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Hubert Falco : «A un an de la présidentielle, il est temps de changer d’optique»

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François Vignal
Le 23.03.2011 à 19:50

« Chasser sur les terres du FN n’est jamais une bonne chose. On les remet dans le jeu médiatique avec ces débats » sur l’Islam, affirme l’ex-secrétaire d'État UMP à la Défense et aux Anciens combattants. Il souhaite que son parti retrouve son « éthique » et « redescende sur terre. C’est un appel que je lance ». Favorable au front républicain, le sénateur-maire de Toulon dénonce la « cacophonie » de la majorité. Entretien.

La question du Front républicain pour le second tour des cantonales divise la majorité. Y êtes-vous favorable ?
Il y a de la cacophonie qui une fois de plus ne nous aide pas sur le terrain. Les choses sont claires. Quand on fait de la politique, on doit avoir une éthique et des valeurs. Et les miennes sont républicaines. Chaque fois qu’il y a un candidat du FN contre un candidat républicain, j’appellerai toujours à voter pour le candidat républicain, qu’il soit de gauche ou de droite.

Dans le Var, ça ne se passe pas trop mal. On est toujours à contrecourant du national. La gauche progresse dans toute la France. Cette progression est limitée dans les cantons de Toulon. Elle va perdre peut-être quatre cantons dans le Var. On est en duel dans la grande majorité avec le FN. Par exemple à Toulon, où le FN a dirigé cette ville pendant 6 ans, nous sommes à 44% et le FN à 27%.

Vous approuvez donc la position de François Fillon, qui a appelé à « voter contre le Front national » en cas de duel FN/PS aux cantonales ?
Bien sûr j’approuve la position du premier ministre et je suis sur la position de Jean-Louis Borloo. Le mot barrage ne me plait pas. Je dirais qu’il faut s’opposer au FN.

Après les résultats difficiles pour l’UMP au premier tour des cantonales, Nicolas Sarkozy doit-il en tenir compte dans l’orientation de sa politique d’ici la fin du quinquennat ?
Ce que je dis – et je l’ai dit au Président quand j’étais au gouvernement –  c’est qu’on doit tenir compte des territoires, de ce qui s’y passe. La politique ne se fait pas qu’autour de Paris. Les territoires, c’est très important. Quand on voit les projections, qu’on a perdu la plupart des territoires, des grandes villes, des départements, qu’on n’a plus de régions, on ne peut gagner l’élection comme ça. Si on se coupe des territoires, on se coupe d’une grande partie des concitoyens. Si on ne se retroussait pas les manches, si on n’avait pas mené campagne, vous croyez qu’on gagnerait tous les cantons comme on va gagner dimanche soir ?

Etes-vous inquiet pour 2012 ?
Bien sûr je suis inquiet. Je suis réaliste. Je ne sais pas si on a pris la mesure de ce qui se passe sur le terrain. Moi je ne suis pas pour que Nicolas Sarkozy fasse face à des déconvenues. Je suis pour Nicolas Sarkozy, c’est clair. Je suis de ceux qui pensent qu’il est le seul à pouvoir nous faire gagner. Mais il est temps de changer d’optique. On est encore à un an de la présidentielle. Il faut tenir compte de ce qui se passe sur le terrain, s’entourer de femmes et d’hommes qui connaissent le terrain et savent ce qu’une élection veut dire. C’est à ce prix qu’on gagnera 2012. Rien n’est perdu.

Des élus UMP ont le sentiment que leur parti court derrière le Front national, notamment avec le débat sur la laïcité et l’Islam. Est-ce aussi votre sentiment ?
J’ai le sentiment, pour être sur le terrain depuis un mois, que nos concitoyens n’attendent pas de grands débats nationaux mais des réponses à leurs problèmes : le pouvoir d’achat, l’emploi, la sécurité. On ne m’a jamais parlé du débat sur la laïcité ou l’Islam. Les gens souffrent. Ils attendent qu’on leur apporte des solutions aux problèmes quotidiens.

Ces débats ou les propos de Claude Guéant sur l’immigration font-ils monter le FN ?
Je n’ai pas trouvé que le débat sur l’identité nationale nous avait apporté beaucoup. Bien sûr, chasser sur les terres du FN n’est jamais une bonne chose. On les remet dans le jeu médiatique avec ces débats. Alors que sur le terrain, ils n’ont pas de programme, de projets. A Toulon, leur seul projet a été l’immobilisme. Attaquons-les là-dessus.

Souhaitez-vous une UMP qui soit plus humaniste ?
L’UMP doit retrouver ses propres valeurs, sa propre éthique. Que l’UMP redescende sur terre. C’est un appel que je lance à tous mes amis. Je n’ai pas envie de perdre mais de gagner les élections.

Pourriez-vous rejoindre Jean-Louis Borloo ?
Rejoindre Jean-Louis Borloo ? Ça fait 20 ans que je le connais. Il est mon ami, il est vice-président de l’UMP. J’ai été secrétaire d’Etat aux personnes âgées avec Borloo et à l’Aménagement du territoire sous sa tutelle. J’ai toujours été proche de ses idées. J’ai toujours apprécié l’homme humaniste, l’homme de terrain. Nous avons toujours eu de bonnes relations. Je ne le rejoins pas, je ne l’ai jamais quitté. Il n’est pas question que j’adhère au Parti radical. Je peux rejoindre Jean-Louis Borloo tout en étant UMP. Aujourd’hui, il n’y à rien de choquant que je puisse rejoindre le vice-président de l’UMP, il l’est toujours. Trop de gens en politique, trop de gens qui nous dirigent n’ont jamais vu d’électeurs. Ce n’est pas son cas.

Faut-il un candidat du centre en 2012 ? Cela peut-il être utile tactiquement à Nicolas Sarkozy ?
Je ne suis pas dans la tactique politique. Moi ma tactique, c’est de donner des réponses. Il est prématuré aujourd’hui de parler tactique. Je ne pense pas que Jean-Louis Borloo ait dans l’esprit de faire perdre Nicolas Sarkozy. Il a dans l’esprit de le faire gagner.

Cela peut-il l’amener à se présenter à la présidentielle ?
On verra.