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Evasion fiscale : Noah sur le gril du Sénat

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François Vignal
Le 19.06.2012 à 14:35

Publicsenat.fr VOD

La commission d’enquête sur l’évasion fiscale du Sénat a auditionné Guy Forget et Yannick Noah. La star a été mise en cause par l’UMP sur « l’ambigüité » de son soutien à Hollande lors de la campagne et sa procédure avec le fisc qui lui réclame « une somme ».

Les travaux de la commission d’enquête sur l’évasion fiscale du Sénat n’ont eu pas autant de succès jusqu’ici. Ce mardi, les caméras se bousculent. Pour cause : les sénateurs ont choisi d’auditionner Yannick Noah et Guy Forget. L’un s’est exilé fiscalement en Suisse entre 91 et 93. L’autre est toujours résident suisse.

Les deux vedettes lèvent la main droite, prêtent serment et jurent de « dire la vérité, rien que la vérité ». Yannick Noah se prête au cérémonial. Il sera vite rassuré. Le début de l’audition est très – trop ? – policé. Les sénateurs veulent comprendre. Les deux hommes s’expliquent avec franchise et sans gêne. « Une carrière de joueur de tennis est extrêmement courte. Il arrive dans le top 100 vers 21 ans et arrête vers la trentaine », souligne Guy Forget. Il ajoute : « Un joueur qui évolue au-delà de la 120e place ne rentre pas dans ses frais ». Autrement dit, il n’a pas d’autre choix que « d’optimiser » ses revenus et « d’économiser le plus possible ». Les mots sont bien choisis. L’optimisation, à la différence de la fraude fiscale, n’est pas interdite.

Noah pour les 75% de Hollande…

« Pendant 10 ans, le joueur a à cœur d’optimiser ses gains », ajoute Noah. « Un joueur voyage 8 mois par an, il essaie de trouver fiscalement les endroits pour lui les plus avantageux », complète Forget. Monaco, la Floride, la Belgique, la Suisse… les sportifs ont le choix, bien épaulés par des agents et des banques qui les conseillent. Autre justification de Forget : la retraite. « Ils n’ont souvent pas le bac. Alors avoir eu ce petit matelas de côté, cela leur permet de repartir de manière plus sereine », après leur carrière sportive. Noah : « J’avais la crainte du lendemain ».

Yannick Noah est ensuite revenu payer ses impôts en France. « J’ai fait 80% de ma carrière de chanteur  en France. Je travaille ici, je paie mes impôts ici », explique-t-il. Et d’insiter : « Je gagne mon argent ici grâce au public français. Il est normal que je paie les 75 % », la taxation à 75% des revenus au-delà de un million d’euros par an, promise par le candidat Hollande. En revanche, ajoute la star, « demain, si je fais 50 concerts par an aux Etats-Unis, est-ce que j’aurai envie de revenir payer mes impôts ici ? Certainement pas »… L’amour de la France a ses limites.

…et « très déçu » par l’audition

Soudain, le sénateur UMP Louis Duvernois bouscule un peu l’audition. Le sénateur tente de mettre en difficulté celui qui a soutenu François Hollande pendant la campagne présidentielle pour son « ambigüité » : « Ce choix personnel de vous exiler fiscalement et le contentieux qui est toujours le votre, semble-t-il, est-il en accord avec l’esprit de justice sociale que vous promettez ? » Yannick Naoh se raidit : « Il m’avait semblé clair que cet aspect n’allait pas être discuté. Je suis effectivement en procédure. Le fisc me réclame une somme pour l’année fiscale 93 que je conteste pour des raisons que je ne vais pas expliquer ici. (…) A l’heure où on parle, je ne dois rien ». Il insiste « Je suis très déçu car on m’avait dit qu’on n’allait pas aborder ce sujet ici ».

Le président UMP de la commission, Philippe Dominati : « Je ne vois pas quel sujet on n’aurait pas à aborder dans une commission… » Le socialiste Yannick Vaugrenard prend la défense de Noah : « Je suis surpris de l’intervention de mon collègue. Si la question a été posée à Noah, parce que ses orientations politiques déplairaient peut-être un peu… (…) C’est la première fois que je vois ce comportement. (…) Je regrette qu’on utilise une audition pour mettre en cause quelqu’un qui a porté haut les couleurs de notre pays ». « Dans cette maison, nous avons la liberté de parole et de ton », justifie Louis Duvernois, tout en disant ne pas vouloir « rentrer dans un cas particulier »…