Fabius: « S’il était réélu, c’est un Nicolas Sarkozy sans limite »

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Julien Chabrout
Le 26.04.2012 à 14:33

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L’ancien Premier ministre Laurent Fabius était l’invité de l’émission « En route vers la présidentielle » ce jeudi matin sur Radio Classique et Public Sénat présentée par Guillaume Durand et Michael Szames. Le député socialiste de Seine-Maritime a affirmé qu'un « collègue » député, de « droite », s'était inquiété auprès de lui de sa crainte que Nicolas Sarkozy ne devienne incontrôlable s'il l'emportait, inquiétude partagée par l’ancien président de l'Assemblée nationale.

« Lundi dernier, je rencontre un collègue de droite avec lequel j'ai des relations amicales dans les couloirs de l'Assemblée nationale. Il n'avait pas très bonne mine », a-t-il relaté.  « On va être battus », souffle d'abord le collègue en question, avant d'ajouter: « ce dont tu ne te rends pas compte, c'est que même si Nicolas Sarkozy est élu, pour nous, c'est épouvantable. »

« Mais oui, parce qu'on ne pourra plus l'arrêter. Il dira: j'étais menacé, j'ai remporté la victoire, c'est grâce à moi, taisez-vous, je fais maintenant ce que je veux », poursuit ce député anonyme cité par l'ancien Premier ministre.

Cet échange a inspiré plusieurs réflexions à Laurent Fabius. Nicolas Sarkozy, a-t-il souligné, « a eu deux périodes dans son quinquennat, la première où il a fait beaucoup de sottises. La deuxième où il est revenu un peu en arrière. Pourquoi? Parce qu'il y avait le butoir de la réélection ».

Mais s'il était réélu pour une dernière fois à la présidence, il s'agirait d'un Nicolas Sarkozy « sans aucune limite ». « Compte tenu à la fois de ce qu'il pense et de son caractère. Ca veut dire que rien n'est garanti. Ca veut dire que la Sécurité sociale, le service public, les collectivités locales, tout est menacé si M. Sarkozy était réélu », a-t-il estimé. « Un Sarkozy sans limite, un Sarkozy sans butoir, un Sarkozy sans garde-fou, c'est un grand danger pour les équilibres en France », a conclu Laurent Fabius.

Un mémorandum sur la croissance « est prêt »

Interrogé sur les questions budgétaires, le responsable socialiste a indiqué qu’un mémorandum sur la croissance « est prêt » à être envoyé aux membres de la zone euro en cas de victoire de François Hollande pour dire « la discipline budgétaire, c'est nécessaire, mais l'expérience prouve que s'il n'y a pas de supplément de croissance, ça ne marche pas ».

Les déclarations mercredi du président de la BCE, Mario Draghi, en faveur d'un nouveau « pacte de croissance » signifient « une certitude. On a besoin de croissance, ne serait-ce que pour arriver à respecter la discipline budgétaire », a-t-il commenté.

Et d’ajouter. « Il y a encore quelques semaines, on entendait un seul son, rigueur, rigueur, rigueur, et même austérité. Désormais, on entend sérieux budgétaire, oui, mais en même temps croissance. Et c'est un changement de climat qui est important », s'est-il félicité.

Interrogé sur le fait de savoir comment les dirigeants européens pourront inclure un volet croissance à un traité de discipline budgétaire déjà ratifié par plusieurs pays, Laurent Fabius a répondu qu'on pouvait « tout à fait envisager qu'il y ait un instrument juridique de même valeur que la partie budgétaire et qui aborde toute la question de la croissance ». « Nous ne sommes pas du tout hostiles à la discipline budgétaire », a-t-il insisté.

« Evidemment, on a besoin de discipline budgétaire, mais on n'arrivera pas ni à relancer l'emploi, ce qui est majeur, ni à redonner du crédit à la cause européenne ni même à respecter les équilibres budgétaires, sans croissance », a-t-il poursuivi.

Appel aux électeurs de Bayrou

Alors que les électeurs du FN et du MoDem sont courtisés par les deux candidats qualifiés pour le second tour, Laurent Fabius a déclaré que « le Front National pose des questions justes mais apportent de mauvaises réponses: c’est toujours vrai ».

Avant de faire un appel aux électeurs centristes qui ont voté à 9,10% pour François Bayrou. « Je crois qu’il y a trois thèmes auxquels ils (les électeurs de François Bayrou) sont sensibles (…): le thème de la moralisation de la vie publique, qui penche beaucoup plus du côté de François Hollande, le thème du produire Français (…) et le thème de la réduction des déficits. Si ce sont les points qui les déterminent, beaucoup d’entre eux voteront pour François Hollande ».

Par ailleurs questionné sur le débat télévisé entre François Hollande et Nicolas Sarkozy, qui aura lieu mercredi 2 mai à 21h, Laurent Fabius a affirmé que François Hollande se devait « d’être lui-même ». Et l’ancien l’ancien Premier ministre de donner un conseil au candidat du PS: « Nicolas Sarkozy a une manie. Sa principale façon de parler c’est de dire ‘trouvez-vous normal que?’ C’est un truc d’avocat, il faut le connaître et le démonter ». L'expérience de l’ancien « sparring partner » de François Mitterrand en 1981 avant son débat contre Valérie Giscard d’Estaing saura être utile pour le candidat socialiste.