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Fillon aux sénateurs : la réorganisation du parti « en rang serré » n’est « pas discutable »

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François Vignal (sujet : Cécile Sixou)
Le 29.11.2016 à 16:26

« Je ne suis pas ouvert à changer mon projet » a prévenu François Fillon devant les sénateurs LR et UDI, tout en se disant « ouvert aux idées nouvelles ». Sur la réorganisation du parti, il fait preuve d’autorité. Il demande aux parlementaires « de faire bloc » pour la campagne.

Après sa victoire sans appel, François Fillon organise la suite. Pour mener campagne, il doit s’appuyer sur un parti rassemblé et réorganisé, avec des parlementaires en ordre de marche derrière le candidat. Après être allé devant le groupe LR de l’Assemblée nationale ce mardi matin, le candidat à la présidentielle s’est rendu au Sénat.

Gérard Larcher, « un président du Sénat atypique »

Depuis les Salons de Boffrand, à côté des bureaux de la présidence, François Fillon a parlé à la majorité sénatoriale réunie : sénateurs du groupe LR et du groupe UDI-UC. Il était près de 150, selon un participant. Ici, François Fillon joue un peu à domicile. Le groupe des Républicains de la Haute assemblée est de longue date un bastion filloniste.

Il y a des mois, quand les sondages lui donnaient peu de chances de victoire, il réunissait dans les murs du Sénat les sénateurs qui l’avaient choisi. Et pas des moindres : le président du Sénat, Gérard Larcher, est un soutien de François Fillon de longue date. « Un président du Sénat atypique, qui a pris le risque il y a des mois et des mois de soutenir un candidat dont tout le monde disait qu’iI n’avait aucune chance » a salué François Fillon, selon un participant de la réunion contacté par publicsenat.fr. Le président du groupe, Bruno Retailleau, avec lequel il partage « quasiment toutes les valeurs », s’est rallié lui aussi il y a longtemps. Rassembleur, il a salué le président du groupe UDI-UC, François Zocchetto, « qui a eu le courage de m’apporter son soutien à un moment où les bookmakers ne donnaient pas beaucoup de chances à ma candidature ».

« Cette primaire a permis à un candidat qui était seul, avec son programme, de rencontrer d’une certaine façon le peuple français »

François Fillon va « tout donner » pour cette campagne, a-t-il assuré devant les sénateurs. « Je vous demande de faire bloc. Mon but est de vous mener à la victoire à la présidentielle » a-t-il lancé, évoquant aussi les législatives et les sénatoriales. « Aux sénatoriales en général, moins on s’en mêle, mieux ça se passe », a-t-il ajouté selon un participant.

Pour l’emporter, François Fillon peut compter sur l’effet primaire. Alors que certains s’opposaient au principe même chez Les Républicains, le candidat estime qu’elle a favorisé sa victoire : « Cette primaire a permis à un candidat qui était seul, avec son programme, de rencontrer d’une certaine façon le peuple français » croit le député de Paris. Au passage, il a ironisé sur les difficultés de François Hollande : « Pour faire une métaphore automobile, c’est mieux de partir dans un départ lancé, que comme la gauche, avec tous ceux qui s’accrochent à la voiture pour empêcher le candidat de démarrer… » a-t-il raillé.

« Il faut un accord » avec le centre

Devant les sénateurs UDI, qui ont très majoritairement choisi Alain Juppé, il s’est montré ouvert aux « partenaires centristes » avec qui il veut « discuter ». « Nous avons besoin du centre pour gagner et il me semble que le centre a besoin de nous » a-t-il affirmé.

Mais s’ « il faut un accord » avec le centre, François Fillon s’est montré ferme face à ceux qui demandent une inflexion de son projet, que certains jugent trop radical. « Je veux que les choses soient claires : j’ai un projet et j’ai un mandat qui m’a été donné par les électeurs de cette primaire. Ce projet a sa cohérence, je suis ouvert aux idées nouvelles, je suis ouvert à la manière de l’élargir, je ne suis pas ouvert à changer mon projet » a-t-il prévenu. « Ma conviction est que je dois rester sur ma ligne. Ce n’est pas en zigzaguant qu’on convainc, pas en négociant des compromis » a-t-il prévenu.

