Hollande engage une réflexion sur la fin de vie et les soins palliatifs

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AFP
Le 17.07.2012 à 16:28
Hollande engage une réflexion sur la fin de vie et les soins palliatifs
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François Hollande a chargé mardi le professeur Didier Sicard d'une mission sur la fin de vie pour « les cas exceptionnels », conformément à ses engagements de campagne, ce qui a suscité des inquiétudes chez les partisans de l'euthanasie, peu confiants sur les résultats d'une telle mission.

En se rendant mardi à la maison médicale Notre-Dame-du-Lac, à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine), où il a visité des malades en soins palliatifs en compagnie des ministres Marisol Touraine (Affaires sociales), et Michèle Delaunay (déléguée aux Personnes âgées et à l'autonomie), le chef de l'Etat s'est exprimé en termes soigneusement pesés, tant le sujet de la fin de vie est sensible.

« La loi dite Leonetti autorise déjà, et c'est un grand progrès, toute personne malade à refuser un traitement dont elle estime qu'il est devenu déraisonnable et donne aux médecins le droit d'interrompre ou de ne pas entreprendre les traitements qu'il estime inutiles », a-t-il rappelé.

En avril 2005, le Parlement avait adopté un texte du docteur Jean Leonetti, député UMP, qui instaurait un droit « au laisser mourir », en permettant d'arrêter un traitement ou de refuser l'acharnement thérapeutique.

Ne « peut-on aller plus loin dans les cas exceptionnels où l'abstention thérapeutique ne suffit pas à soulager les patients aux prises avec une douleur irréversible et qui appelle un acte médical assumé au terme d'une décision partagée et réfléchie? », s'est interrogé M. Hollande.

« Poser cette question, c'est poser une perspective qui elle-même entraîne un débat », a-t-il affirmé. « J'entends et je respecte les consciences et les voix, venues notamment des autorités spirituelles, qui affirment ce principe essentiel, respectable, selon lequel tout instant de vie mérite d'être vécu », a ajouté M. Hollande, qui devait recevoir mardi après-midi Mgr André Vingt-Trois, archevêque de Paris et président de la Conférence des évêques de France.

Aux yeux du président, « le débat mérite d'être engagé » et « doit se faire dans l'apaisement ».

« A quel moment l'issue peut-elle être considérée comme fatale? » et sur « quels fondements se baser? C'est un débat qui doit être noble et digne », a-t-il soutenu.

Il a chargé un professeur de médecine, Didier Sicard, président d'honneur du comité national consultatif d'éthique, présent à Rueil-Malmaison, d'une mission sur ce sujet.

Le choix du Pr Sicard a été accueilli avec inquiétude par l'Association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD). Son président Jean-Luc Romero craint que cette mission, confiée à un « proche de la théologie morale catholique », ne devienne « une énième mission relative à la fin de vie qui esquivera le véritable enjeu ».

M. Hollande s'est efforcé ainsi de mettre en œuvre l'une de ses promesses de campagne, durant laquelle il avait proposé que « toute personne majeure en phase avancée ou terminale d'une maladie incurable, provoquant une souffrance physique ou psychique insupportable, et qui ne peut être apaisée, puisse demander dans des conditions précises et strictes à bénéficier d'une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité ».

La fin de vie avait été, pour la première fois, un sujet important de la campagne. Spécialistes et médecins avaient alors témoigné des difficultés d'appliquer la loi Leonetti, en raison du manque de structures et de personnel formé, ainsi que de la méconnaissance de la loi par les malades et leurs proches. Autant de problèmes soulevés à Rueil par le président, qui a promis d'œuvrer pour y remédier, notamment grâce à une formation adéquate à l'université.

Comme le candidat s'y était alors refusé car cela aurait « laissé penser qu'une forme de suicide serait acceptée », le président n'a pas, mardi, employé le mot d'« euthanasie ».

A un journaliste qui lui demandait si ce mot était toujours tabou, il a simplement répondu: « ce n'est pas le mot que j'ai employé ».