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Hollande : « J’ai décidé de ne pas être candidat à l’élection présidentielle »

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François Vignal
Le 01.12.2016 à 20:17

C’est un fait qui marquera l’histoire de la Ve République. Et un aveu d’échec. François Hollande, président en exercice, renonce « en lucidité » à se présenter à un second mandat. Sa décision laisse la voie libre à Manuel Valls pour tenter de rassembler la gauche de gouvernement.

Coût de théâtre historique. François Hollande se retire. Il n’est pas candidat. « J’ai décidé de ne pas être candidat à l’élection présidentielle, au renouvellement de mon mandat » a annoncé François Hollande jeudi soir à 20 heures, en direct de l’Elysée, avec gravité et même émotion. Quelques secondes pour tourner la page de près de cinq années de pouvoir. Une première dans l’histoire de la Ve République. Selon la logique institutionnelle, les Présidents sont à même de se représenter.

L’annonce de François Hollande est une surprise, tant les signes étaient nombreux depuis des mois sur une nouvelle candidature. Malgré les sondages catastrophiques, en dépit des pressions venues de son camp, son entourage et lui-même laissaient la porte ouverte, esquissait un avenir.

Manuel Valls a défié François Hollande

Son retrait laisse le champ libre à Manuel Valls. Le premier ministre a multiplié les signaux ces dernières semaines, au point de franchir la ligne jaune dimanche dernier, dans un entretien au JDD. Le premier ministre n’avait pas écarté l’idée de se présenter contre le Président, ouvrant la voie à une crise institutionnelle. Un déjeuner en tête à tête entre les deux hommes, lundi, a clos l’incident, juste un temps. En réalité, le premier ministre a cherché depuis des semaines, voire des mois, à mettre dehors le Président qui l’a nommé… Une entreprise lente et discrète. Cette situation exceptionnelle est à l’image de l’état de la gauche et des profondes divisions qui la traversent.

Le président de la République prend sa décision en appelant à l’unité. « Je le fais en prenant toutes ma responsabilité mais aussi en appelant à un sursaut collectif » aux « progressistes, qui doivent s’unir » a demandé François Hollande. « Le pouvoir et les rites du pouvoir ne m’ont jamais fait perdre la lucidité sur moi-même, ni sur la situation. Et aujourd’hui je suis conscient du risque que ferait courir une démarche, la mienne qui ne rassemblerait pas largement autour d’elle » a expliqué François Hollande. Un aveu d’échec. Regardez son annonce :

« Comme socialiste », il ne peut se résoudre « à la dispersion de la gauche, à son éclatement, car elle priverait de tout espoir de l’emporter face au conservatisme ». Il dénonce le projet de François Fillon. Il « met en cause notre modèle social » et pourrait « aggraver les inégalités ».

Baisse du chômage

Toute la première partie de son allocution pouvait pourtant laisser penser à une décision inverse. Le chef de l’Etat a d’abord dressé un bilan positif de son quinquennat : « Comptes publics assainis », « sécurité sociale à l’équilibre », modèle social « conforté », retraite à 60 ans pour les carrières longues, « lutte contre le réchauffement climatique » avec l’accord de Paris, mariage « ouvert à tous les couples, égalité entre hommes et femmes renforcée, lutte contre les discriminations amplifiée », « modernisation de la démocratie » avec réforme territoriale, « la fin du cumul des mandats », « la transparence » pour les parlementaires.

Il a rappelé son « engagement majeur », celui de « faire baisser le chômage ». Cette inversion de la courbe du chômage, il l’a obtenue, « même si le chômage reste à un niveau trop élevé ». Il continue avec « l’investissement » ou la réforme du code du travail, qu’il assume. Au niveau européen, il affirme avoir lutté contre l’austérité, « fait en sorte » que la Grèce reste en Europe. Une phrase étonnera, tant il a été critiqué sur ce point : « J’ai régulé la finance et le système bancaire ».

« J’ai un seul regret : c’est d’avoir proposé la déchéance de nationalité »

Il assume l’engagement des forces armées au Mali, en Irak, en Syrie « pour défendre nos valeurs, et combattre le terrorisme islamique, qui nous a frappé ». L’arsenal pénal a été « durci sans remettre en cause nos libertés » estime-t-il. Mais François Hollande ne reconnaît « qu’un seul regret : c’est d’avoir proposé la déchéance de nationalité car (il) pensait qu’elle pouvait nous unir, alors qu’elle nous a divisés ». Regardez :

François Hollande fait le constat dans son propre empêchement

« Voilà ce qu’j’ai fait, ce que j’assume devant vous » dit François Hollande dans ce qui ressemble à son testament politique. Il y trouve des « avancées » tout en « reconnaissant certaines erreurs ». François Hollande peut espérer que son bilan, largement critiqué à gauche, sera réévalué, surtout si la droite l’emporte en 2017. Jusqu’à mai, jusqu’à la fin de son mandat, il assurera l’exercice de l’Etat. Mais ce soir, François Hollande a fait le constat dans son propre empêchement. Fin stratège politique, il a réalisé que les solutions jouables étaient trop minces, voire nulles. Il a dû se résoudre à constater la réalité. En toute « lucidité ».