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Les Français face à un effort historique de rigueur budgétaire

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Le 28.09.2012 à 11:33

Les Français seront soumis en 2013 à une cure de rigueur historique pour tenter de ramener le déficit du pays à 3% du PIB, selon le projet de budget présenté vendredi en Conseil des ministres qui prévoit 30 milliards de hausses d'impôts et de restrictions de dépenses.

Un tel effort sera inédit en période de croissance très faible et de chômage élevé, mais le ministre des Finances Pierre Moscovici a réaffirmé l'engagement de la France à réduire le déficit de 4,5% cette année à 3% l'an prochain, en invoquant la crédibilité du pays auprès de ses créanciers.

"Les 3% sont nécessaires pour la crédibilité du pays, pour la qualité de la signature: nous les tenons et nous les tiendrons", a-t-il déclaré en début de journée sur Europe 1. "Les 3%, c'est ce qui permet d'inverser la courbe de la dette en 2014 et je veux être le ministre du désendettement", a-t-il martelé.

"Si nous renonçons à cet objectif, alors tout de suite les taux vont remonter et là on sera dans la situation de l'Italie, là on sera dans la situation de l'Espagne et moi je ne veux pas ça", avait averti la veille Jean-Marc Ayrault, affirmant vouloir "dire stop à la dérive des déficits et de la dette".

La dette est passée de 64,2% du PIB en 2007 à près de 91,0% fin juin 2012, dépassant la prévision du gouvernement de 90,6% pour fin 2013 mais elle devrait refluer en 2014. Ses intérêts pèsent lourdement sur le budget et réduisent les marges de manoeuvre des politiques économiques.

Le budget 2013 a été bâti sur une hypothèse de croissance de 0,8%, que M. Ayrault juge "réaliste" et "atteignable", malgré les doutes des économistes.

Le gouvernement a prévu un effort supplémentaire de 30 milliards à ajouter aux quelque six milliards de hausses d'impôts déjà votées en juillet et aux 2,5 milliards d'économies annoncées pour l'assurance-maladie, soit en tout presque 40 milliards.

Bien au-delà des budgets d'austérité adoptés ces dernières années, il s'agit cette fois, selon François Hollande, de l'effort "le plus important depuis 30 ans". Ou même simplement depuis toujours, selon les économistes.

"1,5 point de PIB de réduction du déficit, c'est considérable. Mais surtout, en période de croissance zéro, c'est exceptionnel, ça n'a jamais existé", a déclaré à l'AFP Elie Cohen, directeur de recherche au CNRS. "Du jamais vu", a renchéri Eric Heyer, de l'Observatoire français des conjonctures économiques.

La présentation du projet de loi de finances intervient deux jours après la publication de chiffres alarmants : la France comptait fin août 3.011.000 demandeurs d'emploi sans activité, 23.900 de plus qu'en juillet (+0,8%), une barre jamais dépassée depuis 1999.

Equilibre revendiqué

Le gouvernement revendique d'avoir réparti l'effort en trois parts égales: 10 milliards de prélèvements supplémentaires sur les entreprises, 10 milliards sur les ménages et 10 milliards d'efforts sur les dépenses de l'Etat.

En tout, entre 2011 et 2013, cela portera à une soixantaine de milliards les augmentations de prélèvements en France, en deçà des cures d'austérité en cours en Espagne ou en Italie.

Ces hausses vont toucher en priorité les ménages aisés et les grandes entreprises, le gouvernement ayant cherché à épargner les plus modestes et les PME. Les nouvelles hausses d'impôts épargneront "neuf Français sur dix", a affirmé jeudi M. Ayrault.

Parmi les mesures déjà connues, une nouvelle tranche supérieure, à 45%, de l'impôt sur le revenu va être créée pour les contribuables gagnant plus de 150.000 euros par an. Le cumul des avantages dont bénéficie tout foyer fiscal sera abaissé à 10.000 euros mais les niches relatives aux départements d'Outre-Mer, aux monuments historiques et au cinéma échapperont à ce plafonnement global.

Les revenus du capital seront désormais imposés sur le même barème que ceux du travail et l'impôt de solidarité sur la fortune sera relevé.

Une taxe exceptionnelle à 75% sur les plus riches (ceux dont le revenu excède un million d'euros annuel) est en outre symboliquement créée pour deux ans.

L'avantage fiscal pour les entreprises qui s'endettent sera réduit: les intérêts d'emprunt ne seront plus déductibles en totalité au-delà de 3 millions d'euros. Le dispositif qui permet de réduire son ISF de 50% des montants investis dans des PME sera en revanche maintenu.

Enfin, en plus d'une augmentation des prix du tabac, une hausse de la taxe sur la bière pourrait être instaurée.

Mais l'effort ne s'arrêtera pas au projet dévoilé vendredi. Un collectif budgétaire, attendu en fin d'année, pourrait augmenter la TVA ou la CSG et donc toucher tous les Français, afin de soulager les cotisations sociales des entreprises pour relancer la compétitivité.

Le Premier ministre s'est borné à répéter jeudi que ces deux prélèvements ne seraient pas relevés pour "boucher les trous" des comptes publics.