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« La gauche progressiste, la gauche réformiste, c’est nous », Martine Aubry persiste et signe

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Simon Barbarit
Le 24.02.2016 à 19:17
« La gauche progressiste, la gauche réformiste, c’est nous », Martine Aubry persiste et signe
© AFP

Suite à sa tribune qui sonne comme un réquisitoire violent à l’égard de la politique menée par le tandem Valls-Hollande, Martine Aubry s'est de nouveau exprimée ce soir. C’est officiel, la guerre des gauches aura bien lieu.

Martine Aubry l’avait pourtant pressenti en 2011. En pleine campagne de la primaire PS et interrogée sur les propositions de François Hollande, la maire de Lille avait alors paraphrasé sa grand-mère estimant que « quand c’est flou c’est qu’il y a un loup ». Elle avait également estimé que son adversaire employait « des mots de droite ». 5 ans plus tard, « trop c’est trop » pour l’ancienne Première secrétaire du PS. Dans sa tribune publiée dans le journal Le Monde cosignée par 18 personnalités dont l’ancien ministre Benoît Hamon, les écologistes Daniel Cohn-Bendit et Yannick Jadot ou encore le sociologue Michel Wieviorka, le tandem exécutif Hollande-Valls est accusé de préparer « un affaiblissement durable de la France ».  Ce soir la maire de Lille a confirmé ses critiques.  « La gauche progressiste, la gauche réformiste, c’est nous » a-t-elle martelé avant de lancer devant les micros rassemblés : Qu'on ne me dise pas que la déchéance de nationalité, qu'on ne me dise pas que la loi El Khomri, qu'on ne me dise pas qu'aller tacler Mme Merkel, c'est de gauche, ce n'est pas vrai ».

La tribune en forme de réquisitoire du quinquennat Hollande

S’il est « des vérités désagréables à dire », les auteurs ne se privent pas de tirer un bilan catastrophique du quinquennat, dont le péché originel remonterait en janvier 2014. Le 14 plus précisément, jour de conférence de presse d’un Président Hollande assumant officiellement une ligne sociale libérale avec le fameux pacte de responsabilité : « un marché de dupes (…) un million d’emplois promis, quelques dizaines de milliers tout au plus effectivement créés » (…) 41 milliards d’euros mobilisés pour rien » accablent les auteurs.

Puis arrive « l’hiver 2015 » et « une regrettable accélération du temps » qui sonne vraisemblablement le glas des espoirs des signataires: « le désolant débat sur la déchéance de nationalité » (…) « une fêlure pour la gauche et d’ailleurs aussi pour certains démocrates ». Les auteurs s’en prennent alors frontalement à Manuel Valls et  à son « indécent discours de Munich, à propos des réfugiés ». La semaine dernière, en effet,  il avait indiqué ne pas être favorable à la mise en œuvre d'un mécanisme permanent de répartition des réfugiés dans l'Union européenne comme le propose la chancelière allemande. « Non, Angela Merkel n’est pas naïve, Monsieur le Premier ministre (…) non elle n’a pas mis en danger l’Europe, elle l’a sauvé » lui rétorque les auteurs de la tribune, avant d’attaquer dans une long réquisitoire « l’avant projet de loi dit El Khomri ». « Qui peut faire croire qu’augmenter le temps de travail va diminuer le chômage ? Moins de pouvoir d’achat pour les salariés, moins d’embauche pour les chômeurs en cas de surcroît d’activité, est-ce bien cela que l’on veut dans un pays de plus de 3,5 millions de chômeurs et dont les entreprises souffrent de carnets de commandes trop peu remplis ? » Apostrophent-ils dans la dernière partie du texte à l’intitulé lourd de sens « Pas nous, pas la gauche ! ».

