Back to Top
×En naviguant sur notre site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer une navigation optimale et nous permettre de réaliser des statistiques de visites.En savoir plus
Mode zen

Quitter le mode zen

Jean-René Lecerf : « Je quitterai Les Républicains si la ligne reste une ligne droitière »

+A -A
François Vignal
Le 14.12.2015 à 17:47
Jean-René Lecerf : « Je quitterai Les Républicains si la ligne reste une ligne droitière »
Jean-René Lecerf, président LR du conseil départemental du Nord, ici au Sénat. Il était sénateur jusqu'en avril 2015.
© AFP

Au lendemain des régionales, le président Les Républicains du département du Nord, l’ancien sénateur Jean-René Lecerf, dénonce la ligne droitière et le « ni, ni » défendus par Nicolas Sarkozy. « Considérer la gauche de la même manière que le FN, les confondre, serait pour moi violer les convictions profondes qui sont les miennes » affirme-t-il. Si cette ligne est maintenue, il quittera « sans regrets » son parti, annonce-t-il à publicsenat.fr. Il est « totalement » d’accord avec Jean-Pierre Raffarin qui se dit prêt à travailler avec le gouvernement. « Regardons les grandes coalitions en Allemagne. On ne serait pas les premiers à le faire. Je n’ai jamais compris la culpabilisation de l’étiquette UMPS » affirme Jean-René Lecerf. Entretien.

Ce matin, lors du bureau politique des Républicains, un conseil national dédié à la ligne du parti a été annoncé pour les 13 et 14 février prochain. C’est nécessaire après les élections régionales ?
C’est tout à fait nécessaire. Chez Les Républicains, l’exercice le plus fréquent s’assimile au grand écart. Il y des fractures considérables dans ce parti. Je suis extrêmement éloigné des prises de position de Nicolas Sarkozy à l’issue du premier tour et des prises de position de Laurent Wauquiez ou d’autres. J’étais déjà en total désaccord lors des départementales ou j’ai pratiqué le front républicain avec succès dans tous les cantons dans le Nord. J’ai même soutenu des collègues du PCF  face au FN et j’en suis fier. Si demain les instructions des Républicains étaient des instructions consistant à dire que les socialistes et l’extrême droite sont à mettre dans le même panier, je considérerais que je n’ai plus rien à faire dans cette famille. Je fais confiance à des gens comme Jean-Pierre Raffarin, Alain Juppé, François Fillon ou NKM pour exprimer des opinions différentes.

Donc vous quitterez les Républicains si la ligne politique reste une ligne droitière ?
Oui, je quitterai Les Républicains si la ligne reste une ligne droitière. C’est essentiel. Considérer la gauche de la même manière que le FN, les confondre, serait pour moi violer les convictions profondes qui sont les miennes. Je partirai sans regret.

Fallait-il évincer NKM de son poste de numéro 2 ?
Non. J’ai été évincé moi-même il y a assez longtemps. J’ai été secrétaire national à la justice. Lors de l’arrivée de Jean-François Copé, j’étais en désaccord. J’ai été évincé mais sinon je serais parti. Je ne m’en suis pas plus mal porté politiquement. Je n’étais pas investi aux sénatoriales et j’ai été élu. Et j’ai remporté le conseil départemental du Nord dans un département classé à gauche. Le jour où vous n’êtes plus à l’aise dans un parti, vous choisissez de vous en séparer.

Mais ne faut-il pas conserver cette ligne droitière pour récupérer les électeurs qui votaient à droite avant et sont partis aujourd’hui vers le FN ?
Je ne le crois pas. A courir après le FN, les gens préfèreront toujours l’original à la reproduction. Je ne pense que pas que c’est en disant ce que les électeurs du FN ont envie d’entendre qu’ils reviendront. Il faut un langage clair, respectueux de nos valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité et en mettant nos actes en conformité avec nos paroles. On ne fait pas cela en flattant les bas instincts. C’est aussi un électorat qui ne se retrouve plus dans le jeu de bon nombre d’élites politiques, syndicales ou des mouvements associatifs. Le mal est plus profond. Il y a un conglomérat d’intérêts personnels et on oublie l’intérêt général.

La remise en cause que doivent faire les partis passe-t-elle par un changement sur l’Europe ?
On peut aussi penser que le rétablissement de la peine de mort nous ramène des électeurs… Je suis convaincu que l’Europe est une des solutions et non un problème à condition qu’on la voit de manière différente d’une certaine technocratie bruxelloise. Il est nécessaire d’avoir un pays ouvert, qui joue le jeu de la concurrence, de l’excellence, de la compétition, plutôt qu’un pays qui se recroqueville derrière une petite coquille. Si c’est pour me retrouver dans un parti rabougri dans ses petites frontières qui court derrière une formation d’extrême droite, ça n’aurait plus rien à voir avec mes convictions gaullistes.

Jean-Pierre Raffarin appelle à « travailler avec le gouvernement car le FN est un adversaire commun ». Etes-vous d’accord ?
Totalement. Le Sénat a un rôle important à jouer d’ailleurs. Des gens comme Jean-Pierre Raffarin, Gérard Larcher, sont des exemples et des symboles de ce que doit être l’opposition d’aujourd’hui, c'est-à-dire une opposition ouverte, à la fois vers le monde et les autres forces politiques qui respectent nos valeurs. A Lille, bastion du PS, Xavier Bertrand fait 80% des voix. Regardons les grandes coalitions en Allemagne. On ne serait pas les premiers à le faire. Je n’ai jamais compris la culpabilisation de l’étiquette UMPS. Quand des républicains s’entendent sur des considérations d’intérêt général, ils devraient être fiers et pas honteux. Le général de Gaulle a dit : « Nous devons prendre à la droite son sens de l’ordre et de l’Etat et à la gauche son sens de la générosité et du progrès social ». Le gaullisme n’a jamais été autant d’actualité en cela.

Nicolas Sarkozy n’est pas le candidat que je soutiendrai aux primaires. Je n’envisage pas une victoire en 2017 en collant aux basques d’idées qui ne sont pas les miennes. Il faut séduire le plus grand nombre de démocrates allant jusqu’au centre gauche et au-delà. La solution n’est pas à la droite de la droite mais au centre. Le deuxième tour de la présidentielle opposera le FN a un grand parti républicain je pense ou à un candidat des Républicains. Ce candidat qui permettra ce rassemblement général peut être Alain Juppé ou François Fillon.