Jouanno : « On ne peut pas exiger des électeurs centristes qu’ils votent le petit doigt sur la couture »

Des propos qui n’ont pas dû satisfaire Chantal Jouanno. La sénatrice UDI de Paris, qui a soutenu Alain Juppé, espère en effet un autre message. « Il y a des éléments qu’il va falloir discuter : sur les questions environnementales, peut-être sur certaines déclarations qui ont pu beaucoup gêner notre électorat sur les questions de société par exemple » a-t-elle souligné avant la réunion.

Les centristes vont-ils se rassembler derrière Fillon ? « Si François Fillon ouvre la porte et discute certains points, oui » répond Chantal Jouanno. « La balle est dans son camp. S’il considère que le projet n’est pas amendable… On ne lui demande pas d’amender l’orientation générale (…) mais certains sujets qui sont pour nous extrêmement importants. On ne peut pas exiger des électeurs centristes qu’ils votent le petit doigt sur la couture. Nos électeurs sont libres. Ils ont des convictions que je partage ». Regardez :

« Il y a une règle qui n’est pas discutable, c’est que le parti doit être en rang serré derrière son candidat »

Pour mener campagne, François Fillon doit pouvoir s’appuyer sur le parti. Sa direction va être réorganisée. C’est l’objet du bureau politique de ce soir, à 18 heures. Sur ce point, François Fillon a fait preuve devant les sénateurs de fermeté : « Il y a une règle qui n’est pas discutable, c’est que le parti doit être en rang serré derrière son candidat. Il est naturel d’ajuster les instances dirigeantes. J’aurai l’occasion de le faire ce soir, je le ferai avec efficacité, avec amitié, car tout le monde sera utile dans les mois et année à venir » a affirmé François Fillon selon plusieurs sources parlementaires.

L’ancien président de l’Assemblée, Bernard Accoyer, va remplacer Laurent Wauquiez à la tête du parti. Il est nommé secrétaire général. Laurent Wauquiez devient premier vice-président. Ils seront entourés d’une direction collégiale. La députée filloniste Isabelle Le Callennec est nommé seconde vice-présidente. Jean-François Lamour, également député filloniste, devient président de la commission nationale d'investiture. Un comité politique, dirigé par Gérard Larcher est mis en place.

Les juppéistes Virginie Calmels et Nathalie Kosciusko-Morizet pourraient faire partie de la direction, tout comme les sarkozystes François Baroin et peut-être Christian jacob, ainsi que Thierry Solère, proche de Bruno Le Maire. Patrick Stéfanini, directeur de la campagne de François Fillon pour la primaire, sera nommé directeur général du parti, en remplacement du sarkozyste Frédéric Péchenard.

« Pour aller chercher les électeurs qui sont partis chez Madame Le Pen ou les déçus de François Hollande, il ne faut pas se mettre à parler socialiste aux uns et extrême droite aux autres »

Dans ce mouvement rassembleur, François Fillon a de nouveau salué devant les sénateurs les « attitudes impeccables de Nicolas Sarkozy » et « d’Alain Juppé ». « Personne n’a démérité, personne n’a dérapé » a-t-il ajouté étonnamment. Ses soutiens et lui-même n’ont pourtant eu de cesse de dénoncer les attaques et « les caricatures » venues du camp Juppé dans l’entre-deux-tours.

S’il veut montrer l’unité de sa famille politique, en creux, François Fillon a critiqué, sans les nommer, les stratégies d’Alain Juppé et de Nicolas Sarkozy durant leur campagne. « Pour aller chercher les électeurs qui sont partis chez Madame Le Pen ou les déçus de François Hollande, il ne faut pas se mettre à parler socialiste aux uns et extrême droite aux autres. Il faut une attitude digne, des valeurs » et « une forme d’exemplarité ». Pour François Fillon, « c’est comme ça qu’on fera revenir ces électeurs. Pas en leur parlant à la place de leur propres dirigeants politiques ». Les personnes visées apprécieront.

Il a rappelé qu’il entendait faire de la « liberté » l’uns des piliers de sa campagne avec « l’autorité », qui est « au service d’une France forte ». Ce qu’il a dit à Angela Merkel, qui l’a appelé hier pour le féliciter : « Je lui ai dit que mon projet, c’était une France forte qui doit être au premier rang en Europe. J’ai eu le sentiment que, d’une certaine manière, ça la soulagerait… » Pour l’heure, François Fillon repart en campagne dès jeudi, avec un déplacement en province.