Il y a dans cette gauche, une fracture…

Les réactions n’ont pas tardé au sein de ce qu’il est désormais coutume d’appeler « la gauche de gouvernement ». Opposée à « une certaine gauche » à « tendance parfois suicidaire » comme l’avait décrit sur ITELE, le Secrétaire d’Etat aux relations avec le Parlement, Jean-Marie Le Guen, quelques minutes avant la publication de la tribune. « Quand on est dans un camp, c'est la moindre des choses de combattre le camp d'en face et pas le sien », a lancé quant-à lui le ministre de l’Economie, Michel Sapin tout en appelant à « éviter les postures ». L’ancienne ministre socialiste au Commerce extérieur, Nicole Bricq s’est dite « indignée ». « C’est une charge terrible et injuste contre Valls et Hollande notamment par des socialistes dont certains ont fait partie du gouvernement. Benoît Hamon signe cette tribune qui fustige par exemple le pacte de compétitivité. Je me rappelle pourtant l’avoir vu lors de cette conférence de presse de janvier 2014 et sur le banc des ministres. Comment voulez-vous que les Français reçoivent ça ? Il faut vraiment nous prendre pour des idiots pour ne pas y voir une manœuvre politicienne et de vieilles rancœurs, en particulier contre Manuel Valls. assure-elle. Pour Gilles Pargneaux député européen PS, proche de Martine Aubry et cosignataire de la tribune, l’objectif de ce texte c’est aussi de faire ce que l’exécutif ne fait pas : « rassembler la gauche ». « Martine Aubry a souhaité que ce ne soient pas uniquement ses proches qui signent cette tribune, mais aussi des écologistes et des personnes de la société civile. L’idée germait depuis longtemps, mais suite au dernier remaniement, on a eu le sentiment qu’il fallait s’exprimer ». Sur le plateau de Sénat 360 (voir la vidéo ci-dessous) le généticien Axel Kahn, également cosignataire renvoie  la responsabilité de la division au gouvernement. « Il y a quelques temps le Premier ministre s’est mis en colère contre la dureté de certaines attaques dont il était victime en disant : ces gens là ne sont pas de mon camp. Or François Hollande a été élu y compris avec ces gens qui d’après Manuel Valls ne sont pas de son camp(…) j’en ai pris bonne note en disant que je ne suis pas dans le camp de Monsieur le Premier ministre Manuel Valls ».

L’urgence de 2017

L’appel à « sortir de l’impasse » est forcement dicté par une l’échéance électorale majeure de la présidentielle 2017, dont pour le moment aucun institut de sondages ne voit François Hollande passer le premier tour. « On justifie la politique menée par Valls et Macron en expliquant que c’est ce que les Français attendent, sauf que lorsque arrivent les élections, on l’a vu, les Français votent à droite » résume Gilles Pargneaux. « C’est baisser les bras, ne pas accepter la bataille. Si on les écoute nous n’avons plus qu’à laisser la place à la droite. Cette tribune agit comme un travail de sape. Ces gens là n’ont aucune mémoire. C’est toujours ce vieux procès fait à la gauche au pouvoir. Mais il n’y a pas d’un côté les chevaliers du socialisme et de l’autre les traîtres munichois » riposte Nicole Bricq. Le sénateur socialiste de la Nièvre, Gaëtan Gorce ne souhaite pas non plus que son parti s’enferme « dans ce débat entre modernisateurs et tenants de la vraie gauche ». « Le gouvernement récolte se qu’il sème néanmoins Martine Aubry aurait pu faire le choix de cette clarification lors du dernier congrès du PS ».

Qui dit élection présidentielle, dit incarnation, si ce n’est du pouvoir au moins d’une candidature crédible. Ce texte signe-t-il un retour de Martine Aubry au premier plan ? « C’est une femme d’Etat et tout en étant discrète ces dernières années, elle reste néanmoins en haut de l’affiche » assure Gilles Pargneaux. «Pour cela, il va falloir que Martine Aubry s’adresse aux très nombreux Français qui ne se reconnaissent ni à gauche, ni à droite et sortir de ce débat interne au PS » modère Gaëtan Gorce. Peut être commencera-t-elle à le faire demain soir à Lille. Elle a en effet confirmé qu’elle se rendrait à une rencontre publique organisée par les initiateurs d’une primaire des gauches et des écologistes. L’un de ses proches, François Lamy, a pour le moment dévoilé qu’elle s’y rendait pour « saluer les participants et « pas spécialement pour prendre la parole ». Tout est dans le « spécialement »…