promis. Plus largement, son avenir ne doit pas être conditionné aux conclusions des groupes de travail PSA-GM, ajoute l'expert.

   Le rapport Sartorius insiste enfin sur la nécessité de limiter la casse sociale: "les mesures du plan doivent être limitées strictement à ce qui est nécessaire au redressement de l'entreprise".