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«Il faut un très grand remaniement pour créer un choc, sinon ça relèvera de Gala»

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François Vignal
Le 09.02.2016 à 14:24
«Il faut un très grand remaniement pour créer un choc, sinon ça relèvera de Gala»
© AFP

François Hollande devrait remanier dans les prochains jours pour remplacer Laurent Fabius et la PRG Sylvia Pinel. L’incertitude est de mise. Les écologistes feront-ils leur retour et sous quelles conditions ? Ou ira Ségolène Royal ? Et quel avenir pour Manuel Valls ?

Le remaniement approche. Les signes ne trompent pas : l’exécutif a consulté la Haute autorité sur la transparence sur quelques noms afin de savoir s’ils sont en règle avec le fisc. L’affaire Thévenoud a laissé des traces. Et l’agenda de François Hollande et Manuel Valls a été modifié jeudi et vendredi. Car un remaniement ça se travaille, surtout au dernier moment. Le Président attend la fin des débats sur la réforme Constitutionnelle à l’Assemblée pour voir le rapport de forces final sur ce texte. L’examen devrait se terminer mercredi.  Le remaniement pourrait donc avoir lieu jeudi, vendredi ou lundi.

« Qui sait ce qui se passe dans la tête de François Hollande ? »

Comme avant chaque remaniement, c’est la valse des noms et des prétendants. Les vraies et fausses pistes apparaissent. Mais la décision revient au final au chef de l’Etat. Et comme dit un parlementaire PS, « qui sait ce qui se passe dans la tête de François Hollande ? ». Une seule chose semble à peu près sûre : le départ de Laurent Fabius du Quai d’Orsay pour le Conseil constitutionnel. C’est la cause du remaniement à venir, avec le départ de la PRG Sylvia Pinel, élue vice-présidente de la région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées.

L’équilibre politique de la majorité, où le PRG soutient davantage l’exécutif que les frondeurs du PS sur certains textes, veut qu’un radical de gauche la remplace. Le nom du président du PRG, Jean-Michel Baylet, revient avec insistance. Il rêve de la Défense, mais Le Drian fait l’unanimité au poste.

Pour remplacer Laurent Fabius, Ségolène Royal pourrait tenir la corde. Mais le franc parler de celle que certains appellent avec ironie « la vice-présidente » sera-t-il adéquat ? Ségolène Royal peut jouer l’électron libre et devrait savoir faire preuve de diplomatie. Le Parisien affirme ce mardi que Martine Aubry serait intéressée par le poste. Mais la maire de Lille a aussitôt démenti. Un départ de Stéphane Le Foll de l’Agriculture est parfois évoqué, alors que la crise dans le secteur continue. Le nom de Didier Guillaume, président du groupe PS du Sénat, est à nouveau cité pour le remplacer, mais il n’en serait rien.

Baupin, Cosse ou Dantec ?

Et les écologistes ? Après le refus de Nicolas Hulot d’entrer au gouvernement – il réfléchit de plus en plus à se lancer pour la présidentielle de 2017 – Europe Ecologie-Les Verts fera-t-il son retour au gouvernement ? L’intérêt de Hollande : élargir sa majorité dans la perspective de la présidentielle. Mais EELV est divisé sur la question. Quand le porte-parole Julien Bayou est contre, le député Denis Baupin, conjoint de la patronne du parti, Emmanuelle Cosse, ne serait pas opposé à un retour. On cite Emmanuelle Cosse elle-même. Ou pourquoi par le sénateur EELV Ronan Dantec, moins médiatique mais qui aurait le profil ? Il a accompagné le chef de l’Etat lors de son voyage en Inde. Reste à savoir sur quelle base EELV ferait son retour. « Il y a un an et demi, je disais il faut réfléchir. Aujourd’hui, je dis à quoi bon ? Il faudrait des gestes fort sur la fin de Notre-Dame-des-Landes, une réflexion plus intense sur l’énergie, l’EPR, affirmer clairement la fermeture de Fessenheim » souligne le sénateur EELV Jean Desessard, qui se définit du courant « réaliste » au sein du parti. Or le sénateur de Paris ne voit pas venir de signes encourageants.

Autre solution : faire entrer un ex-d’EELV, qui affiche son soutien au gouvernement. Ils sont trois sur les rangs : les députés François de Rugy et Barbara Pompili et bien sûr le sénateur Jean-Vincent Placé, qui n’a jamais caché ses envies de maroquin ministériel.

« Des ministres parlent sous couvert d’anonymat. C’est n’importe quoi »

Ce name dropping exaspère l’ancienne ministre Nicole Bricq, revenue au Sénat. « Beaucoup de gens parlent à tort et à travers. Des ministres parlent sous couvert d’anonymat. C’est n’importe quoi. C’est une décision qui n’appartient qu’au Président et au premier ministre » souligne la sénatrice PS, éphémère ministre de l’Ecologie, puis ministre du Commerce extérieur du gouvernement Ayrault. Elle fut évincée lors de l’arrivée de Manuel Valls à Matignon. « Le premier ministre m’avait appelé de manière très cordiale », se souvient-elle. Son conseil aux membres actuels du gouvernement : « Il faut travailler jusqu’au bout ».

Le sénateur PS François Patriat, qui défend la ligne Macron/Valls et regrette la disparition de la loi Macron II, craint qu’un remaniement semble éloigné des préoccupations majeures des Français et renvoie à des « calculs politiciens ». « Ou alors, il faut un très grand remaniement pour créer un choc. Sinon, ça relèvera de Gala… » Du « peoplelitique » en somme. « La seule chose qui compte, c’est le changement de ligne, pas de casting » confirme la sénatrice PS Marie-Noëlle Lienemann, responsable de l’aile gauche du parti et opposée à la ligne économique de l’exécutif.

« Le gouvernement n’est pas rétréci avec Manuel Valls »

Et si la surprise du chef Hollande c’était ça : un remaniement d’ampleur. Certains en tout cas, dans l’entourage du chef de l’Etat, y pensent, plaidant même pour un départ de Manuel Valls de Matignon. Un « petit club de hollandais historiques presse le Président de congédier » le premier ministre, écrit Le Parisien ce mardi. Manuel Valls rétrécirait la majorité de François Hollande et lui ferait plus de mal que de bien pour 2017, jouant au fond davantage sa carte. Le premier ministre se verrait aussi accusé d’avoir poussé le Président à proposer la déchéance de la nationalité lors de son discours du Congrès, proposition qui a divisé le PS et mis à mal la majorité.

Changer de premier ministre n’aurait pas de sens, selon le sénateur PS Luc Carvounas, proche de Manuel Valls. « On a un couple exécutif qui fonctionne bien dans un moment où il y a une menace terroriste. Je ne suis pas persuadé que ce soit le meilleur signal. Et pour mettre qui à la place ? » demande le nouveau vice-président de la métropole du Grand Paris. Il ajoute : « Le gouvernement n’est pas rétréci avec Manuel Valls. Il est conforme à la ligne politique mise en œuvre et définie par François Hollande en janvier 2014 » avec le pacte de responsabilité. Autrement dit, virer Valls serait pour Hollande se contredire lui-même. C’est toujours compliqué un remaniement.