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Jouanno de l’UMP à l’UDI : un transfert qui en appelle d’autres ?

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François Vignal, avec François Goulin
Le 22.10.2012 à 18:06
Jouanno de l’UMP à l’UDI : un transfert qui en appelle d’autres ?
Chantal Jouanno et Jean-Louis Borloo, en 2010.
© AFP
Feu de paille ou début d’incendie ? Le départ de la sénatrice Chantal Jouanno vers la nouvelle formation centriste pourrait ne pas être le seul. Tout dépend de l’élection à la présidence de l’UMP entre Copé et Fillon et de la capacité de l’UDI à être « crédible » dans la durée.

C’est le transfert surprise du week-end. La sénatrice Chantal Jouanno quitte l’UMP pour rejoindre l’Union des démocrates indépendants (UDI), sorte de nouvelle UDF qui ambitionne, sous la houlette de Jean-Louis Borloo, de devenir « le premier parti de France ». 60 députés et sénateurs issus des différents partis de la galaxie centriste rejoignent cette nouvelle maison. Au Sénat, le groupe UCR (Union centriste et républicaine) sera rebaptisé demain UDI pour l’occasion. Chantal Jouanno le rejoint, portant son nombre à 32, et retirant de fait un siège au groupe UMP.

Ayant fait le choix de « consacrer sa vie à l'Ecologie », la sénatrice explique avoir l’ambition de faire de l'UDI « le premier parti écologiste de France ». Elle pensait aussi que « c’était très mauvais pour l’UMP globalement d’avoir quelqu’un qui apparaît trop souvent comme la petite dissidente interne », a-t-elle justifié sur BFMTV/RMC. Depuis des mois, l’ex-ministre des Sports ne cachait pas ses divergences sur l’écologie, le mariage homosexuel ou la droitisation de l’UMP.

Imbroglio de la droite parisienne

Chez ses « amis » de l’UMP, le choix de Chantal Jouanno passe mal. François Fillon, qui bénéficiait de son soutien, se dit « déçu et choqué ». Le président de la fédération UMP de Paris, Philippe Goujon, et celui du groupe UMP au conseil de Paris Jean-François Legaret lui sont tombés dessus. Son ralliement constitue « une rupture des engagements qu’elle a pris envers les militants et les électeurs », selon les deux élus, qui demandent à la sénatrice de « tirer toutes les conséquences de sa décision ». Autrement dit de démissionner de ses mandats de sénatrice et de conseillère régionale d’Ile-de-France. Son collègue sénateur Pierre Charon se dit « indigné ». « Elle trompe son monde. C’est une usurpatrice par rapport aux grands électeurs. Elle doit rendre ses mandats », a demandé l’ex-conseiller de Nicolas Sarkozy sur LCI.

Le sénateur UMP Philippe Dominati « ne demande pas la tête » de Jouanno. Le sénateur de Paris, qui avait vu d’un mauvais œil l’arrivée de Jouanno pour les sénatoriales avant d’accepter ce choix, affirme qu’ « il ne faut pas exagérer. Ceux qui l’ont mise, c’est la fédération UMP de Paris, c’est Philippe Goujon. S’il s’est trompé, il n’a qu’à le dire ». La décision de Chantal Jouanno s’inscrit dans un contexte compliqué pour la droite parisienne. Le filloniste Philippe Goujon avait soutenu l’arrivée à Paris de Chantal Jouanno. Pierre Charon avait présenté de son côté une liste UMP dissidente. Jouanno, qui n’a pas caché penser aux municipales de 2014, pourrait maintenant faire un ticket (gagnant ?) avec Borloo pour la capitale.

« On retombe sur les fondamentaux du RPR et de l’UDF » 

L’acte de Chantal Jouanno est-il un acte isolé ou présage-t-il d’autres départs ? En cas de victoire de Jean-François Copé à la présidence de l’UMP, la ligne plus droitière du député-maire de Meaux pourrait pousser d’autres élus à franchir le Rubicon. Certains au centre peuvent du moins en caresser l’idée. « On s’attendait à ce que la création de ce nouveau parti conduise certaines personnes, qui n’étaient pas forcément à l’aise à l’UMP, à nous rejoindre. Chantal Jouanno est précurseur. D’autres pourront suivre », croit le sénateur Nouveau centre Hervé Maurey, proche d’Hervé Morin. Il cite la présence ce week-end lors du congrès fondateur du député Louis Giscard d’Estaing, fils de Valéry et élu sous l’étiquette UMP. Et des sénateurs ? « On peut en avoir d’autres », assure Hervé Maurey, sans se risquer à donner de noms.

« On a une UMP qui s’est beaucoup droitisée. Elle en a sans doute besoin pour que ses électeurs ne partent pas vers le FN. Cela rend nécessaire l’existence d’un parti plus modéré », explique le sénateur de l’Eure, « on retombe sur les fondamentaux du RPR et de l’UDF ». « La création de l’UMP avait déstabilisé la majorité de droite. A l’UDI, on considère qu’il est important de se créer un deuxième pied », ajoute Yves Pozzo di Borgo, sénateur Nouveau centre de Paris.

« Si Fillon n’est pas élu… »

Mais si à l’inverse François Fillon emporte l’UMP, hypothèse réaliste selon les sondages, les départs pourraient s’arrêter là. L’ex-premier ministre joue sur une image plus rassembleuse. Jean-René Lecerf, qui soutien François Fillon, explique que tout « va beaucoup dépendre de l’élection de l’UMP ». « Il va de soi que si Fillon n’est pas élu et si la gouvernance de l’UMP demeurait une gouvernance très Droite populaire, le départ de Chantal Jouanno risquerait d’en annoncer d’autres », prévient-il. Mais il ne fait pas pour autant d’une victoire de Jean-François Copé une cause de départ automatique vers l’UDI. « Si la gouvernance est plus équilibrée, si chacun peux s’exprimer », le sénateur du Nord pourrait rester à l’UMP.

La capacité d’attraction de la nouvelle formation centriste dépend certes des affaires internes de l’UMP, mais aussi d’elle-même, de sa capacité à faire durer dans le temps un lancement réussi. « Je comprends la réaction de mes amis de l’UMP de Paris déçus par le choix de Chantal Jouanno. Mais il faut qu’ils comprennent qu’on est dans une logique où il va y avoir beaucoup de transferts, à condition que la mise en place de cette opposition sur deux piliers fonctionne », explique Yves Pozzo di Borgo. « D’autres membres de l’UMP viendront que s’il y a une crédibilité de l’UDI. Nous n’irons pas les chercher. C’est à eux de faire le choix », précise le sénateur centriste. Il ajoute : « Les lignes au sein de la majorité changent. Il est normal que des positionnement des uns ou des autres changent ».