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Euro : comment faire pour éviter «l’explosion en vol» ?
L’Europe, ce n’est pas simple. Et la crise de la dette de la zone euro, encore moins. Ce mercredi matin, au Sénat, on planche sur le rôle de la Banque centrale européenne (BCE) dans la sortie de crise, lors d’une table ronde. Si un certain calme semble être revenu sur les marchés, après la folie de la fin 2011, la stabilité est encore loin d’être garantie.
En injectant des liquidités, la BCE a « contribué à la sortie de crise », souligne Nicole Bricq, rapporteure générale PS de la commission des finances du Sénat. La BCE a récemment permis un refinancement des banques sur une échéance de 3 ans. « On a ainsi retiré le risque d’explosion en vol », selon Pierre Jaillet, directeur général des études et des relations internationales de la Banque de France. Tout va bien alors ? Pas encore… La sortie de la crise de la dette, « ce sera long et douloureux », prévient le responsable de la Banque de France.
« La BCE peut-elle agir en faveur de la croissance ? »
Les questions sont nombreuses. Les réponses tout autant… Nicole Bricq note « le problème de nature de l’intervention de la BCE ». Son objectif officiel est de lutter contre l’inflation. Pendant la crise, elle refinance les banques. « Mais la BCE peut-elle agir en faveur de la croissance ? », demande la sénatrice PS. Le président UMP de la commission des finances ajoute : « En d’autres termes, avons-nous des chances raisonnables de mourir guéris ? »
Si la BCE a fait des entorses à son orthodoxie pour cause de crise, en rachetant la dette des Etats, certains ne veulent pas continuer l’exception. D’autres voudraient au contraire l’inscrire dans le marbre et l’officialiser. La BCE pourrait se transformer en prêteur en dernier ressort des Etats de la zone euro et augmenter ses rachats de dette publique. Pierre Jaillet fait remarquer que la BCE, en permettant un refinancement sur 3 ans en injectant 500 milliards d’euros, joue déjà en quelques sortes ce rôle. « La BCE a évité l’explosion du système par l’injection de liquidité. Est-ce que ça suffit pour résoudre la crise de la dette ? Non », selon Gilles Moëc, chef économiste à la Deutsche Bank, « et ce n’est certainement pas le job de la BCE ». Pour lui, pas la peine de changer : « Le mythe de la BCE trop conservatrice par rapport à la FED a disparu avec la crise. S’il doit y avoir une participation de la BCE à la croissance, il est difficile de lui demander de faire plus. Sa politique est déjà accommodante ».
L’économiste de la Deutsche Bank renvoie la faute au gouvernement. Il souligne que « le temps perdu pour la mise en place du Fond européen de stabilité financière a été catastrophique. On a eu l’impression d’un système politique européen qui court derrière les marchés… » Et de renvoyer aux « réformes structurelles » que doivent faire les Etats, sur lesquels « la BCE n’a pas grand contrôle ».
« Ce qui nous sauve aujourd’hui aura des conséquences horribles »
Patrick Artus, professeur à Paris I et économiste chez Natixis, est lui favorable à la transformation de la BCE en prêteur en dernier ressort et à la création d’eurobonds. Mais il déplore un traitement du cas grec « stupide », « une absurdité totale » : « Il aurait mieux fallu donner le problème au FMI dès le départ. Ça aurait coûté moins cher ».
S’il est optimiste à court terme, il est pessimiste pour l’avenir. « Ce que nous faisons aujourd’hui tue la croissance de la zone euros à long terme » selon Patrick Artus. Il craint une double baisse des investissements : de la part des entreprises, qui ne veulent pas s’endetter, et de la part des Etat, qui réduisent les investissements en recherche et développement. Ainsi qu’une erreur de casting avec les banques, car « ce n’est pas leur métier de financer les Etats ». « Ce qui nous sauve aujourd’hui », insiste-t-il, « aura des conséquences horribles demain ». Cruel dilemme.
« Les Allemands ont mangé les autres jusqu’en 2008 »
Le sénateur du MRC Jean-Pierre Chevènement, qui vient de retirer sa candidature à la présidentielle, souligne l’un des problèmes majeur de la zone euro : son « hétérogénéité », entre les pays du nord de la zone, plus industriels, et ceux du sud, en « déclin ». Francis Delattre, sénateur UMP, note que « l’idée de leadership allemand s’installe » petit à petit.
Patrick Artus met justement en garde : « Attention à la position allemande sur la compétitivité et l’ajustement des coût salariaux », lance-t-il. Sans la nommer, l’économiste parle de la TVA sociale, que Nicolas Sarkozy veut instaurer, et que Berlin applique déjà depuis plusieurs années. « Les Allemands ont ainsi mangé les autres jusqu’en 2008. Les Espagnols, qui sont très compétitif en termes de coût, sont en train de le faire. Mais si tout le monde applique une politique d’ajustement structurel, est-ce que ce sera un jeu à somme nulle ou est-ce que ce sera positif pour la zone ? J’ai l’impression que ce sera un jeu à somme nulle… Il ne faut pas tomber dans le piège allemand ». Autrement dit, la TVA sociale n’aura pas d’efficacité en France. Selon Patrick Artus, c’est l’absence de fédéralisme européen qui pousse les Etats membres à agir individuellement : « Dans une Union européenne non-fédérale, il faut équilibrer son commerce extérieur et sauver son industrie ». Reste une (autre !) question, de taille : bâtir une Europe fédérale avec des Etats-nations aux économies divergentes et aux histoires propres n’est pas une sinécure.




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