Hippodrome de Compiègne : Corinne Lepage pense qu’« Eric Woerth va avoir des problèmes avec ses anciens amis »

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Laurent Berbon
Le 13.01.2011 à 18:53
Hippodrome de Compiègne : Corinne Lepage pense qu’« Eric Woerth va avoir des problèmes avec ses anciens amis »
© AFP
Ça se complique pour Eric Woerth. La commission des requêtes de la Cour de justice de la République a décidé jeudi d’ouvrir une enquête sur l’ex ministre du Travail dans l’affaire de la vente de l’hippodrome de Compiègne. A l’origine de cette procédure, la présidente de Cap21, Corinne Lepage, voit ainsi sa démarche « confortée ».

Vous aviez écrit en août dernier au procureur Nadal pour lui demander de saisir la Cour de justice de la République (CJR). Vous félicitez-vous de la décision de la commission des requêtes de la CJR d’ouvrir une enquête contre Eric Woerth ?
Je ne vais pas vous dire que je vais pleurer. Je trouve que c’est bien quand on a des magistrats indépendants. Je suis satisfaite que la justice fonctionne. A titre personnel, ça conforte ma démarche juridique et politique. Ça ne prouve pas qu’il soit coupable, comme tout un chacun, Eric Woerth bénéficie de la présomption d’innocence.  Mais ça prouve a minima que les magistrats de la Cour de cassation considèrent qu’il y a un problème assez sérieux.

La commission a retenu le chef de prise illégale d’intérêts mais pas celui de délit de favoritisme. Quelle différence cela fait-il ?
Le délit de favoritisme consiste à favoriser un candidat plus qu’un autre dans le cadre de marchés publics. En l’espèce, il n’y a pas eu d’appel à la concurrence, ce qui pose tout de même un problème. La commission a préféré retenir la prise illégale d’intérêt, qui est plus grave puisqu’il s’agit d’un favoritisme destiné à se favoriser aussi soi-même.

Récemment, Eric Woerth s’est déchargé de sa responsabilité assurant que c’est Matignon qui a tranché sur la vente de l’hippodrome de Compiègne. Quel crédit apportez-vous à ses explications ?
Je ne suis pas sûre que ça lui ait vraiment servi. Cependant, je suis quelqu’un de sérieux, je n’ai pas les pièces, je ne sais pas ce qui s’est dit. De ce que j’ai compris et de ce que je connais de la pratique ministérielle, il semble qu’il s’agissait d’une réunion informelle au cours de laquelle la question n’a pas été tranchée et il n’y aurait pas eu de Bleu de Matignon, donc il n’y a pas eu de décision.

A l’époque, vous aviez fait part à Eric Woerth de votre « compassion »…
Oui, parce que pour lui ce n’est pas drôle, je le conçois tout à fait. Mais le monde politique est dur, très dur. Aujourd’hui, je pense surtout qu’il va avoir des problèmes avec ses anciens amis. Je crains pour lui que ce soit un peu le désert. On a pu dire de mon modeste courrier que ça ne tenait pas la route. Mais avec ces deux décisions successives, ce type d’argument ne tient plus la route une seconde.

On dit que l’instruction pourrait aboutir dans quelques années seulement…
Logiquement, si la commission fait son travail correctement, ça ne devrait pas prendre un temps fantastique.

Croyez-vous que la Cour de justice de la République, au regard de sa composition, soit à même de rendre la justice correctement dans cette affaire ?
C’est une question à deux niveaux. Etait-ce une bonne chose de saisir la Cour de justice de la République ? C’était incontournable. Le seul juge d’instruction qui existe pour un ministre c’est la Cour de justice de la République. Ensuite, se pose la question de savoir s’il est bien d’avoir une juridiction de ce genre. Certainement pas. Je fais partie de ceux qui pensent qu’il faut changer la Constitution.  Dans l’hypothèse où l’on viendrait à mettre en place des jurés populaires, c’est à cet endroit qu’il en faudrait.

Qu’est-ce qui vous a poussé à vous impliquer dans ce dossier en particulier et à écrire au procureur Nadal ?
C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Le travail d’un politique n’est pas d’être dans le pleurnichement de ce qui ne va pas. A l’époque, dans le dossier Bettencourt, le système était bloqué, il ne se passait rien. Ce qui m’a choqué, c’est qu’on était face à un système où aucun juge d’instruction ne pouvait travailler. J’ai une autre idée de la démocratie et de la justice française. En tant que juriste, j’ai regardé la Constitution et la seule personne en mesure de débloquer cette situation en saisissant la CJR était le juge Nadal.