Grâce au numérique, les PME seraient « un véritable vivier de croissance »

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Thomas Leroy
Le 30.03.2012 à 17:39
Grâce au numérique, les PME seraient « un véritable vivier de croissance »

Le Sénat accueillait aujourd’hui un colloque sur le thème du numérique. Pour Guy Mamou-Mani, président de l’organisation patronale Syntec Numérique, cette économie va permettre de créer entre 50 000 et 100 000 emplois par an et beaucoup plus si les pouvoirs politiques décidaient de s’engager dans cette voie. Entretien.

Que représente l’économie numérique ?
Cela fait référence aux métiers liés au numérique. Elle concerne les logiciels, les services, le conseil en technologie mais aussi ce qui tourne autour des télécoms et du monde du web en général. Cela représente 1,5 million d’emplois en France, dont 750 000 ont été créés dans les 15 dernières années. En 2011, l’économie numérique affichait un chiffre d’affaire de 50 milliards d’euros uniquement pour les logiciels et les services.

Quels sont les enjeux pour la France ?
On parle beaucoup de ré-industrialisation pendant la campagne électorale mais personne n’a émis l’idée que le numérique était justement l’outil  de ré-industrialisation intelligent dans un environnement de compétitivité et d’innovation. D’ailleurs des pays comme le Canada ont réduit massivement leur dette grâce au numérique. D’autres, comme Israël ou l’Estonie, sont déjà très en avance. A l’heure actuelle, nos prévisions affichent une création de 50 000 à 100 000 emplois par an pour la France.
 Autre point, la modernité de l’État. L’enjeu est d’offrir de plus en plus de services aux citoyens tout en ayant de moins en moins de moyens financiers. Le numérique est l’exemple même d’une solution pour réconcilier ce paradoxe. Dans le monde de la santé, par exemple, nous avons réalisé une étude qui démontre que l’utilisation de la télémédecine sur quelques maladies peut faire économiser 2 milliards d’euros à la Sécurité sociale chaque année. Alors imaginez sur l’ensemble des sujets qui concernent la santé, l’éducation ou la ville.

La France est-elle en retard ?
Oui. Pour donner un exemple, il y a aujourd’hui en France 50% des PME qui n’ont pas de sites web ! Nous devons êtres dans les derniers au niveau européen.  Il faut les inciter à développer des outils numériques. C’est pour cela que nous proposons un crédit-impôt numérique. Les PME représentent un véritable vivier de croissance si nous les aidons à se transformer.

Quelles propositions concrètes peut-on mettre en place ?
Il faut avoir un regard numérique sur tous les enjeux de la France. Pour cela, nous avons fait une série de 10 propositions pour les candidats à la Présidentielle comme le crédit-impôt ou les services numériques à domiciles.
Mais le point le plus important est la formation. Nous avons des millions de chômeurs mais l’industrie numérique ne trouve pas les ressources nécessaires. C’est un comble ! Ce que nous proposons, c’est de créer une véritable filière de formation numérique. François Hollande avait proposé le bac numérique (avant de se rétracter, NDRL).  C’est un  point intéressant. D’ailleurs, nous avons obtenu pour la rentrée  2012, une option « Numérique » au bac. C’est une avancée mais l’effort doit être beaucoup plus important à toutes les étapes, du collège à l’université. Vous avez certaines écoles d’ingénieurs spécialisées dont 100% des élèves sont recrutés avant la fin de leur cursus. Pourquoi ne pas multiplier ces écoles ?

Les candidats à la Présidentielle ont-ils réellement pris conscience de cette nouvelle économie ?
Pas un seul ! Ils  n’ont pas compris l’enjeu de transversalité du numérique. Il y a une difficulté d’appréhension et une véritable réticence sur ces sujets probablement parce qu’ils n’ont pas été élevés dans le monde des technologies et d’internet. En termes de campagne électorale, c’est plus facile de parler d’autres sujets que de s’approprier celui là. Et pourtant, quand on voit que la première préoccupation des français c’est l’emploi, le chômage, l’économie et la croissance, il est vraiment regrettable qu’ils ne s’approprient pas un sujet qui est le moteur même de la croissance d’un pays.
En France, que ce soit chez les hommes politiques ou dans le consensus national, on associe le numérique à la suppression d’emploi. C’est une grave erreur car cela bloque le progrès. La numérisation va certes supprimer un certain nombre d’emplois mais va permettre à toutes ces entreprises de gagner en productivité et en efficacité et ainsi de créer encore plus d’emplois. Cette question s’était déjà posée au XIXe siècle avec la Révolution industrielle qui a supprimé de nombreux emplois mais en a aussi créé de nouveaux. On a sauvé le pays grâce aux innovations comme l’électricité et les communications. Aujourd’hui, cette nouvelle révolution, c’est celle du numérique.