François Hollande : «Je suis venu vous parler de la France»

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François Vignal, envoyé spécial au Bourget
Le 22.01.2012 à 18:13
François Hollande : «Je suis venu vous parler de la France»
© AFP
Pour son grand meeting au Bourget, François Hollande a parlé de lui et de la France. Dans un discours ancré à gauche d’une heure trente, le candidat PS a défendu une société basée sur « la justice », « l’égalité » et « l’espérance » dans ce qu’il nomme « le rêve français ».

Le moment est particulier. La mobilisation, forte. L’ambiance, électrique. Ce moment, c’est celui où la campagne doit prendre une autre tournure pour François Hollande. Le candidat du Parti socialiste a tenu son grand meeting au Bourget, près de Paris. Plus de 25.000 personnes annoncées. « C’est un moment de communion », explique Marisol Touraine, membre de l’équipe de campagne.

Imagerie socialiste

Celui que tout le monde attend n’est pas loin. On chauffe la salle. Coluche apparaît sur l’écran géant : « Attendez que la gauche passe en 2012, vous allez voir ». Un clip joue de l’imagerie socialiste : congés payés, l’élection de François Mitterrand le 10 Mai 81, l’abolition de la peine de mort, les radios libres, les 35 heures, la retraite à 60 ans… Le message est clair : François Hollande s’inscrit dans une tradition, celle de la gauche. Le très populaire Yannick Noah monte sur scène pousser la chansonnette. A gauche de la tribune, en forme de triangle, les personnalités sont rassemblées : Benjamin Biolay, assis à la droite de la compagne de Hollande, Valérie Treiweiler. Mazarine Pingeot, Christian Lacroix, Patrick Rambaud, Pape Diouf ou encore Gérard Darmon sont venus participer à la fête.

En face, les politiques. Martine Aubry apparaît à l’écran. Ovation de la salle. La première secrétaire est assise à côté de Jean-Pierre Bel, président PS du Sénat. Ségolène Royal suit. Les ex-premiers ministres socialistes sont là : Lionel Jospin, Laurent Fabius, Edith Cresson.

« Tout dans ma vie m’a préparé à cette échéance »

Il arrive. « Je suis venu vous parler de la France », cadre dès le début François Hollande. C’est son moment de vérité. Il parle du pays, mais aussi de lui, son chemin. « Devant vous, je ressens une profonde émotion ».

« Tout dans ma vie m’a préparé à cette échéance. Je suis socialiste. La gauche je ne l’ai pas reçue en héritage » affirme François Hollande, qui prend des accents de tribun. Il cite son père, qui avait « des idées contraires » aux siennes, sa mère, « une âme généreuse ». Il dit : « La gauche, je l’ai rêvée, je l’ai aimée. Je l’ai servie comme élu de la République. Je l’ai dirigée, avec Lionel Jospin, quand nous gouvernions ensemble le pays », lui à la tête du PS.

« Simplicité »

Le député de Corrèze souligne son ancrage : « Je suis un élu de la France rurale ». Il s’est battu pour être ici. « Rien ne m’a été donné. Bien peu imaginaient mon succès » à la primaire, rappelle-t-il. Il salue Aubry. « Si j’en suis là, c’est le fruit de cette obstination ». Le candidat normal « revendique une simplicité. (…) Je reste moi-même, c’est ma force. Ce que vous voyez ici, c’est ce que je suis ». Il ajoute : « Je vais vous confier un secret : j’aime les gens, quand d’autres sont fascinés par l’argent ».

Nuage de mots du discours de François Hollande, via Wordle.

Il détaille plusieurs mesures (à lire ici), avant la présentation de son projet jeudi prochain, et défend ses grandes orientations : la jeunesse mais aussi la justice. « La voix que je vous propose c’est le redressement dans la justice. (…) Mon véritable adversaire n’a pas de nom : c’est le monde de la finance », dit-il, alors qu’à sa gauche, Jean-Luc Melenchon s’installe dans les sondages.

« L’âme de la France, c’est l’égalité »

« L’âme de la France, c’est l’égalité », souligne le candidat du PS. Il énumère les références : 1789, l’école obligatoire, le Front populaire, la sécurité sociale, la CMU. « L’égalité, l’égalité ! » tonne François Hollande. Le public est galvanisé. « Je serai le Président de la fin des privilèges », assure-t-il, promettant une grande réforme fiscale, au moment où « certains s’enrichissent sans limite » et où « la pauvreté s’aggrave ».

François Hollande termine par son rêve français. Pour cela, il s’appuie sur Shakespeare : « Ils ont échoué parce qu’ils n’ont pas commencé par le rêve ». Il décline : « Le rêve français, c’est le projet qui permet à toutes les couleurs de peau d’être à égalité de droit », « où les enfants d’immigrés peuvent être fiers d’être Français ». « La France n’est pas un problème, la France est la solution ! » Ovation. 

Sous les cris de la salle qui couvrent sa voix, François Hollande donne rendez-vous : « Le changement, c’est maintenant. La justice, c’est maintenant. La République, c’est maintenant. Dans 3 mois, nous ferons gagner la gauche ». Tout le monde se lève pour la Marseillaise. Le candidat du PS regarde la France dans les yeux. Cet après-midi, au Bourget, c’est du moins ce qu’il a tenté de faire.