Hollande face à la demande d’un statut particulier pour la Corse

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François Vignal
Le 04.10.2013 à 18:36
François Hollande s’est rendu en Corse pour les 70 ans de la libération de l’île. Alors que les élus demandent un statut particulier en matière fiscale, foncière et pour la langue, le Président renvoie à la nécessaire obtention de la majorité des 3/5 au Congrès pour modifier la Constitution.


 

La Corse n’est pas un terrain facile pour les politiques. François Hollande s’y est essayé vendredi, pour son premier voyage sur l’Ile de Beauté depuis sont élection. But du déplacement : réparer un oubli historique pour les 70 ans de la libération de l’île de l’Allemagne nazie. La Corse a en effet été la première région de la France métropolitaine libérée par la résistance et les goumiers, ces soldats marocains venus se battre pour le pays. François Hollande a aussi insisté sur la volonté de l’Etat de soutenir le développement économique et l’emploi et la lutte contre la criminalité, toujours aussi forte sur l’île.

Mais la visite du chef de l’Etat intervient une semaine après un vote particulier de l’Assemblée de Corse. A la quasi unanimité des élus de gauche et de droite, indépendantistes ou non, l’assemblée a préconisé d’accorder une place spécifique à l’île dans la Constitution. Les élus demandent notamment un changement sur la fiscalité du patrimoine, avec le transfert des compétences en matière des droits de succession à l’Assemblée de Corse ; le foncier, en réservant la propriété aux habitants Corse et ceux qui y résident depuis longtemps ; et la langue, en autorisant la co-officalité de la langue corse et du français qui deviendraient les deux langues officielles de l'île. Autant de changements qui nécessitent une modification de la Constitution.

Hollande : « Rester dans le cadre de la République » 

Sur les demandes des élus corses, François Hollande a fait… du Hollande. Le chef de l’Etat s’est montré réservé, sans fermer la porte non plus. « Je demanderai au gouvernement de recevoir les élus de l’assemblée de Corse pour poursuivre cette réflexion », a-t-il expliqué dans un entretien à Corse Matin, tout a ajoutant que son « obligation » est « de rester dans le cadre de la République ». La rencontre devrait se faire d’ici un mois.

Le Président s’est ensuite montré un peu plus précis. Et un peu moins ouvert : « Ne préjugeons pas de l'issue car nous savons que pour modifier la Constitution, c'est très lourd et ce n'est pas toujours souhaité ». Interrogé sur la « co-officialité », François Hollande renvoie à un incontournable : « On ne change pas la Constitution simplement par la volonté du président de la République, ça suppose une majorité des 3/5e au Congrès. Ca doit se faire avec prudence et précaution et avant d'envisager cette voie, mieux vaut travailler sur tous les dispositifs qui existent déjà ou peuvent être améliorés ». Autrement dit, ce n’est pas gagné. Le Président a déjà renoncé à faire adopter le droit de vote des étrangers aux élections locales faute de majorité au Congrès.

Réagissant à la venue du chef de l’Etat, le président PCF de l'Assemblée de Corse, Dominique Bucchini, se montre mesuré et se contente de paraphraser le Président (avant-dernier sonore dans la vidéo) : « A partir du moment où les élus corses ont su se réunir globalement, le gouvernement discutera avec les élus de l’Assemblée nationale de Corse pour voir comment on peut améliorer le statut ». Le député UMP Camille de Rocca Serra, ex-président de l’Assemblée de Corse, souligne « l’écoute attentive », mais regrette des « réponses qui ne sont pas à la hauteur » sur les droits de succession. « On ne peut pas accepter que la seule réponse soit le droit commun », ajoute-t-il (voir la vidéo, dernier sonore).

Talamoni veut « engager le dialogue avec les présidents de groupes parlementaires »

Pour Jean-Guy Talamoni, élu de Corsica Libera et l’une des figures du mouvement indépendantiste, les demandes des élus corses « ne sont pas un caprice. Aujourd’hui, nous sommes bloqués », explique l’élu à publicsenat.fr. Il défend l’idée de réserver le foncier aux Corses. « Il y a eu des augmentations vertigineuse de prix. Entre décembre 2010 et décembre 2011, ils ont augmenté de 25% en Haute-Corse. Les Corses n’arrivent plus à acheter de biens ou à en louer. Ils sont obligés de quitter l’île ». Et quand on lui fait remarquer que les prix ont fortement augmenté à Paris ou Nice, l’élu nationaliste répond : « Ça ne nous console pas de savoir que dans le Lubéron par exemple, il n’y a plus de personnes originaires du Lubéron. Ce n’est pas une raison de se laisser déposséder. D’une manière ou d’une autre, on va s’arranger pour ne pas se soumettre au diktat de l’argent et du marché ».

Jean-Guy Talamoni veut croire en la possibilité d’un changement de Constitution. « La majorité des 3/5 n’est pas hors de portée. Le groupe parlementaire UMP de l’Assemblée de Corse, qui a des difficultés à être uni, a eu un vote cohérent. Il leur appartient maintenant de convaincre leurs collègues parlementaires à Paris », demande-t-il. Il ajoute : « Ce ne sera pas seulement le travail des élus de droite. Il faut engager le dialogue avec le gouvernement, mais aussi avec les présidents de groupes à l’Assemblée nationale et au Sénat ».

« Pourquoi ne pas inscrire le Territoire de Belfort dans la Constitution ? » ironise Chevènement

Certains sont encore loin d’être convaincus, voire franchement hostiles à tout statut particulier pour l’île. Le sénateur MRC Jean-Pierre Chevènement fait partie de ceux-là. Dans un communiqué, il exprime son « effarement » après la demande de l’Assemblée de Corse.

« Soit il s'agit de faire passer des revendications inconstitutionnelles, telle la co-officialité du corse et du français pour couvrir une politique d'exclusion de l'emploi au détriment des continentaux, ou bien de geler le corps électoral à la mode calédonienne, ou bien encore de réserver l'appropriation du foncier aux autochtones, ou bien enfin de déléguer une compétence législative à la Corse », s’étonne le sénateur de Belfort.  Jean-Pierre Chevènement, qui avait quitté le gouvernement Jospin en 2000 suite à un désaccord sur le statut de la Corse, ironise : « Pourquoi ne pas inscrire le Territoire de Belfort dans la Constitution ? ».  Il ajoute : « Le référendum de 2003 a clairement écarté tout ce qui pouvait séparer le destin de la Corse de celui de la France ». Lors de ce referendum organisé par Nicolas Sarkozy, les Corses avait dit non à la fusion des deux conseils départementaux. De Justesse.