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Injustices sociales de la carte scolaire : ce que proposent les sénateurs

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Florian Bourdier
Le 27.06.2012 à 17:04
Injustices sociales de la carte scolaire : ce que proposent les sénateurs
© Jérôme Rabier
Ce matin, la mission d’information sénatoriale sur la carte scolaire a rendu ses conclusions. En ressort un bilan très critique de l’assouplissement de la sectorisation mise en place sous Nicolas Sarkozy : « une école à deux vitesses » selon Françoise Cartron, sénatrice socialiste, rapporteure de la mission.

« L’assouplissement de la carte scolaire a modifié la composition sociologique des établissements » déplore Françoise Cartron, «  avec un effet de ghettoïsation des établissements les plus défavorisés, et des collèges et lycées d’élites qui cumulent jusqu’à 70% d’enfants issus de foyers de catégorie socioprofessionnelle supérieure. ». Une « situation insupportable » insiste-t-elle, favorisée notamment par « des stratégies d’évitement » mises en place par les parents d’élèves.

En finir avec le critère des options

La cible principale est le phénomène lié aux « options rares ». Pour éviter la sectorisation, les parents d’élèves n’hésitent pas à inscrire leurs enfants dans des établissements de meilleure renommée, prétextant un vif intérêt pour une option dispensée seulement dans le lycée espéré.

« Le russe et le japonais sont particulièrement à la mode » ironise la sénatrice de Gironde,  estimant que ces choix éducatifs ne servent qu’à contourner la carte scolaire. « J’en veux pour preuve la déperdition des effectifs de l’option rare entre l’entrée dans l’établissement et la présentation au bac. On passe souvent de trente à 5 ».

Les propositions avancées par la mission sont donc sans appel : « les options ne doivent pas entrer en ligne de compte ». Seuls devraient être retenus la proximité de l’élève avec l’établissement, sa situation boursière le cas échéant, ou des motifs liés à une maladie ou un handicap.

Remodeler la carte scolaire

Le déficit de mixité sociale dans les établissements scolaires est criant. « Nous sommes dans une spirale qui entraine tout le monde vers le bas, avec une ségrégation scolaire parfois plus importante que la ségrégation sociale » déclare, effarée, la rapporteure.

Aggravé par les stratégies de contournement, ce problème tient d’abord à une mauvaise définition des secteurs. Il ne s’agit donc pas de retourner au système antérieur à l’assouplissement mais bien de modifier la carte scolaire actuelle, notamment en « élargissant les secteurs scolaires » afin d’y inclure des zones de résidences très diversifiées. « Plus ils sont larges, plus ils sont mixtes » explique la sénatrice. Ainsi, les parents auront plus de choix dans un secteur donné, mais la mixité scolaire sera effective.

Se concentrer sur les établissements les plus défavorisés

Le système des Zones d’Education Prioritaires (ZEP) n’est pas non plus en reste. Les membres de la mission pensent qu’il faut le « remettre complètement à plat », en agissant notamment sur l’affectation des enseignants. « Mettez dans un contexte difficile des professeurs inexpérimentés et mal formés, et vous avez un cocktail explosif » constate Françoise Cartron. Les sénateurs pensent donc permettre « par des systèmes d’incitations, comme l’avancement dans la carrière, à des professeurs compétents et expérimentés d’aller vers ces collèges et lycées défavorisés ».

Affectation des élèves, affectation des professeurs, mais également affectation des fonds. Actuellement, les dotations de fonctionnement que donne l’Etat pour chaque élève est le même quel que soit l’établissement, privé ou public, favorisé ou en difficulté. Le rapport recommande donc un rééquilibrage de ces dotations « pour accorder plus aux défavorisés » sans toutefois préciser dans quelle mesure.

De même, « il ne faut pas un prof absent plus de 48heures dans ces établissements. Ils ne doivent souffrir d’aucun défaut » avance la rapporteure, allant jusqu’à suggérer la mise en place « d’une équipe d’intervention pour établir des diagnostics dès qu’un problème surgit ».

Les représentants de professeurs et de parents d’élèves présents à la conférence semblaient dans l’ensemble satisfaits des propositions des sénateurs. Le gouvernement, qui a désormais le rapport entre les mains, doit à son tour rendre sa copie.