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Grippe A : Roselyne Bachelot tente de se justifier devant les sénateurs

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Audrey Pelé
Le 02.03.2010 à 00:00 - Mise à jour 01.01.1970 à 01:33

94 millions de doses de vaccins commandées en France pour un montant d’environ 700 millions d’euros. Mais seulement 5, 6 millions de français vaccinés. La pandémie grippale H1/N1 a-t-elle été surestimée en France et au profit de qui ? Quel est l’influence des laboratoires pharmaceutiques sur les experts sanitaires chargés de conseiller les politiques ?

C’est pour répondre à ces questions concernant la gestion de la crise que Roselyne Bachelot était auditionnée cette après-midi par la commission d’enquête du Sénat. Son président François Autain (parti de gauche) et son rapporteur Alain Milon (UMP) dénoncent  une « surévaluation des risques » par le gouvernement de cette épidémie.

« Je jure de dire la vérité, toute la vérité ». Debout. Main levée, c’est par ces mots de Roselyne Bachelot que l’audition commence. Ambiance solennelle dans la salle Clémenceau où la ministre fait face aux membres de la commission d'enquête sénatoriale. Dans son discours d’introduction aux allures de plaidoirie, la ministre de la Santé assure vouloir « la transparence » dans sa politique de gestion du risque.

Pourtant dès la première question du président de la commission sur les éventuels liens entre les membres de son cabinet et les firmes pharmaceutiques Roselyne Bachelot esquive:

« Je vous ferai porter la réponse par écrit. Je n’en sais rien. Je dois radiographier les CV des membres de mon cabinet. »

Interrogée sur les liens supposés entre les 21 membres du comité technique de vaccination (comité qui conseille le ministère de la Santé) et les firmes pharmaceutiques, Roselyne Bachelot répond : « Ce n’est pas parce qu’un expert a travaillé pour un laboratoire que son expertise n’est pas valable. L’expertise est transparente car elle est rendue de façon collégiale. Dans un Etat démocratique c’est une chance de pouvoir s’appuyer sur  une expertise.»

Après le passage de la grippe au niveau 6 en Juin par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la ministre de la Santé a tenté de justifier l’achat en grand nombre de vaccins pour faire face à la pandémie : « Nous ne savions pas comment allait évoluer la grippe. Des experts se sont alors exprimés et les avis ont divergé sur la gestion de la crise. Nous avons alors retenu le principe d’une vaccination séquentielle en vaccinant les personnes prioritaires. »

Roselyne Bachelot, parfois perdue dans ses notes, prend de grandes respirations et un air détendu pour répondre aux questions de son auditoire. Pour justifier les 94 millions de doses commandées, la ministre de la Santé souligne que les laboratoires étaient « en position de force » et demandaient « des commandes fermes », « les quantités obtenues au début étant proportionnelles aux quantités commandées ».

Dans une ambiance de tribunal, François Autain a pointé du doigt l’organisation tardive de la campagne de vaccination qui selon lui « a entamé la crédibilité de la parole publique » de la ministre.

A quoi Roselyne Bachelot répond : « La parole est à la défense. Moi je suis dans une démarche éthique. Je suis fière d’avoir proposé une vaccination à l’ensemble de la population. »

Questionnée sur le coût global de la campagne, la ministre de la Santé botte en touche :

« J’ai fais le choix de protéger d’abord la santé de mes concitoyens plutôt que d’envisager le seul coût financier. Je l’assume. »

Et la facture sera lourde. Roselyne Bachelot a fait le point sur les négociations en cours avec les laboratoires suite à l'annulation de commandes de 50 millions de vaccins. Même si un contrat d'indemnisation a été signé avec Novartis, d'un montant de 16% du contrat initial, les négociations « continuent » avec les autres laboratoires, GSK et Sanofi-Pasteur. 48 millions d'indemnités seraient versées aux trois laboratoires mais ce chiffre reste encore « estimatif » selon la ministre de la Santé qui précise attendre « la signature des deux derniers contrats de résiliation ».