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Etude sur les OGM : après les inquiétudes, les doutes

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Thomas Leroy
Le 20.09.2012 à 18:52
Etude sur les OGM : après les inquiétudes, les doutes
Corinne Lepage et Gilles-Eric Séralini
© afp
L’étude française sur la toxicité alarmante des OGM cristallise les tensions entre les pros et les antis. Pour Corinne Lepage, membre du comité à l’origine de l’expérience, les critiques qui s’accumulent restent infondées.

Les images ont fait l’effet d’un électrochoc. Des rats présentant d’énormes excroissances sur le corps, de la taille d’une balle de golf. Ces cobayes sont victimes d’un maïs OGM, selon l’étude de l’équipe française dirigée par Gilles-Eric Séralini. L’étude l’affirme, les cancers sont bien plus fréquents pour les rats nourris aux OGM. Mais après le choc des images, c’est le contenu même de l’expérience qui suscite la polémique.

Ce sont avant tout les anglo-saxons qui ont émis les premiers signes de défiance envers l’étude publiée par l’équipe de Gilles-Eric Séralini. Dans le Los Angeles Time, le San Francisco Chronicle ou le New York Times, les scientifiques s’inquiètent de la méthodologie utilisée par les universitaires de Caen pour démontrer l’augmentation des cancers chez les rats nourris aux OGM.

Le premier argument tend à l’échantillon et au nombre de rats choisis par l’équipe. 10 rats par groupes, un chiffre jugé largement insuffisant pour de nombreux scientifiques. « Pour faire une étude de cancérologie sérieuse sur deux ans, il faut des groupes d'au moins 50 rats », explique au Figaro le toxicologue Gérard Pascal, favorable aux OGM. « Vrai », répond Catherine Golstein, responsable scientifique au Haut Conseil des biotechnologies, une agence ministérielle, saisie par le gouvernement pour vérifier l’étude. « 10 rats suffisent pour une étude toxicologique, mais là on touche plutôt à la cancérologie. » De la même façon, le choix du cobaye laisse perplexe. « Là encore, la lignée de rats choisie est utilisée en toxicologie mais pas en cancérologie car elle développe plus facilement des tumeurs,» poursuit-elle. Il n’en fallait pas moins pour qu’un premier doute plane.

« Une étude faite dans les règles de l’art »

La personnalité de Gilles-Eric Séralini est aussi remise en cause par ses détracteurs. Auteur de plusieurs livres à charge contre les OGM, il est parfois présenté comme un militant de la cause écologiste. « Ils attaquent la personne car ils sont incapables d’attaquer sur le fond, » s’offusque Corinne Lepage. « C’est un scientifique reconnu internationalement ! »

Yvon Le Maho, directeur de recherche au CNRS et auteur d’une étude critique envers les OGM ne s’étonne pas de ces attaques. « Il avait suffi que j’émette des réserves pour être pris à parti. » Le lobby OGM en cause ?

« C’est une étude faite dans les règles de l’art », poursuit Corinne Lepage. « D’ailleurs, Je suis favorable à son évaluation. Mais pas par les experts européens qui ont eux-mêmes autorisé le NK603. Ils vont être juges et parties. » Le jugement de ces fameux experts de l’agence européenne chargée de la sécurité des aliments (EFSA) est le principal point d’achoppement avec les auteurs de l’étude. En conférence de presse, Gilles-Eric Séralini a ainsi dénié toute autorité  de l’EFSA pour juger son travail.

Des analyses qui en entraîneront d’autres

En France, le Haut Conseil des biotechnologies et l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) ont été saisi par le gouvernement. Et le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault menace : « Si les résultats sont concluants », Stéphane Le Foll, le ministre de l'Agriculture, « défendra au niveau européen l'interdiction de ces OGM». Un véritable enjeu de santé publique.

« Nous allons refaire les analyses avec toutes les données brutes », promet Catherine Berstein. « D’ailleurs, les auteurs ont eux-mêmes précisé qu’ils n’avaient publiés que les informations pertinentes. » Critiquée mais salutaire selon Yvon Le Maho. « Cette étude a au moins le mérite d’avoir été faite sur un temps long. C’était nécessaire et ça va en entraîner d’autres.» Premiers éléments de réponse dans les semaines qui viennent.