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Groupe écolo, cherche sénateur (urgent), cause : risque de disparition

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François Vignal
Le 16.02.2016 à 18:49

Après l’entrée de Jean-Vincent Placé au gouvernement, le groupe écolo du Sénat risque de disparaître. Il lui reste un mois pour trouver un sénateur prêt à le rejoindre pour le sauver. Jean-Vincent Placé est à l’œuvre pour aider ses anciens collègues. Mais le groupe PS ne serait pas prêt à les aider, ni les élus des DOM-TOM qui ne sont pas « achetables ».

Le groupe écologiste du Sénat n’a décidément pas une vie simple. Après une crise à l’automne dernier (lire notre article sur le sujet), en raison du départ de Jean-Vincent Placé d’Europe Ecologie-Les Verts, le groupe est à nouveau menacé de disparition. C’est la nomination au gouvernement de l’ancien co-président du groupe qui en est la cause : les sénateurs écolos ne sont plus que neuf. Or il faut être dix pour se constituer en groupe. Et Bernard Vera, suivant sur la liste de l’Essonne sur laquelle a été élu Jean-Vincent Placé, est communiste.

Temps de parole et moyens financiers

L’enjeu est de taille. Un groupe donne droit à du temps de parole lors des discussions dans l’hémicycle, la possibilité de poser des questions lors des questions d’actualité au gouvernement et des moyens financier accordés à chaque groupe politique en fonction de sa taille. Concrètement, ce sont des collaborateurs, des bureaux, des moyens de fonctionnement.

Sur le papier, la solution est simple : il suffit de trouver un sénateur prêt à rejoindre le groupe. Dans la réalité, c’est plus compliqué. Mais les écologistes veulent y croire. « Il faudra être 10 pour avoir un groupe et je suis convaincu qu’on pourra être 10 » affirme le sénateur EELV Joël Labbé, optimiste (voir en second dans la vidéo). Mais il pose une condition : « Ça suppose qu’on trouve un sénateur ou une sénatrice ayant la fibre écologique. Et il y en a qui ne sont pas dans le groupe actuellement ». « On a un mois pour résoudre le problème qu’a posé le départ au gouvernement de Jean-Vincent Placé, (…) un mois pour trouver une solution. On y travaille » explique à Public Sénat Corinne Bouchoux, qui était co-présidente avec Jean-Vincent Placé, avant de s’enfermer en réunion avec ses collègues (voir la vidéo).

Réunion des neuf sénateurs… avec Jean-Vincent Placé

Les neuf derniers représentants de cette espèce menacée d’extinction au Sénat se sont retrouvés pour la traditionnelle réunion de groupe du mardi matin. Mais c’est à midi que les choses sérieuses ont commencé avec une autre réunion à huis clos cette fois, sans collaborateurs. Jean-Vincent Placé en personne fait alors son apparition. « La clef de tout ça, c’est encore Jean-Vincent. C’est lui qui a créé le groupe et c’est lui qui le maintiendra ou le tuera. Il n’y a que lui qui est vraiment capable de trouver quelqu’un » pense un connaisseur du groupe. Plus d’une heure trente de conclave plus tard, pas d’annonce. Le nouveau secrétaire d’Etat chargé de la Réforme de l'Etat et de la Simplification ne fait pas de commentaire. « Pour le moment, on est neuf » lâche juste le sénateur EELV Jean Desessard.

L’une des options sur la table serait le transfert d’un sénateur des DOM-TOM apparenté au groupe PS. Cette piste était déjà évoquée cet automne en cas de départ de la sénatrice Esther Benbassa ou d’autres sénateurs EELV. Mais un sénateur pressenti aurait décliné. « Ils ont essayé mais ça ne marche pas. Il n’a pas voulu » explique-t-on. Le sénateur de Guyane Antoine Karam aurait été approché. D’autres pistes seraient à l’étude. Mais l’image détériorée du groupe et des écologistes en général n’arrangerait rien à l’affaire. « Ça m’étonnerait qu’un camarade des Antilles franchisse le pas. On est apparenté PS et on s’y sent bien. On ne voudrait pas qu’on pense que les élus d’Outre Mer sont achetables. On a des valeurs » prévient Georges Patient, sénateur app. PS de Guyane.

Aider le groupe écolo ? « C’est niet » prévient un sénateur PS

Le groupe socialiste pourrait décider d’aider les écologistes. Mais cela ne semble pas en prendre la voie. « C’est niet » selon un sénateur PS membre du bureau du groupe. « C’est fini le mercato » plaisante un autre socialiste. La question a été évoquée ce matin en réunion de groupe. Si Matignon ou l’Elysée décidaient de donner un coup de main, la question se résoudrait plus facilement. Mais rien n’est moins sûr. « Rien n’est décidé » selon un ministre. Le malheur du groupe écologiste est qu’il n’est pas indispensable pour François Hollande.

Pire, Esther Benbassa accuse le chef de l’Etat de vouloir nuire aux écologistes. C’est l’accusation que porte Europe Ecologie-Les Verts depuis le remaniement (lire notre interview du nouveau numéro 1 d’EELV, David Cormand). « Si on suit le fil de la manœuvre (de François Hollande), il voudra casser le groupe. Il est allé quand même jusqu’à une forme de perversité en mettant Emmanuelle Cosse au ministère du Logement. C’était madame Duflot qui y était. Si la perversité est en marche, il va aller jusqu’à casser le groupe. Là on est dans la tactique politique. (…) C’est l’exemple même de la politique non-éthique qui fait que le peuple nous déteste. Ce sont des petites manœuvres, des petites postures : casser les uns, casser les autres. François Hollande n’a aucun intérêt à casser la gauche » souligne la sénatrice EELV, proche de Cécile Duflot. Regardez la vidéo :

C’est l’une des rares à ne pas partager l’optimisme de ses collègues sur l’avenir du groupe. « On va voir ce qu’on peut faire mais je suis sassez pessimiste. (…) Notre groupe peut disparaître » explique Esther Benbassa. Dans une chronique publiée hier sur le Huffington post, elle affirme que le groupe est « virtuellement mort ». Certains s’étonnent de ses prises de positions.

« Beaucoup n’ont aucune envie d’aller siéger aux côtés de Rachline et Ravier »

Le groupe, qui n’est plus tout à fait vert mais de plus en plus arc-en-ciel, risque de prendre des allures de groupe technique en accueillant un nouveau sénateur. Avant le départ de Placé, il ne comptait plus, selon le décompte d’Esther Benbassa dans sa chronique, que six EELV, face à deux UDE (le parti créé par Jean-Vincent Placé) et un non encarté. Leila Aïchi a aussi quitté EELV pour rejoindre Valérie Pécresse lors des régionales.

Le groupe a encore un argument sérieux à mettre dans la corbeille de la mariée : du temps de parole. Plus facile en effet de s’exprimer ou de poser une question lors des QAG dans un groupe à 10 que dans un groupe avec plus de 100 sénateurs. Et « tout le monde a intérêt au Sénat à ce qu’il y ait un groupe écolo » croit une sénatrice du groupe. Un gage de diversité. Reste qu’en cas de disparition du groupe, les sénateurs écolos, éparpillés dans la nature, n’auraient d’autres choix que de rejoindre un autre groupe ou de siéger du côté des non-inscrits. Soit avec les deux sénateurs Front national… Et comme le souligne un collaborateur, « beaucoup n’ont aucune envie d’aller siéger aux côtés de Rachline et Ravier ».