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Julien Dray : « On ne sait pas ce qui peut se passer dans l’état actuel de la jeunesse »

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François Vignal (images : Quentin Calmet)
Le 10.03.2016 à 19:17
Julien Dray : « On ne sait pas ce qui peut se passer dans l’état actuel de la jeunesse »
© AFP

La jeunesse dans la rue. Dur symbole pour François Hollande qui voulait en faire sa priorité. L’exécutif craint que la mobilisation continue et se dit à l’écoute. Jugeant le texte de la loi travail « mauvais », le socialiste Julien Dray pense que la suite « dépend beaucoup de la manière dont le gouvernement va dialoguer dans les jours qui viennent ».

« Hollande t’es foutu, la jeunesse est dans la rue ». La crainte du pouvoir socialiste s’est concrétisée hier. Le candidat Hollande avait fait de la jeunesse une priorité. Arrivé à l’Elysée, il a continué à le dire. La jeunesse a arrêté de le croire. Puis est arrivé le projet de loi travail. Une partie de cette jeunesse est aujourd’hui mobilisée contre ce texte et le sera encore le 17 mars, à l’appel de l’Unef, premier syndicat étudiant.

Le pouvoir voit bien le risque. « Dans le décor c’est un élément à prendre en considération. Il faut être attentif à tous ces signaux. Leur convergence peut provoquer des réactions ingérables ou inattendues » expliquait la semaine dernière un conseiller de l’exécutif. Et de se rappeler : « La loi Devaquet, le CPE. De belles idées qui seront restées en gare faute de discussions » ironisait-il.

Alors aujourd’hui le mot d’ordre est à l’écoute, pour sauver ce qui peut l’être encore. Après la mobilisation de mercredi, Matignon a annoncé qu’il recevra vendredi matin l’Unef, qui demande tout simplement le retrait du texte, ainsi que la Fage, puis les organisations lycéennes (Fidl, UNL et SGL). « Il faut commencer par entendre ce que la rue nous dit et a fortiori ce que la jeunesse nous dit » affirme à Public Sénat Frédérique Espagnac, sénatrice PS hollandaise (voir la vidéo). « Les représentations syndicales vont être reçues demain à Matignon, il fallait réagir vite, c’est le cas. Elles doivent être entendues. Une discussion va s’opérer et (on va) trouver un accord, j’espère » ajoute-t-elle.

Hollande : « C’était ma priorité et elle ne changera pas »

François Hollande lui-même, a assuré, lors d’une visite dans une entreprise jeudi, que la jeunesse faisait toujours partie de ses plans. « C’était ma priorité et elle ne changera pas. Et jusqu’à la fin du quinquennat » a-t-il assuré, reconnaissant qu’il fallait « lever les inquiétudes, améliorer encore le dispositif ».

Si l’exécutif se montre soudainement aussi enclin à répondre aux préoccupations des jeunes, c’est une reconnaissance de la crainte que suscite sa mobilisation. « Il y a toujours un lien brûlant entre pouvoir et jeunesse » souligne la sénatrice Marie-Noëlle Lienemann, responsable de l’aile gauche du PS. « Il y a de quoi s’inquiéter pour le gouvernement car la jeunesse est dans un état de désespérance réelle. François Hollande avait dit que c’était pour lui la priorité et manifestement, il n’y a plus d’adhésions au projet du Président » ajoute-t-elle.

« Il y a toujours une spontanéité de la jeunesse, une liberté, un esprit potache, qui peut toujours dégénérer dans la rue. Et peut tourner au drame »

Julien Dray, un proche de François Hollande, est moins alarmiste que la sénatrice. Mais il met en garde. Il connaît bien les organisations de jeunesse : il a participé à la création de l’Unef-ID et fera pendant longtemps le lien entre le PS et les syndicats étudiants et lycéens. « C’est dans les jours prochains qu’on verra s’il y a une mobilisation de la jeunesse. Au regard de ce qui était annoncé, on n’a pas eu les chiffres escomptés. Le monde virtuel n’est pas encore le monde réel » dit-il à publicsenat.fr, alors qu’une pétition en ligne a rassemblé plus d’un million de signatures contre le texte. Cependant, « il faut prendre au sérieux ce qui s’est passé, il ne faut pas d’attitude méprisante ».

Selon le créateur, avec Jean-Luc Mélenchon, de la Gauche socialiste, ancien courant du PS, il n’est cependant jamais exclu qu’un mouvement de jeunes dérape. La peur de tout exécutif. Une perte de contrôle liée à une certaine faiblesse des syndicats, explique-t-il : « Le problème qu’ils ont, c’est que dans les phases précédentes, il y avait une forme de structuration. Là, il y a une très grande faiblesse de tout ça. C’est un mouvement qui peut partir dans tous les sens. On ne sait pas ce qui peut se passer dans l’état actuel de la jeunesse. Il y a toujours une spontanéité, une liberté, un esprit potache qui peut toujours dégénérer dans la rue. Et peut tourner au drame. Une manifestation qui dégénère, ce n’est jamais bon pour un gouvernement » souligne le conseiller régional PS d’Ile-de-France. On pense bien sûr à la mort de Malik Oussekine, étudiant franco-algérien, survenue suite à des violences policières lors d’une manifestation contre la loi Devaquet, en 1986.

« Ouvrir le Compte personnel d’activité aux jeunes quand ils travaillent pendant leurs études »

Tout pourrait se jouer dans les jours à venir. « Il y a une possibilité de mouvement de la jeunesse, mais ce n’est pas encore inscrit dans les faits. Ça dépend beaucoup de la manière dont le gouvernement va dialoguer dans les jours qui viennent et trouver des solutions. Il doit montrer, à la différence d’un gouvernement de droite, qu’il n’est pas arrogant » conseille celui qui a inspiré le personnage de la série « Baron noir ». Julien Dray ajoute : « Il peut y avoir une sortie par le haut. Là, pour l’instant, le texte est mauvais, il apparait comme déséquilibré, jouant trop la flexibilité. Mais il peut y avoir des avancées importantes, comme ouvrir le Compte personnel d’activité aux jeunes quand ils travaillent pendant leurs études ». Mais faire des propositions suffira-t-il ? Le lien est coupé entre l’exécutif et la jeunesse. Et le casting du gouvernement ne favorise rien, selon Julien Dray : « Dans l’équilibre gouvernemental, il n’y a pas assez de ministres qui parlent à la jeunesse. La seule qui le fait, c’est la ministre de l’Education nationale. Ce n’est pas suffisant ».

Mais François Hollande est confronté à un problème encore plus profond. Le mal ne touche pas que la jeunesse. Beaucoup de salariés – et d’électeurs potentiels du chef de l’Etat – ne comprennent pas ou rejettent la réforme proposée. « C’est la jeunesse qui exprime le doute et le malaise de la société par rapport à son avenir. Elle est souvent un porte parole de choses qui travaillent en profondeur la société » selon Marie-Noëlle Lienemann. C’est la fin du quinquennat qui se joue sur la loi travail : soit François Hollande et Manuel Valls arrivent à désamorcer en douceur la grogne par des concessions. Mais au risque de faire une réforme qui mécontente tout le monde, syndicats comme Medef. Soit c’est le retrait total. Et un sérieux frein en vue d’une nouvelle candidature pour 2017.